‹ Les Budgets comparés des cent monographies de familles publiées d'après un cadre uniforme dans " les Ouvriers européens " et " les Ouvriers des deux mondes "Chapitre 9 sur 75 · AUX MAÎTRES, AUX COMMUNAUTÉS ET AUX CORPORATIONS · texte numérisé non relu

AUX MAÎTRES, AUX COMMUNAUTÉS ET AUX CORPORATIONS

2° Système des engagements forcés;

3° Système des engagements volontaires permanents ;

4° Système des engagements momentanés ou du travail sans engagements.

Tableau des sept situations principales que les ouvriers peuvent occuper successivement

DANS LES QUATRE SYSTÈMES SOCIAUX POUR S’ÉLEVER DES RANGS INFÉRIEURS DE LA HIÉRARCHIE INDUSTRIELLE À LA CONDITION DE PROPRIETAIRES OU DE CHEFS D’iNDUSTRIE.

Le titre mentionne aussi, quand il y a lieu, certaines particularités remarquables qui caractérisent l'organisation de la famille ou de la société dont elle fait partie.

Ainsi, il indique si les membres de la famille vivent en communauté, si les mœurs admettent la polygamie, si l’ouvrier est lié à un maître ou aune association, si le mariage se fait remarquer par un grand nombre d’enfants, si le champ que l’ouvrier exploite fait partie d’un territoire morcelé, etc Exemples:

Paysans en communauté clu Ning-po-fou (province de Tché-Kian-Chine), etc. (Les Ouor. des Deux Mondes, l re série, t. IV, n° 30).

Paysans en communauté et en polygamie de Bousrah (Esky-Cham) dans le pays de Iiaouran (Syrie — Empire ottoman), etc. ( Les Ouor. Europ., 2 e éd., t. II, ch. vm).

Paysans et charrons (à coroée) des steppes de Terre-Noire d 1 Orembourg (Russie méridionale), etc. (Les Ouor. Europ., t. II, ch. n).

Compagnon de la corporation fermée des menuisiers de la oille de Vienne (Autriche), etc. (Les Ouor. Europ., 2 e éd., t. V, ch. i).

Manœuore à famille nombreuse de Paris, etc. (Les Ouor . Europ., 2 e éd., t. VI,

Paysan d'un village à banlieue morcelée du Laonnais (Aisne — France), etc. (Les Ouor. des Deux Mondes, l re série, t. IV, n° 29).

Nous avons passé en revue les diverses parties du cadre de la monographie et 1 on a pu voir avec quelle solidité elles s’agencent et s’arc-boutent autour du budget qui en est comme la clef de voûte.

Grâce à la méthode qui le guide et le soutient, l’observateur opère avec sécurité et sans être harcelé par la crainte d’omettre, dans ses relevés quelque trait essentiel,

Ouvriers

faisant partie du ménage d’un patron

non-

propriétaires

salariés ( à la j° urnêe et subventionnés j ^ la tâche

ouvriers

domestiques.

journaliers.

tâcherons.

propriétaires

chefs d’industrie

travaillant principalement en qualité d’ouvriers domestiques, do sa-

u vuvuuta u.i 3 «et-

larié8, de subventionnés ou de chefs d’industries

exploitant des immeubles

exploitant un métier

$ ouvriers ( chefs de métier.

ouvriers

propriétaires.

ouvriers

tenanciers.

ayant pour travail principal l’exploitation de leur propriété.

^ propriétaires t ouvriers.

ch. vu).

dont il ne constaterait T absence que trop tard, alors qu’il serait rentré chez lui pour mettre ses notes en ordre et dresser sa monographie.

Ce travail, auquel notre exposé aura peut-être — et ce serait notre faute — donné une apparence austère jusqu’à l’aridité, est au contraire empreint d’un attrait et d’un charme qu’on ne peut soupçonner, avant d’en avoir fait l’épreuve ; quand on en a tâté une fois, on ne saurait plus désormais s’en déprendre.

11 est de mode aujourd’hui de plaindre les jeunes gens qui ne savent, dit-on, que faire de leur vie. « Nés trop tard dans un siècle trop vieux » ils sont tristes et désabusés. Ayant fait le tour de toutes choses, ils en ont reconnu le néant et diraient volontiers avec l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout n’est que vanité. » Ce mot n’est pas exact pour l’homme qui a subi les orages de la vie et dont le pied s'est meurtri contre toutes les pierres du chemin; mais il est faux, jusqu’à l’impiété, sur des lèvres de vingt ans. Ce n’est pas la moisson qui manque; elle est abondante « messis multa »; ce sont les bras joour la couper. Les questions les plus graves, les plus vitales, sont posées ; elles nous pressent, nous assaillent, nous somment, le couteau sur la gorge, de trouver une solution; il s’agit de trouver un régime stable pour ces nations à la dérive qui oscillent tiraillées entre un ancien régime emporté sans retour et un nouveau régime encore mal assis. Jamais, peut-être, moment ne fut plus solennel dans l’histoire. Nous sommes sur une crête qui sépare l’avenir du passé et que bordent les abîmes. Pendant que s’agitent ainsi les destinées non pas seulement de tel ou tel pays, mais de la civilisation elle-même menacée par un retour offensif de la barbarie, on en est à se demander si « la vie vaut la peine de vivre » et à s’alanguir dans des quintessenses stériles.

Pour se remettre de ces langueurs et de ces anémies morales, rien de plus sain et de plus fortifiant que de se mettre en contact avec les ouvriers, de causer familièrement avec eux, de les étudier dans leur intérieur, de les voir à d’œuvre dans leur vie privée. On apprend à leur école mille choses que n’enseignent pas les livres et les cours. C’est Platon qui l’a dit: « celui qui pense transmettre un art en le consignant dans un ouvrage et celui qui croit à son tour l’y puiser a vraiment trop de sim-

plicité. » Les ouvriers sont précieux à consulter, non seulement en technologie (1), mais encore en matière économique et sociale. On doit s’inspirer à leur endroit des sentiments qui animaient Vauban et Jefferson. « Vauban, a dit de lui Fontenelle, s’informait avec soin de la valeur des terres, de ce qu’elles rapportaient, de la manière de les cultiver, des facultés des paysans, de ce qui faisait leur nourriture ordinaire, de ce que leur pouvait valoir en un jour le travail de leurs mains. » Quant à Jefferson, il aimait, comme il l’écrivait le 1 1 avril 1787 à Lafayette, « à dénicher les habitants dans leur chaumière, à regarder dans leur pot-au-feu et à goûter leur pain. »

C’est avec de tels procédés que l’on gagne l’amitié et la confiance des ouvriers, que l’on apprend à les aimer sincèrement, à plaindre leurs souffrances, à exercer sur eux l’ascendant nécessaire à leur bien-être et à leur apaisement en même temps qu’à

(1) “ La science des fondeurs l’emporte sur beaucoup d’autres sciences, parce qu’elle no se compose que de données certaines fournies par la pratique des ateliers „ (Swedenborg, Hegnum siibterraneum ).

la discipline de l’atelier. Envisagée de ces hauteurs, la monographie apparaît avec son véritable caractère; elle mérite qu’on la propose au dévouement des hommes de bonne volonté et surtout de cette noble jeunesse, qui est la fleur du présent et l’espoir de l’avenir (1).

— Rapprochement des budgets domestiques.

Chaque monographie est un tout, un tableau complet de la vie de la famille; mais c est un tableau isolé. Il peut y avoir un grand intérêt à rapprocher ces portraits, comme Ton juxtappose, dans une collection ethnographique, les types des principales races pour les comparer trait à trait.

Ce rapprochement est rempli d’enseignements sur la situation respective des ouvriers et des paysans dans les diverses contrées du globe et dans les diverses professions d’une meme contrée.

Par exemple, il fait justice du trompe-l’œil produit par le salaire nominal. Ce qui importe, en effet, ce n’est pas le taux absolu de salaire, c’est le rapport entre ce taux et les besoins qu’il doit satisfaire, c’est le pouvoir d’achat de la somme qui rémunère le travail. En quoi serait améliorée la situation du salarié, si le coût du vivre doublait pour lui en même temps que le salaire? L’opulent baron Danglars dans le roman de Moatecristo meurt de faim malgré ses millions dans la caverne du bandit Luigi Vampa, qui lui cote ses poulets un prix extravagant. Ailleurs, on vit: « pour rien » suivant le mot populaire. Il ne faut donc pas s’arrêter à la surface, aux apparences; mais, pour apprécier la situation des ouvriers, on doit à travers le salaire nominal interroger les besoins eux-mêmes et voir comment ils sont satisfaits.

C’est faute de cette précaution élémentaire que l’on commet journellement de fâcheuses erreurs. Certains auteurs prendront pour mesure des progrès accomplis dans la situation des ouvriers la hausse de leur salaire, sans s’apercevoir que le prix des choses a haussé en même temps.

Des monographies successives, qui se rapporteraient, pour une localité et une profession données, à un même type de famille, préciseraient la situation réelle de ce type à diverses époques et feraient apparaître la réalité sous les illusions du salaire nominal. On constate ainsi une amélioration générale dans les conditions matérielles de la vie des ouvriers: le pouvoir d’achat de leur salaire s’est accru (2); ils sont mieux vêtus, mieux logés, mieux nourris qu’autrefois (3).

(1) Voir l’éloquent et chaleureux appel adressé par Bastiat à la Jeunesse en tête des Harmonies économiques .

(2) u Pendant que le salaire des ouvriers de la Vieille-Montagne augmentait, entre 1837 et 1888, de “ 140 pour cent environ, le prix du blé, objet de première nécessité, baissait de 25 pour cent, c est-à-dire “ que, pour le même travail, l’ouvrier peut acheter aujourd’hui trois fois plus de pain qu il y a cin- “ quante ans; ou encore si, dans un ménage nombreux, le pain absorbait autrefois 8 /s du salaire, il n en “ prend plus aujourd’hui que Vs , laissant deux autres cinquièmes disponibles pour d autres dépenses „ (Notes sur les institutions patronales de la Vieille- Monta gne, par MM. E. Cheyssûn et Cazajeux - Reforme sociale , juin 1890).

(3) Voir les belles études de M. de Fo ville sur les prix. Il y montre que les frais de nourriture de la famille ouvrière se sont accrus, de 1850 à 1876, dans le rapport de 212 a 100 Sur cet excédent, la moitié environ appartient à la hausse des prix; l’autre moitié, à l’amélioration du vivre.

En sont-ils plus heureux et plus satisfaits? La statistique pure n’a pas de réponse à cette question qui relève surtout de la morale. Au contraire, avec son puissant jet de lumière qui fouille pour les éclairer tous les recoins de la famille et la surprend dans son intimité vivante, la monographie peut aborder et résoudre ce problème. Elle nous montre le progrès incontestable du Standard oflife de l’ouvrier trop souvent dépassé par celui de ses besoins et son idéal relevé à une hauteur qui le met généralement hors de son atteinte. Les habitudes du bien-être se sont généralisées et Ton ne se contente plus des satisfactions d’autrefois. Lasalle a eu raison de protester contre ces panégyristes imprudents qui se bornent à opposer le présent au passé, sans tenir compte des progrès du milieu ambiant. « Qu’importe à un Botikoudo, s’écrie-t-il plaisamment, la privation du savon? » Il y a des besoins acquis, artificiels si l’on veut, mais aussi exigeants que s’ils nous venaient de la nature. On ne souffrait pas jadis d’être privé de mouchoir, de chemise et de ces mille détails qui ne sont plus aujourd’hui du luxe et du confort réservés à une petite élite, mais qui font partie du strict nécessaire même pour les existences les plus humbles. Cette privation serait intolérable aujourd’hui; mais ce n’est pas assez: nous souffrons encore de ne pouvoir mettre les lèvres à la coupe du plaisir où nous voyons les autres s’abreuver à longs traits. Par le contraste, l’écart s’accentue entre la réalité et les aspirations, déchaînant ainsi l’irritation, l’antagonisme et la souffrance.

Les monographies comparées révèlent la sécurité et la quiétude de modestes familles, qui vivent obscures et stables dans les montagnes ou les hameaux reculés. À ne voir que leur salaire nominal, on serait tenté de les plaindre. Ces pauvres gens eux-mêmes apprennent un jour qu’on gagne ailleurs de gros salaires, à la grande ville, plus loin encore, à l’étranger. Ils n’en demandent pas davantage, et les voilà partis. Mais au village, en sus de ce maigre salaire, ils avaient des subventions patronales ou coutumières et le profit de certaines industries domestiques; la vie était à bon compte, le milieu sain et sans entraînements; on s’entr’aidait entre voisins. À la ville, au contraire, c’est la difficulté d’obtenir du travail; c’est le chômage fréquent; c’est le loyer avec ses termes trimestriels; c’est la vie coûteuse et pleine d’excitations malsaines, à commencer par le cabaret; c’est, en dernière analyse, la misère noire, au lieu de l’existence, étroite et monotone peut-être, mais calme et assurée dont on jouissait au village. À l’étranger, c’est pis encore. Combien de pauvres gens, éblouis, fascinés par le mirage des hauts chiffres de salaires, sont allés chercher au loin de douloureux mécomptes et sont revenus lamentablement au pays le corps usé et la poche vide ! (1)

Le prestige des gros salaires est fatal à ce bien si précieux: la stabilité. L’homme n’est pas un fluide, qui, en vertu du principe des vases communiquants, va spontanément chercher son niveau d’équilibre. C’est plutôt un arbre, qu’on ne peut transplanter sans froisser ses racines et souvent le condamner à mort. Les « Bourses du travail » — à les prendre dans leur rôle légitime et scientifique et en oubliant leurs autres at-

(1) Voir le Salaire au point de vue statistique , économique et social , par E. Cheysson — (Rapport à la Société d’économie sociale, 18 mai 1884).

tributions révolutionnaires - se donnent pour objet de rendre à la main-d’œuvre les mêmes services que les Bourses de commerce et des valeurs rendent aux commerçants et aux capitalistes. Elles veulent constituer le « marché du travail » et, grâce à une statistique parfaite des salaires, diriger les bras là où ils manquent et les retirer là où ils surabondent. Mais, avec les meilleures intentions du monde, ces institutions peuvent égarer les ouvriers, en les lançant inconsidérément à la poursuite de gros salaires, dont on leur cache la contre-partie, le coût du vivre. L’ouvrier, d’ailleurs, n’est pas comme un ballot de laine ou un sac de blé qu’on laisse dans un dock à attendre la dépêche qui lui assignera la destination la plus lucrative. En attendant qu’il soit placé, l’ouvrier a des besoins impérieux à satisfaire. Quelle terrible responsabilité assume-t-on vis-à-vis de lui et des siens, si, quand il arrive sur le marché qu’on lui a désigné, il trouve toutes les places prises, si l’afliux déterminé par l’annonce a dépassé la capacité de travail du milieu et s’il faut refluer au point de départ! Le liquide s’écoule presque sans frottement dans les canaux pour obéir à la pesanteur et se rendre où elle l’appelle. Mais l’ouvrier et sa famille subissent, dans ces dénivellations et dans ces ondes qui les déplacent au gré de statistiques plus ou moins incomplètes et trompeuses, des frottements, qui sont des déchirements et des souffrances. Les catalogues des salaires sont perfides et l’on ne saurait en dénoncer trop haut le danger. Ce sont les monographies comparées qui peuvent seules éclairer le parti à prendre. Presque toujours, si elles étaient consultées à temps, elles retiendraient la famille à son foyer et concluraient contre son expatriation, en lui épargnant les douleurs de l’expérience personnelle (1).

Ces monographies lui rendraient encore le service de lui révéler l’importance des recettes en dehors du salaire, et notamment des recettes en nature, qui, dans des organisations primitives ou reculées, constituaient la presque totalité du revenu domestique. Dans ces milieux, le salaire va droit au besoin, en passant par dessus sa traduction en argent, et échappe ainsi aux variations du pouvoir d’achat de la monnaie, comme à celles des prix. Une livre de pain, quel que soit son cours chez le boulanger, est toujours la ration quotidienne d’un adulte. Dans ce système, le salaire nominal disparait et avec lui les illusions qu’il engendre. De plus, le salaire en nature hiérarchise les besoins et satisfait les plus essentiels d’entr’eux, sans permettre à l’ouvrier de les sacrifier à des besoins secondaires ou coupables. L’ouvrier sera nourri, logé, chauffé, sans avoir la liberté de prélever sur sa nourriture, sur son logement, son chauffage ou ceux de sa famille, la part, souvent léonine, du cabaret.

(1) Le Parlement français s’est occupé de cette question le 31 juillet 1890. Un député, M. Le Senne, a dénoncé les manœuvres des agents d’émigration, qui, grâce à de fallacieuses promesses, anachent les paysans au sol et les exposent aux privations les plus pénibles. 11 a cité une dépêche de 1 avant-veille, 29 juillet, annonçant l’arrivée d’un paquebot “ qui rapatriait 1176 émigrants, espagnols, italiens et français, revenus du Brésil, de l’Uruguay et surtout de la République Argentine. „ De son côté, le ministre de l’intérieur a insisté sur les dangers que I on faisait courir aux pauvies gens, loisqu on leur indiquait, par voie d’afficlies ou de prospectus, le salaire très faible qu ils gagnent chez eux et e salaire maximum très alléchant qu’ils p mrraient gagner à l’étranger, sans leur montrer les dépenses de la vie dans ces pays lointains. Les émigrants, ne pouvant pas y vivre, il faut procéder a leur rapatriement.

C’est ainsi qu’on donne au mendiant qui vous accoste dans la rue un bon de pain plutôt que deux sous.

Les monographies montrent l’importance de ce paiement en nature dans certains milieux où l’argent ne joue qu’un rôle d’appoint (1). Nos serviteurs domestiques sont encore ainsi rétribués en grande partie. Mais, dans l’industrie, on s’éloigne de plus en plus de cette pratique; elle a été discréditée par les abus du truck-système et aujourd’hui toutes les législations à l’envi la limitent, si même elles ne la proscrivent entièrement, en obligeant le patron à payer le salaire en espèce. C’était là une de ces vieilles coutumes, qui, appliquée de bonne foi et dans un milieu patriarcal, défendait les petits et les faibles contre leur propre imprévoyance, mais qui peuvent difficilement survivre aux transformations amenées par la grande industrie moderne dans les rapports entre le patron et l’ouvrier. Le salaire tendrait à y devenir l’élément exclusif des recettes au grand détriment de la stabilité et de la prospérité de la famille ouvrière, si l’on ne remédiait à cet empiétement par les subventions patronales et par les aubaines annuelles, telles que les dividendes de la participation aux bénéfices, ceux des sociétés coopératives de consommation et les primes d’ancienneté, de qualité, ou d’économie, qu’on ajourne en fin d’exercice, au lieu de les distribuer avec le salaire courant (2). Grâce à ces assaisonnements ou condiments du salaire, comme les appelle M. Paul Leroy Beaulieu, le budget reprend un peu de son élasticité primitive et la famille peut traverser les crises plus aisément que si tout reposait sur le salaire proprement dit.

Le rapprochement des monographies permet encore des comparaisons intéressantes entre les habitudes des diverses familles et les articles respectifs de leur budget. L’on constate ainsi - comme on devait s’y attendre - que la part des recettes consacrée à la satisfaction des besoins essentiels est d’autant plus forte proportionnellement que la famille est plus pauvre. Un ouvrier dépensera 20 à 25 pour cent de son revenu en pain, alors qu’un riche rentier n’y mettra que 2 pour cent. Primo oivere , deinde philosophare , disaient les anciens. On mange d’abord, Y on se pare ensuite, sauf à la scène et dans les civilisations très raffinées,

Où l’on ne dine pas, pour acheter des gants (3).

(1) Pour rendre plus sensible aux yeux l’importance du salaire en nature, nous avons rapporté, sur une grande carte de l’Europe, les emplacements occupés par les familles dont les Ouvriers Européens et les Ouvriers des Deux Mondes donnent les monographies. Chacun de ces emplacements sert de centre à un cercle de 0 m , 02 de diamètre, qui est partagé en deux secteurs, diversement coloriées et représentant les proportions respectives des salaires en argent et en nature. Cette carte — que nous regrettons, vu son échelle, de ne pouvoir reproduire à la suite de notre travail — montre aux yeux de la façon la x>lus saisissante l’accroissement de la part faite au salaire en argent dans le salaire total à mesure qu’on passe de l’Orient à l’Occident, des champs à la ville, de l’agriculture à l’industrie, et dans l’industrie, de l’atelier rudimentaire à la manufacture.

Une seconde carte analogue, et conjugée de la première, donne par chaque famille la décomposition de ses ressources annuelles entre les quatre chapitres cle son budget des recettes (à l'aide de secteurs diversement coloriées).

La progression de l'importance proportionnelle du salaire dans les recettes totales suit la même loi que celle du salaire en argent par rapport au salaire en nature.

(2) Dans plusieurs grandes usines, telles que la Vieille-Montagne, ce système est suivi avec un sérieux profit pour l’épargne et la constitution du patriinoine de l’ouvrier.

(3) P honneur et l'argent par Ponsard.

C’est surtout le D 1 ' Engel qui a mis ces résultats en pleine évidence (1). La nourriture absorbe 73 °/ Q du revenu pour une famille à l’étroit; 57 °/ c pour une famille à l’aise, pendant que les dépenses de l’éducation vont, en sens inverse, de 2 °/o pour la première, à 5. 5 “/„ pour la seconde.

Sans aller jusqu à la formule brutale de Lassalle: « la question sociale est une question d’estomac, » il est certain que l’on ne saurait étudier de trop près tout ce qui touche à l’alimentation populaire. Ventre affamé n’a point d’oreilles pour les prédications en faveur de 1 harmonie des classes. L’homme qui souffre de la faim, malesuada famés, se révolte aisément contre un ordre social dont il a les charges pendant que les autres en ont les bénéfices. La meilleure des politiques pour consolider cet ordre social, c’est d’y intéresser les classes nombreuses, en liant à sa conservation leur propre bien-être et la satisfaction de leurs besoins. Henri IV,

Le seul roi dont le peuple a gardé la mémoire,

a dû sa popularité à sa « poule au pot. » Les empereurs romains éprouvaient, dit l’histoire, des angoisses mortelles, quand les vents contraires retardaient Parrivée des barques chargées des blés de Sicile, ou de Carthage. Si ce retard se prolongeait, c’était une sédition en perspective, une révolution peut-être, qui mettrait en péril leur trône et leur vie.

Y En dehors de leur influence sur la paix sociale, les questions alimentaires deviennent de plus en plus des questions internationales. Les raisins secs de la Grèce, les homards de Terre-Neuve, les phoques de la mer de Behring, les porcs des États-Unis, les moutons d’Allemagne, d’Autriche et de Serbie, les vins d’Italie et d’Espagne..., mettent aux prises les chancelleries et les intérêts en présence. Mais c’est en particulier sur la prééminence industrielle des nations que le menu de la table de l’ouvrier exerce une action considérable. Herbert Spencer l’a dit: « L’empire industriel appartiendra au peuple le mieux nourri» et il ajoute, pour préciser sa pensée: «On a éprouvé depuis longtemps qu’un terrassier anglais nourri de viande fait plus de travail qu’un ouvrier du continent nourri de farineux. Cela est si vrai que les Anglais qui se sont faits entrepreneurs de chemins de fer sur le continent ont trouvé de l’avantage à faire venir leurs ouvriers d’Angleterre. La preuve que cette supériorité tient à une différence non de race mais de nourriture, c est que les terrassiers du continent, si on les nourrit de même que les ouvriers anglais, les égalent presque comme force et comme productivité. »

Les physiologistes se sont mis de la partie et ils ont cherche à mesurer la capacité industrielle des nations d’après les quantités de matières azotees, grasses et amylacées qui entrent dans la ration respective de leurs ouvriers. À ce point de vue culinaire, le premier rang appartient sans conteste au peuple qui consomme le plus de viande; le dernier, au plus grand consommateur de pommes de terre. On est retombé ainsi avec

(I) Le D 1 ’ Engel a élevé ce résultat à la hauteur d’une loi qu’il a ainsi formulée : “ La proportion des dépenses de nourriture croît en progression géométrique en îaison inverse c u non e re „ (Die Hoheder Ausgaben fiir Ndhrung , in prozenten der Gesamtsausgaben , nachst be^ abnahme des Woblstcindes in geometrischer Progression).

une certaine concordance sur la classification faite par ailleurs d’après des considérations purement économiques (1).

On a même pensé qu’on pourrait aller plus loin et arriver à évaluer la force du travail d’une nation par des calculs de physique. Connaissant, d’une part, le nombre de calories dégagées par chaque kilogramme de matières consommées, et d’autre part, la composition de la ration du type moyen, « il suffira de calculer le nombre de calories fournies par l’alimentation et d’en soustraire la somme nécessaire à l’entretien pur et simple de la vie: la différence exprimera le nombre de calories se transformant en mouvement ou en force de travail. Un calcul facile peut ensuite changer ces calories en kilogrammètres. La force de travail de chaque nation s’établirait ainsi selon le nombre de kilogrammètres dont disposerait son type d’ouvrier moyen» (2).

Nous ne sommes pas convaincu, pour notre part, que ce genre de problèmes puisse se ramener à des termes d’une simplicité aussi matérialiste et soit uniquement justiciable de la balance du comptable, du creuset du chimiste og^clu calorimètre du physicien. S’il y a dans l’ouvrier un estomac, il y a aussi un^âme^Le ventre n’est pas tout, et les facteurs moraux ne sont pas des éléments négligeables. Il ne suffit pas de peser des consommations pour savoir ce que vaut le travail.

Deux consommateurs identiques peuvent être des travailleurs fort dissemblables.

Supposons le premier aigri, mécontent, l’un de ces « sublimes » pour lesquels, suivant le mot de leur historiographe, « couler le jDatron est plus qu’une habitude, un devoir » (3), qui se ménagent, ou comme ils le disent, « se retiennent, surtout si la commande est pressée, qui feraient au besoin manquer une pièce pour nuire à la maison et changent incessamment d’atelier au gré de leurs caprices. » Le second ou-

(1) Un statisticien, M. J. S. Jeans, a classé les travailleurs agricoles des divers pays, en les ramenant à la somme de travail que fournit en un jour, par exemple, l’ouvrier anglais, lequel constitue l’archétype dont les autres peuples s’approchent, plus ou moins, mais sans qu’aucun l’égale (M. Jeans est anglais). L’ouvrier anglais étant ainsi pris pour l'unité, celui des autres nations l’est par les fractions

suivantes:

Français, Allemands et Belges 0. 75 à 0. 90

Autres peuples de l’Europe 0. GO à 0. 85

Hottentots métis 0. 50 à 0. 80

Gafres, Zoulous . . . . ) ^ ^ ^

Indiens de forte race . (

Indiens de race inférieure 0. 25 à 0. 40

(Journal of the statistical society , décembre 1884, p. 623).

M Carrol Wright, l’éminent directeur du bureau fédéral du travail des États-Unis, a également proposé une classification de ce genre dans son rapport sur les crises industrielles; il met au premier rang l’américain; viennent ensuite l’ouvrier anglais, l’ouvrier belge, l’ouvrier français et l'ouvrier allemand (TJiefirst annual report of the Commissioner oflabor : industrial dépréssions - ch. V, p. 291, 1886).

Cette hiérarchie est précisément dans une certaine corrélation avec le régime alimentaire de ces ouvriers.

(Voir le savant travail de M. Hector Denis: V alimentation et la force de travail - Bruxelles, 1881).

(2) Des limitations naturelles aux lois internationales ouvrières, par M. Armand Julin (Déforme sociale , 16 août 1890).

L’auteur pense que le calcul de la force respective des divers ouvriers donnerait une base scientifique à la réglementation internationale du travail, de manière à équilibrer loyalement les chances des divers concurrents appelés à se mesurer sur le champ de course industriel, comme on charge de poids proportionnels les chevaux dans un Handicap.

(3) Le Sublime, par M. Denis Poulot, p. 61.

vne! , au contraire, vit en paix avec son patron, s’intéresse à la prospérité des affaires grâce a d ingénieux systèmes de primes ou de participation aux bénéfices; il a dû cœur a 1 ouvrage, il évite tout coulage et toute malfaçon; il est stable et garde des .apports permanents par suite d’un régime bien entendu de subventions, ou grâce à la propriété du foyer domestique qui asseoit la famille.

Si ces deux ouvriers consomment le môme nombre de kilogrammes de viande et de ht. es de vin, est-on en droit de conclure à l’identité de leur rendement? Indépendamment des considérations morales, et en restant sur le terrain purement économique 1 ouvrier stable et dévoué n’est-il pas un producteur bien autrement effectif que soû camarade haineux et nomade? Ne peut-on pas en dire autant de l’ouvrier doté d’une instruction professionnelle par rapport à l’ouvrier ignorant, de l’ouvrier qui économise par rapport a celui qui est harcelé de dettes et qui est un pilier de cabaret, consommât-il 94 kilogrammes de viande par an, comme l'habitant parisien, c’est-à-dire cinq fois plus que la moyenne de toute la France?

Les monographies comparées éclaireront tous ces points sans en laisser aucun dans 1 ombre, et nous permettront seules de nous faire une opinion motivée sur ces questions, dont l’influence ne se borne pas au budget de la famille, mais s’étend encore à la stabilité politique, en même temps qu’à la suprématie industrielle et commerciale des États.

VIII. — Tableau synoptique des cent monographies des Ouvriers Européens et des Ouvriers des Deux Mondes.

D estimables travaux ont déjà été publiés de plusieurs côtés pour effectuer ce rapprochement entre monographies de diverses provenances. Il faut citer, en première ligne, ceux du docteur Engel, l’éminent statisticien allemand. Dans son ouvrage déjà cité, le docteur Cari Hampke a reproduit un certain nombre de tableaux comparatifs dressés par ses devanciers et en a présenté d’autres qu’il a calculés lui-même. Le Boarcl of tracle a fait suivre ses 34 monographies publiées en 1889 de tableaux qui en résument les moyennes par articles similaires.

Tout en rendant à ces travaux l’hommage qu’ils méritent, il nous a semblé qu’au lieu d’opérer, comme l’ont fait quelques-uns de ces auteurs, sur des monographies rédigées d’après des méthodes discordantes et de procéder à coups de moyennes obtenues par la fusion d’éléments plus ou moins hétérogènes, on augmenterait les chances de précision si l’on se renfermait dans les cent monographies des Ouvriers des Deux Mondes et des Ouvriers Européens , en respectant l’individualité de chacune d’elles, sans la noyer dans une sorte de mixture avec ses voisines.

Comme on l’a vu plus haut, ces cent monographies ont été partout dressées sur un cadre identique et re visées avec un soin minutieux par la Société d’économie sociale. Les renseignements se contrôlent l’un par l’autre et sont toujours disposés dans le même ordre. Dès lors, rien de plus facile que de rapprocher tous ces éléments similaires pour en suivre la variation dans les diverses professions et les divers pays (1).

(1) Nous n’avons tiré parti pour ce travail que des monographies dont le budget est complet, et nous avons négligé les Précis de monographie , où le budget va réduit à ses grandes lignes.

Tel est le plan du travail que nous avons entrepris avec le concours de M. Toqué, ingénieur des mines, qui a bien voulu se charger des calculs, et auquel nous exprimons ici toute notre reconnaissance pour son affectueuse et intelligente collaboration.

Ce travail comprend deux tableaux:

A) Le tableau synoptique des monographies ;

B) Le tableau synoptique des budgets.

Le tableau A présente la série des cent monographies, d’après une classification qui les range:

1° par pays, en commençant par la France: a) Paris et sa banlieue; b) province; en disposant les autres pays d’Europe par ordre alphabétique et en plaçant à leur suite les autres parties du monde d’après le même ordre;

2° pour chaque pays, par mode de travail :

A) Arts usuels : a) grande industrie ; b) petite industrie ;

B) Industries extractives , sans distinction entr’ elles (Agriculture, art forestier, pêche . . .).

3° dans chacune de ces divisions par ordre d’ ancienneté des observations , à commencer par les plus anciennes.

Chaque monographie est désignée par un numéro d’ordre qui l’accompagne dans toutes les divisions de travail et lui sert de repère matricule, suivi par son titre abrégé et par le type auquel appartient l’ouvrier dans la hiérarchie, dont nous avons présenté plus haut la synthèse. En regard de ces indications, on a placé l’effectif de la famille (chef de famille, enfants, parents, serviteurs); puis les sources de la monographie (le nom de l’observateur, la date de l’observation et le recueil avec son tome).

Les cent monographies se divisent comme ci-après par pays :

i a) Paris et sa banlieue France j .

( b) Province

Allemagne

Angleterre

Autriche-Hongrie

Belgique

Espagne

Italie

Pays-Bas

Pays -Scandinaves

Russie

Suisse

Turquie

Afrique

Amérique

Asie

L’effectif de ces monographies est de 648 personnes, soit en moyenne 6. 48 par monographie.

Le tableau synoptique des budgets (B) comprend lui-même deux parties :

a) budget des recettes ;

b) budget des dépenses.

Les familles y sont rangées dans le même ordre que dans le tableau (A). Chacune d’elles y est d’abord rappelée par son numéro repère, puis par son titre abrégé, par sa date et le recueil auquel appartient le monographe. Exemple :

86. — Bachkirs. — Pasteurs demi-nomades de V Oural. (1853. O. E.).

La date est un element important, dont il faut tenir grand compte pour certaines monographies. L’Orient change peu ; les descriptions qu’en donnent les historiens anciens, Hérodote, Strabon, sont encore exactes aujourd’hui. Chez nous, au contraire, les transformations sont incessantes et rapides; la photographie d’hier n’est plus ressemblante aujourd’hui. Le portrait doit être daté, si l’on veut qu’il renseigne.

Dans chacun des deux budgets, chaque famille occupe 6 lignes horizontales consacrées, savoir: 3 aux nombres absolus; 3 aux pourcentages.

Il nous a semblé, en effet, que ces deux indications parallèles étaient indispensables et qu’on ne saurait supprimer aucune des deux. Les nombres absolus fournissent la grandeur exacte des recettes et des mais les pourcentages en donnent la

grandeur proportionnelle et se prêtent ainsi aux comparaisons.

Chaque groupe de trois lignes horizontales est ainsi composé:

l rc ligne — Eléments en nature.

2 me » — Eléments en argent.

3 me » — Totaux.

On voit ainsi, d’un seul coup d’œil, pour combien les différentes sources de recettes ou de dépenses, -en argent ou en nature, entrent dans le total.

Nous aurions voulu pouvoir mettre en regard pour chaque famille le budget des dépenses et celui des recettes; mais nous en avons été empêché par la question du format.

Il a, jusqu’à ces derniers temps, été de tradition constante que la statistique devait se publier dans de majestueux in-folio, ou tout au moins dans de solennels in-quarto. Ces formats gigantesques donnaient à la statistique quelque chose de vénérable et cette sorte de prestige fait de respect et de terreur qu’inspirent les flancs rebondis des antiphonaires posés sur le lutrin des chantres. Ces gros livres semblaient des livres « sacrés », dans le sens malicieux donné à ce mot par Voltaire:

Sacrés ils sont; car personne n’y touche.

Passe encore, quand la statistique était renfermée dans un petit cercle d initiés qui auraient pu, à la rigueur, correspondre en latin. Mais aujourd’hui qu elle est devenue le besoin et le droit de tous, il faut, bon gré mal gré, qu’elle se rende accessible et maniable; il faut qu’on puisse la classer dans nos bibliothèques ordinaires et la consulter aisément; il faut qu’elle se résigne à adopter des lormats plus commodes au lecteur, alors même qu’ils prêteraient moins de facilités que l’in-folio à la rédaction

des grands tableaux à nombreuses colonnes, comme c’est le cas pour nos tableaux synoptiques des budgets (1). Nous avons été obligé ainsi de séparer en deux tableaux distincts les recettes et les dépenses de chaque famille; mais, avec les repères qui permettent de les retrouver aisément dans chaque partie, nous espérons que cette séparation n’aura pas d’inconvénients pour l’étude.

Quant aux divisions de ces deux budgets, ce sont celles mêmes dont nous avons présenté l’analyse dans le cadre de la monographie.

Pour les recettes, le tableau donne:

1° le revenu des propriétés,

2° le produit des subventions,

3° le salaire,

4° le bénéfice des industries,

le 1° et le 2° étant eux-mêmes subdivisés en trois sous-détails; ce qui, avec les totaux partiels, et le total général, donne pour chaque ligne horizontale 11 nombres, soit, par monographie, 66 nombres.

Pour les dépenses, les chapitres et articles du budget sont au nombre de 19, ce qui fait 114 nombres par famille.

Les chapitre sont, comme on l’a vu plus haut:

1° la nourriture,

2° l’habitation,

3° le vêtement,

4° les besoins moraux, les récréations et le service de santé,

5° les industries, les dettes, les impôts et les assurances,

6° l’épargne (qui est la balance des deux budgets).

Les deux premiers chapitres se subdivisent eux-mêmes comme il suit:

1° Nourriture :

Céréales ;

Corps gras ;

Laitages et œufs ;

Viandes et poissons ;

Légumes et fruits ;

Condiments et stimulants;

Boissons fermentées (2);

Aliments consommés en dehors du ménage.

(1) Dans sa première édition des Ouvriers Européens Le Play avait adopté le gigantesque in-folio; dans sa seconde édition il a affronté et résolu la difficulté de plier ses grands tableaux du budget au format de l'in-octavo.

(°2) Eu égard à l’importance de cet article, dans les questions d’alcoolisme, nous avons cru devoir y rattacher tout ce qui avait trait à la consommation des Boissoiis fermentées dans le chapitre des Récréations , chaque fois que les détails donnés au budget nous l’ont permis. De là quelques légères différences entre nos chiffres et ceux des monographies elles-mêmes.

2° Habitation :

Logement.

Mobilier.

Chauffage.

Eclairage.

Avec de tels éléments, on possède, non seulement l’anatomie, mais encore la physiologie de nos cent familles. Nous espérons même que, pour achever de pénétrer dans leur intimité, on voudra bien se reporter aux monographies elles-mêmes, dont nos tableaux présentent le résumé synoptique.

Ces tableaux ont un aspect aride et sévère. Il nous semble cependant que si Ton consent à les feuilleter, on y trouvera des renseignements et des enseignements d’une réelle valeur. Nous les dédions à tous ceux qui sont convaincus, comme nous, que la famille est la véritable molécule des sociétés humaines; qu’elle fait, suivant qu’elle est intacte ou entamée, le bonheur ou le malaise de ces sociétés; qu’au foyer domestique s’élaborent les grands problèmes qui contiennent les destinées des nations et que c’est là qu’il faut aller les étudier dans leur intégrité native, comme à la source même de la science sociale. Nous ne regretterons pas le temps que ces calculs ont coûté à mon jeune collaborateur, M. Toqué, et à moi, s’ils ont pu attirer l’attention sur la monographie de famille et jeter quelque lumière dans les discussions où l’on ne saurait sans un réel péril se passer du témoignage des faits méthodiquement observés.

Chiroubles, 2 août 1890.

E. Cheysson.

Annexe N. 1.

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