‹ Les bronzes d'Osuna: remarques nouvellesChapitre 12 sur 19 · TRIB . MIL . LEG . VI . VICTR · texte numérisé non relu

TRIB . MIL . LEG . VI . VICTR

Si, au lieu de tribuno militant legionis VI viciricis, qui ne permet pas de contester le cumul de fonctions d'Etat et de fonctions communales, sur cette inscription ofliciellement municipale, on lisait : trihano militam a populo, y aurait-il plus de raison d'hésiter? Je ne puis le penser, démontré qu'il est que le tribunat militaire électif a pu être encore de mise, sous Auguste, et peut-être sous quelqu'un de ses successeurs.

Quoi qu'il en soit, du tronçon d'inscription dont il s'agit, on ne peut tirer aucune induction, si ce n'est que la pierre recouvrait la tombe d'un personnage inconnu , tribun militaire , et cumulant cet emploi avec celui de carator, dans un municipe également inconnu,, voisin de la Sabine et de la campagne de Rome; voilà tout ce qu'on peut affirmer. M. Mommsen n'a pas autrement essayé d'expliquer ces deux lignes mystérieuses. Il constate seulement que les caractères et la gravure accusent une haute antiquité, et du meilleur temps. Pas plus que l'inscription précédente elle ne peut jeter aucun jour nouveau sur la question.

ARTIGLB 11.

LES INSCBIPTIONS DE POMPBI.

J'arrive à la discussion des dix inscriptions de Pompéi, au sujet desquelles il y a lieu à des observations collectives, en même temps qu*à des commentaires particuliers.

Et d'abord, je lavoue, le grand nombre d'inscriptions pompéiennes qui mentionnent le tribunat militaire a populo, présente un problème archéologique assez curieux. Comment expliquer laffluence de tels monuments épigraphiques dans cet infortuné municipe, tandis qu'on en rencontre à peine un nombre égal dans tout le reste de l'Italie, prise dans son ensemble le plus étendue

Faut-il donc supposer une origine municipale à une charge dont la mémoire se révèle presque à chaque coin de Pompéi? mais comment, d'autre part, se rendre compte de la Faveur spéciale qu'aurait trouvée cet emploi à Pompéi , tandis que son nom se montre si rarement ailleurs; tandis qu'on n'en trouve aucune trace dans notre Gaule, où fleurirent les plus grands municipes de l'empire, dont il nous reste de si nombreux monuments épigraphiques, tels que ceux de Lyon et de Narbonne? sans parler de l'absence aussi complète de semblables inscriptions dans rOrient romain, en Afrique, en Espagne, en Helvétie, où pourtant le régime municipal avait été si développé, dès les derniers tempsde la république? le tribunat militairede Pompéi était-il unegrande charge ?

Mais alors commeot se fait-il qu'elle fût si multipliée et que tant de personnes à la fois en aient obtenu l'honneur, car toutes nos inscriptions se groupent chronologiquement dans un espace de temps trèscirconscrit. Ce tribunat était-il, au contraire, une petite charge? Mais alors comment se fait-il que nous n'en retrouvions le souvenir qu'à l'occasion de personnages importants, évidemment placés au premier rang des habitants de la cité? Il y a plus, on n'a trouvé à Pompéi que deux inscriptions relatives à des tribuns légionnaires, qualifiés tels? et l'on y compte dix inscriptions de tribuns militaires électifs. On ne trouve trace ni des uns ni des autres dans les ruines d'Herculanum. Sur les 7,200 inscriptions de la basse Italie, je n'ai compté que trente-six inscriptions de tribuns légionnaires, pour toute la durée de l'empire avant Constantin; et Pompéi, dans une période moindre de 5o ans, nous fournit dix inscriptions de l'a popalo I Le cantonnement des armées ro-

maines dans les provinces frontières explique le premier fait; la désuétude de Ya populo ^ sous les empereurs, doit expliquer le second.

Pourrait-on expliquer ce phénomène par Tapplication de la loi Jalia, de civitate, de Tan 66â de Borne, laquelle aurait fait de Pompéi une civitas fundana f cest-à-dire.de constitution identique avec celle de Rome: condition particulière de niunicipes, dont il est parlé dans le pro Balbo de Cicéron (S 8) et dans les deux derniers articles de la lex municipalis de Jules César : condition qu'aurait adoptée Pompéi, pendant que la plupart des autres municipes voisins ne fauraient point agréée, comme nous rapprenons de Cicéron : m quo magna contentio Heracleensimn et Neapolitanorum fmtj cum magna pars, in iis civitatibas,fœderis sui libertatem civitaii anieferret Mais bien d'autres villes que Pompéi ont reçu le titre de civitas fundana , et Ton n y a découvert aucun monument de nos tribuns, puisque Tépigraphie de Rome elle-même, proprement dite, c'est-à-dire celle de la ville capitale, n'a gardé aucun vestige dans ses murs de leur existence, pourtant incontestable. D'un autre côté, toutes les inscriptions de Pompéi sont postérieures de près d'un siècle à la loi JuUa, de civitate; par conséquent, elles sont d'une époque où Ton n'a plus eu à tenir compte des civiiates fandanœ, dans l'ordonnance générale des municipes; et où ces derniers, s'ils avaient eu à calquer leur constitution particulière sur celle de Rome, n'y auraient plus guère trouvé de tribanas miliiam a populo. D'ailleurs la constitution militaire des municipes avait toujours été matière réservée par le gouvernement central de ïorbis romanus.

C'est donc autre part que nous avons dû chercher la solution de ces difficultés archéologiqpes, et j'ose croire que nous y avons réussi. La réflexion et l'étude des monuments pompéiens ont facilement dissipé les doutes à nos yeux.

En premier lieu, nous avons pu réduire à cinq le nombre utile des inscriptions tribunitiennes de Pompéi , attendu que les dix qui subsistent se concentrent sur cinq personnes. Deux fois un seul et même individu est l'objet de trois d'entre elles. Deux autres se rapportent à une personne seulement, les autres sont individuelles. La remarque est importante, et je prie qu'on veuille bien en garder souvenance.

L'objection du nombre étant ainsi réduite de moitié, j'ai fait appel à l'histoire pour éclairer l'épigraphie. Ces deux sciences se doivent un mutuel appui. Or que nous apprend l'histoire? Je l'ai constaté dans mon premier chapitre, et j'en reprends ici l'argument avec une nouvelle insistance. L'histoire nous apprend qu'Auguste accomplit une grande révolution dans l'organisation militaire des Romains. Cette révolution

consista dans rétablissement régulier des armées permanentes, substitué au système des armées congédiables après la paix, qui était le système constitutionnel de la république romaine.

Avec ce système, et malgré sa prudente exécution, tombait inévitablement Tancienne pratique des élections annuelles des tribuns mili* taires; et, si du premier coup la vieille institution n était pas mortellement atteinte, elle devait au moins graduellement disparaître, et faire place à la nomination impériale. Qu*on se souvienne du témoignage de Tite-Live, rapportant l'introduction de Télection dans le tribunat militaire, en Tannée ig^ de Rome : plaçait, trihanos militam ad legiones saffragiojieri, nam et antea , sicut nung. . . imperatores ipsifaciebant. Par conséquent, il y eut sous Auguste, à mesure que les divers corps de larmée furent réorganisés, et que le système nouveau fut mis en pratique, il dut y avoir, dis-je, un certain nombre d'officiers supérieurs, et de nos anciens comitiati , mis, comme nous dirions, en disponibilité ou renvoyés dans leurs foyers. Cette réorganisation des légions ne dut pas être soudaine et brusque. Elle fut lente et progressive : le caiactère d'Auguste en est garant. N'y eùt-il que les officiers qui avaient été opposés ou froids à sa cause ou bien ceux qui prirent un repos volontaire, en profitant de l'ancien droit, le nombre en dut être assez grand. Pour nous, qui, dans notre pays, agité par tant de révolutions, avons assisté à tant de réorganisations militaires, la chose s'explique très-naturellement. D'ailleurs Auguste dut tenir à ce que tous ses officiers supérieurs fussent ses créatures, et le tribun militaire a populo dut être, à certain jour, en petit crédit. Nous en avons rapporté la preuve dans un précédent chapitre, à propos de l'inscriplion d'un tribanas militam divi Aagasti. On nous communique une autre inscription inédite el tronquée, recueillie à Saint- Alban, près Chambéry, où l'on déchiffi-e encore \ SEX.DECII.TRIB. MILITV. I AB.CAESARE. llîîT VIR . FLAMl . Elle conlirme ma conjecture sur l'opposition de ces deux classes de tribuns militaires ^

Mais il se présenta plus d'une occasion où des périls inattendus durent faire fléchir sa politique; par exemple lors de farmemonl extraordinaire de l'an 761 ^j et à l'époque plus critique encore du désastre de Varus*. Nous voyons que toutes les ressources militaires de l'empire furent mises en réquisition , dans ces conjonctures, et en présence de dangers redoutables. Le tribunat militaire électif put être alors l'objet d'un retour de

* Lettre du savant doyen de la fa- * Voy. Ferguson , Uist. rom, Irad.

culte des lettres de Grenoble, M. Macé, fr. t. VII, p. 64 el 75. en date du a3 juillet 1875. * Voy. Ferguson, loc. cit. p. 77.

faveur, ou d*une évocation extraordinaire. Ainsi je ne suis pas ('éloigné de croire, avec quelques ërudits, que les comilia tribanitia dont parle Suétone, en sa biographie d*Auguste, $ 4o, avaient pour objet des tribuns militaires, plutôt que le tribunatus plebis, dont Auguste avait déjà reçu Finvesliture perpétuelle. Je sais bien que le témoignage de Dion y paraît contraire, mais il était, par exemple, de la politique d'Auguste de faire nommer Tibère tribun militaire par les comices, h l'exemple de ce qu'avait fait César pour lui-même (Suét. 776. ix). Quoi qu'il en soit, il est évident que, en dehors des crises accidentelles susénoncées, le tribunat militaire électif dut disparaître insensiblement sous Auguste; le témoignage de Tite-Live le démontre, et celui de Frontin atteste que, du temps de Domitien, c'en était fait du tribanus militam a populo factus.

Par tous ces motifs, il ne paraîtra pas trop surprenant que cinq officiers de ce grade se soient rencontrés, en une courte période de temps , dans une ville de plaisance, où les étrangers affluaient, et où les appelaient tant de moyens de séduction accumulés, dont les monuments incroyables sont aujourd'hui livrés à la curiosité des érudits par la publication du volume que M. Zangemeister a récemment fourni au Corpus inscriplionum latinarum de Berlin. On conçoit donc que le tribunat militaire électif ait passé au rang de simple titre honorifique, comme favail si justement entrevu Orelli^ [honorariam tantummodo opinor), surtout après que comitia e campo in senatum translata fuerunt. C'est ce qui est arrivé, probablement, pour ces quelques habitants de Pompéi, dont nous avons l'indication par les inscriptions qu'il s'agit de discuter maintenant. Toutes ces inscriptions sont contemporaines d'Auguste, et chacun des personnages dont il est questioii occupait dans Pompéi une situation élevée. Tous jouissaient d'une grande fortune dans le pays, et leur générosité, comme leurs services, avaient provoqué la reconnaissance municipale, constatée par la consécration de statues, sur la base desquelles la plupart de nos inscriptions ont été relevées; et, comme la première catastrophe de Pompéi est de l'an 63 , nous avons la date ceitaine du haut empire pour limite chronologique de l'âge de nos monuments.

Mais, en outre, une circonstance remarquable nous a frappé. Le tremblement de terre trop célèbre de l'an 63, qui a détruit Pompéi, avant que l'éruption de l'an 79 l'eût enseveli sous les cendres du Vésuve, a surpris la malheureuse cité, parait-il, au milieu, ou au lende*

* Orelli, sur 3439.

main d'une agitation électorale universelle, car la vie politique, on le sait aujourd'hui, exilée de la capitale de Tempire, avait conservé son activité dans les municipes. Le volume des inscriptions pariétaires de M. Zangemeister nous a livré le tableau parlant de cette agitation électorale. Les traces même d'élections plus anciennes existaient encore à ce moment ^ Tous les candidats aux charges électives du municipe étaient sur pied, au moment où la ville a été renversée ou ensevelie. Les murs étaient couverts de leurs affiches, comme nous en voyons chez nous, en pareille circonstance. Leurs patrons ou leurs adversaires étaient engagés dans la lutte, et, animés parla passion, ils signalaient les candidats aux électeurs. La patience et la curiosité des érudits a recueilli ces monuments de l'animation électorale, surprise par une si terrible aventure. Eh bien, dans ce volume in-folio d'inscriptions pariétaires, relevées avec tant d'intelligence et avec un zèle si parfait, où nous recueillons l'indication de toutes les charges communales, où tous les emplois éligibles ont leurs poursuivants, leurs candidats et leur étiquette, on ne trouve pas un mot qui soit relatif au tribunat militaire a populo, dont la fonction était encore pourtant connue , ainsi que l'attestent les inscriptions suivantes. Gomment se refuser à cette conclusion, que ce tribunat militaire électif, sur lequel l'agitation locale est complètement muette, n'était pas une charge indigène de Pompéi? et que, si la présence de ces'tribuns s'est rencontrée jadis dans cette ville, l'origine de leur charge venait du dehorsP je dis l'origine de leur charge, car ces tribuns ont pu être natifs de Pompéi même, sans que leur grade militaire fût d'essence municipale.

Après ces considérations générales, abordons chacun de ces monuments épigraphiques. Je commence par celui d'entre eux qui a obtenu le plus de célébrité parmi les érudits. C'est Tinscription importante de Clodia. Le marbre qui nous l'a transmise est aujourd'hui perdu. Mais son authenticité n'est pas mise en doute, grâce aux témoins nombreux de son existence passée. Cette grande inscription sépulcrale recouvrait un monument construit par une dame romaine, du nom de Clodia, Aali filia , sacerdos pablica Cereris , à Pompéi , et destiné pour elle et sa famille. Le tombeau avait reçu les cendres de la fondatrice, et entre autres personnes de ses proches, les cendres de son frère A. Clodius. Je n'examinerai point si ces Clodii étaient de la gens Cluadia, dont le nom s*écrivait indifféremment Claadia ou Clodia ^, comme on sait, témoin celui dont Cicéron a fait la triste célébrité. L'inscription particulièrement

' Voy. n" 1918 de Zan^. — *^ Voy. Morelli, Fam. cens, lom. 1, p. 88.

consacrée k ce frère de Glodia est la seule qui nous intéresse; el encore , de cette longue inscription, rappelant les munificences publiques du personnage, quatre lignes seulement ont trait à la question qui s agite. Ce sont les seules que nous reproduirons ici :

A.CLODIVS.A.F.

MEN.FLACCVS.IIVIR.I.D.

TER.QyiNCi.TRIB.MIL.

A . POPVLO .

Ce personnage a été, parait-il, immensément riche. 11 a donné aux habitants de Pompéi des fêtes et spectacles d'une prodigieuse curiosité : M. Mommsen et M. Wilmans, sur des présomptions que je ne veux ni contrôler ni discuter ici, mais qui sont universellement admises, en fiient la date à Tan 781 de Rome, quinze ou seize aas avant la mort d'Auguste. Ce personnage a fait grande figure à Pompéi, on nen sera pas surpris; il y a été trois fois daamvir, et une (ois qainqaennaUs» Aussi plusieurs autres inscriptions ont consacré sa mémoire, et celle qui porte le n** qqqG, dans les Inscriptiones neap. de M. Mommsen, le qualifie de iribanas nUlitam, purement et simplement. 11 aurait donc été danslarmée romaine successivement tribun militaire, au choix de Yimperator, de ceux que Ton appelait Rafali, et tribun militaire, élu par le peuple, de ceux qu'on appelait comitiati, ou a popalo.

Les inscriptions des Ciodius à Pompéi s'expliquent donc à l'avantage de l'opinion que je soutiens. Il s'agit toujours d'un cumul de fonctions.

Il en sera de même, j'en suis sûr, des trois inscriptions de M. Holconius. Le destinataire est encore un grand personnage, membre d'une famille puissante à Pompéi; il était patron de la colonie, ce qui est la preuve d'une haute position sociale. U vivait sous Auguste \ c'est un fait prouvé par d'autres monuments, et qui est attesté, constaté par M. Mommsen et par M. Wilmans. A l'époque du désastre de l'an 63 , les Hokonii étaient encore en possession de l'influence et de la considération publique, et les inscriptions pariétaires de M. Zangemeister fournissent la preuve de leur crédit. A la différence des Glodii, les Holconii semblent avoir été d'origine locale, ou du moins de race fixée dans la colonie depuis longtemps ^.

' Voy. Momnisen, /. ^. p. 46i; * Wilmans, igog'el 1909^; Mouim-

Corp, irac. beroL I> n" 13 5a; Wilmans, sen, Insc. n. n** 3aa9,aa3o. n- 1909 V

La première de ces inscriptions a été trouvée sous les ruines du grand théâtre de Pompéi, dont la réparation était due à ses soins, selon le témoignage d'autres inscriptions, que je m'abstiens de rapporter ici. La nôtre a été vue par M. Mommsen, et se conserve aujourd'hui au musée de Napies^

M . HOLCONIO . RVFO . D . V . I . D . IIII . QV INC^.

TRIB . MIL . A . POPVLO . A VGVSTI . SACERDOTI . EX.D.P^

M. Wilmans, en son recueil, et M. Mommsen, dans un autre ouvrage (fi. Siaatsrecht, 2, p. 543), assignent les années 781 ou ySti de Rome, à cette inscription. Cette date n'est contestée par personne. On se souvient qu'Auguste est mort en 7 66.

La seconde inscription, en l'honneur du même Holconius, est d'une année qui a suivi la précédente, ainsi que le prouve le texte même. Elle a été trouvée, à Pompéi, sur la hase d'une statue posée au milieu des sièges du grand théâtre, et Marini [Arv. a, p. 548) en avait eu connaissance. M. Mommsen [Inscr, neap. 2282) nous apprend qu'elle était formée de caractères de cuivre incrustés dans la pierre. C'est d'après sa recension oculaire que nous la reproduisons, la leçon d'Orelli offrant quelques inexactitudes :

M • HOLCONIO • M • F • RVFO .

ïî • V • I • D • QyiNQVIENS.

ITER • QV INCiiTRIB • MIL • A • P .

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