SCÈNE XI
Les MÊMES, FIRMINIE, toutes les bonnes.
MADAME BONNENVILLE.
Qu'est-ce que cela signifie, Mesdames, voilà que vous exigez des gages de soixante francs par mois.
TOUTES LES BONNES
Oui ! oui î nous voulons gagner soixante francs.
MADAME BONNENVILLE.
Ne parlez pas toutes à la fois.
TOUTES
Firminie ! Firminie, parle, Firminie.
riRMINIE.
Madame, voici ce que cest. Depuis trop Ion gl( déjà, nos gages sont dérisoires. Pour une soi!
Le Ihircdu de Placement 189
lodiquc nous sommes à la merci de nos patrons, souvent humiliées, mal nourries et méprisées. Nous estimons donc que le travail fait dans ces conditions doit être rélril)ué et nous avons forme une ligue pour ne pas nous placer à moins de soixante francs par mois.
MADAME LAMERTUME.
C est indigne ! Nous n'acceptons pas.
iMESDAMKS MEULUCUET ET DUFIUSON.
Non ! non ! nous n'acceptons pas !
riRMIME.
Alors, nous nous mettrons en grève!
TOUTES LES BONNES
Oui ! oui ! la grève ! Nous nous mettrons en grève.
MADAME BONNENVILLE.
Un instant ! Voulez-vous me permettre de parler, car cela me regarde aussi. Vous voulez l'augmentation de vos gages, mais sur quoi vous basez-vous pour les fixer au chiffre de soixante francs.
FinMINIE.
Sur quoi ! Mais sur les salaires qu'on devrait payer aux femmes de ménage, frotteurs, blanchisseurs, ouvrières, et si Ton n'avait pas de domestique, cela dépasserait joliment 60 francs.
MADAME DUIRISON.
Mais ma petite. Toutes les maisons n'ont pas le •iièmc service. Chez certains maîtres vous ne seriez 1 as assez payées, chez d'autres, beaucoup trop.
FIRMINIE.
Jamais trop !
TOUTES LES BONNES
Jamais trop !
190 Le Bureau de Placement
MADAME BONNENVILLE.
Ce que vient de dire M™^ Dufrison me parait assez juste. Vous savez, patronnes et servantes si j'ai toujours pris vos intérêts, voulez-vous que je vous fasse une proposition qui satisfera à la fois les unes et les autres !
TOUTES
Oui ! oui, parlez!
MADAME BONNENVILLE.
Eh bien je propose d'établir une échelle de salaires, au lieu d'une unité qui serait injuste. Ainsi les servantes placées chez une personne seule seraient payées 30 francs au minimum, dans un ménage, 35 à 40 Irancs, dans une famille avec enfants de 40 à 50, et s'il y a beaucoup de réceptions de 50 à 00.
FIllMINIE.
Ce système a du bon, mais il faudrait hxer d'avance le travail que nous aurions à faire.
MADAME LAMEIITUME.
Tout cela c'est impossible ! Le jour tmj aarai& quelqu'un à dîner il faudrait augmenter ma servante, allons donc !
MADAME BONNENVILLE.
Il faut pourtant conclure. Si vous maintenez vos gages à 60 francs je ne pourrai placer aucM"' .l-^....^ et vous resterez sans place.
LES BONNES
Ah ! mais non !
MHMINIE.
Alors il faut en revenir à l'ancien système, Tollre et la demande !
MADAME BONNENVILLE.
Je ne voib (pie ça. Mais il n'est pas si mauvais ; ^i
Le Bureau de Placement 191
vous n'êtes pas trop exigeantes je vous placerai facilement.
LES BONNES
(Uii I oui! placez-nous!
FI R MIME, à part.
Elles désertent, j'aurais dû m'en douter.
MADAME BONNENVILLE, au.V bourgCOÎseS.
Eli bien donc Mesdames, voici une iolie collection, faites votre choix et soyez un peu plus généreuses quand les serviteurs sont bien payés ils sont plus
voués.
TOUTES
Vive M"»* Bonnenville !
A 111 : Des Cloches de Cornc^ille, 9^w,dc la partition.
MADAME BONNENVILLE.
Regardez-moi tout's ces bonn's là Les frais minois que voilà!
Ça ne demand' qu'à travailler Mais aussi faut les payer.