II PRÉFACE
suggéré à un de mes plus spirituels persécuteurs la phrase ci-jointe : « L'auteur des Causeries littéraires ne s'est résigné à faire de la critique qu'après avoir fait, dans le roman, d'effroyables fours, »
Eh bien, c'est de cette sentence que j'ose interjeter appel. Voici mon excuse :
Lorsqu'un homme à qui l'on reconnaît quelques qualités de critique et dont l'imagination n'a pas été refroidie par ses habitudes d'analyse, a écrit un roman avec conviction, avec amour, avec passion ; lorsque, le relisan au bout de six ans comme le livre d'un autre, il n'a pu, en conscience, s'en déclarer mécontent, il aie droit de risquer une nouvelle épreuve saps être accusé d'une présomption ridicule.
Je soumets aujourd'hui cette épreuve à mes confrèçei^, •et au public : qu'on me permette d'ajouter quelques lignes d'expliçî^tipn pour le pa^ss^ et. pour l'avenir.
H y ^ eu, daijs nx^ vie littéraire, — justem^t à l'époque où ce roman parut, — une phase pénible et mauvaise. A., des convictions sacrées, qui, je reçpèj^e, soutiendront ma faibl^e jusqu'au term^e d'une carrière déjà longue, s'étaient ajoutées des passioiis. qu^ j'oeiQ appeler factice.s, des auimo^ités, des ressentii^ients, des amertumes ; résultat inévitable d'une situation fausse, aggravée par d'incessantes égratignures.
PREFACE. m
Depuis lors, la publication d'un livre que je n'ai pas besoin de rappeler, a fait l'effet de ces orages, de ces coups de tonnerre qui peuvent parfaitement déraciner un arbre, effondrer un terrain, brûler une maison ou asphyxier un homme, mais qui, lorsqu'ils se sont enfuis à l'horizon, laissent Tatmosphère rassérénée et nos poitrines soulagées d'une oppression insupportable. Je ne parlerais pas de ce changement, si plusieurs de mes amis et même de mes ci-devant ennemie ne s'en étaient aperçus. Je me trompe peut-être, mais il me semble que ma liltérature perd de son caractère renfrogné, mausfeadfe, hargneux, grincheux, quinteux; qu'elle a plus d'air, plus d'espace, plus de soleil; que je respire plus librement, et que, sans être, hélas ! devenu un aigle, je ne suis plus un hibou.
Le moment n'est donc pas mal choisi pour redemander un quart d'heure d'audience en faveur de celui de mes ouvrages où je me suis le plus efforcé de combiner et de fondre la fiction et la critique, le roman et l'étude de mœurs, l'invention et l'analyse, l'imagination et l'observation ; — deux éléments d'intérêt qui, sous des mains aussi inhabiles que les miennes, peuvent se contrarier souvent, mais qui, après tout, ne sont pas incompatibles. Les Brûleurs de Temples pourraient se raconter en vingt lignes : Juliexi veut briller le temple d'Kphèse,