‹ Les Burgraves trilogieChapitre 31 sur 49 · I.F.S BI’RCRAVES · texte numérisé non relu

I.F.S BI’RCRAVES

Un miracle! je ris, je pleure, je chancelle.

— Venez remercier sire Otbert, me dit-elle.

J’ai répondu : Courons remercier Otbert.

Nous avons traversé le vieux château désert...

régiiu, gaiement.

Et nous voici tous deux courant !

job, à Otbert.

Mais quel mystère?

Ma Régina guérie!... Il ne faut rien me taire... Comment donc as-tu fait pour la sauver ainsi?

OTBERT.

C’est un philtre, un secret, qu’une esclave d’ici M’a vendu.

JOB

Cette esclave est libre ! je lui donne Ceul livres d’or, des champs, des vignes ! Je pardonne Aux condamnés à mort dans ce burg gémissants ! J’accorde la franchise à mille paysans,

Au Rhoix de Régina.

Il leur prend les mains.

J’ai le cœur plein de joie!

Les regardant avec tendresse.

Puis il suffit aussi que tous deux je vous voie!

Il fait quelques pas vers le devant du théâtre et semble tomber dans une profonde rêverie.

C'est vrai, je suis maudit, je suis seul, je suis vieux ! —Je suis triste! —Au donjon qu’habitent mes aïeux

Je oie cache, et là, morne, assis, woet et sombre,

Je regarde pensif autour de moi dans l’ombre.

Hélas ! tout est bien noir. Je promène mes yeux Au loin sur l’Allemagne, et n’y vois qu’envieux. Tyrans, bourreaux, luttant de folie et de crime ; Pauvre pays, poussé par cent bras vers l'ablme,

Qui va tomber, si Dieu ne fait sur son chemin Passer quelque géant qui lui tende la main !

Mon pays me fait mal. Je regarde ma race;

Ma maison, mes enfants...— Haine, bassesse, audace ! Hatto contre Magnus; Garlois contre Hatto;

Et déjà sous le loup grince le louveteau.

Ma race me fait peur. Je regarde en moi-mème.

—Ma vie, ô Dieu !— je tremble et mon front devient Tant chaque souvenir qu’évoque mon effroi [blême! Prend un masque hideux en passant devant moi !

Oui, tout est noir. —Dénions dans ma patrie en flamme, Monstres dans ma famille et spectres dans mon âme! — Aussi, lorsqu’à la fin mon œil troublé, que suit La triple vision de cette triple nuit,

Cherchant le jour et Dieu, lentement se relève.

J’ai besoin, en sortant de l’ablme oh je rêve, A De vous voir près de moi comme deux purs rayons, Comme au seuil de l’enfer deux apparitions.

Vous, enfants dont le front de tant de clarté brille. Toi, jeune homme vaillant; toi, douce jeune fille;

Vous qui semblez, vers moi quand vos yeux sont tournés, Deux anges indulgents sur Satan inclinés!

otbeiit, à part.

Hélas!

RÉGIRA

O monseigneur!

JOB

Enfants! que je vous serre Tous les deux dans mes bras !

A Otbert, en les regardant entre les 'deux yeux avec . tendresse.

Ton regard est sincère.

On sent en toi le preux fidèle à son serment,

Comme l’aigle au soleil et le fer à l’aimant.

Tout ce qu’il a promis, cet enfant l’exécute,

A Régi na.

N’est-ce pas?

RÉGIRA

Je lui dois la vie.

JOB

Avant ma chute,

J’étais pareil à lui ! grave, pur, chaste et lier Comme une vierge et comme une épée.

Il va à la fenêtre.

Ah! cet air

Est doux, le ciel sourit et le soleil rassure.

Revenant à Régina et lui montrant Otbert.

Vois-tu, ma Régina, cette noble figure Me rappelle un enfant, mou pauvre dernier-né. Quand Dieu me le donna, je me crus pardonné.

Voilà vingt ans bientôt. — Un fils à ma vieillesse!

Quel don du ciel! J’allais à sou berceau sans cesse.

Même quand il dormait, je lui parlais souvent;

Car quand on est très-vieux, on devient très-enfant. Le soir sur mes genoux j’avais sa tète blonde... —

Je te parle d’un temps! tu n’étais pas au monde.

— Il bégayait déjà les mots dont on sourit.

Il n’avait pas un an , il avait de l’esprit;

Il me connaissait bien ! je ne peux pas te dire,

Il me riait; et moi, quand je le voyais rire’

J’avais, pauvre vieillard, un soleil dans le cœur!

J’en voulais faire un brave, un vaillant, un vainqueur; Je l’avais nommé George.* — Un jour, — pensée • [amère! —

11 jouait, dans les champs...— Oh! quand tu seras mère, Ne laisse pas jouer tes enfants loin de toi ! —

On me le prit.— Des juifs, une femme! Pourquoi? Pour l’égorger, dit on, dans leur sabbat. — Je pleure,

Je pleure après vingt ans comme à la première heure. Hélas! je l’aimais tant! C’était mon petit roi.

J’étais fou, j’étais ivre, et je sentais en moi Tout ce que sent une âme en qui le ciel s’épanche. Quand ses petites mains touchaient ma barbe blanche! —Je ne l’ai plus revu ! jamais! — Mon cœur se rompt !

A Otbert.

Il serait de ton âge. 11 aurait ton beau front.

Il serait innocent comme toi. — Viens!— Je l’aime.

Depuis quelques instants Guanhumara est entrée et observe du fond du théâtre sans être vue. — Job presse Otbert dans ua étroit embrassement, et pleure.

Parfois, en te voyant, je me dis : C’est lui-même !

Par un miracle étrange et charmant à la fois.

Tout en toi, ta candeur, ton air, tes yeux, ta voix,

En rappelant ce ûls à mon âme affaiblie.

Fait que je m’en souviens et fait que je l’oublie. Sois mon Sis!

OTBERT.

Monseigueur !

JOB

Sois mon ûls.— Comprends-tu ?

Toi, brave enfant, épris d’honneur et de vertu,

Fils de rien, je le sais, et sans père ni mère,

Mais grand cœur, que remplit une grande chimère. Sais-tu, quand je te dis : Jeune homme, sois mon Sis ! Ce que je veux te dire et ce que je te dis?

Je veux dire...

A Otbert et à Kégina.

Écoutez.

...Que passer sa journée

Près d’un pauvre vieillard, face au tombeau tournée, Du matin jusqu’au soir vivre comme en prison , Quand on est belle Allé et qu’on est beau garçon ,

Ce serait odieux , affreux , contre nature ,

Si l’on ne pouvait pas, dans celte chambre obscure. Par-dessus le vieillard , qui s'aperçoit du jeu ,

S,e regarder parfois et se sourire un peu.

Je dis que le vieillard en a l’âme attendrie,

Que je vois bien qu’ou s’aime,— et que je vous marie!

régira , éperdue de joie.

Ciel !

job , à Régina.

Je veux achever ta guérison , moi !

OfBfcRT •

Quoi !

job , à Régina.

Ta mère était ma nièce et t’a léguée à moi.

Elle est morte. — Et j’ai vu , comme elle, disparaître , Hélas! sept de mes tils, les plus vaillants peut-être, George, mon doux enfant, envolé pour jamais,

Et ma dernière femme , et tout ce que j’aimais !

C’est la peine imposée à ceux qui longtemps vivent. De voir sans cesse, ainsi que les mois qui se suivent, Les deuils se succéder de saison en saison ,

Et les vêtements noirs entrer dans la maison !

— Toi , du moins , sois heureuse ! — Enfants , je vous Halto te briserait, ma pauvre fleur chérie! [marie ! Quand ta mère mourut, je lui dis : — Meurs en paix ; Ta fille est mon enfant; et, s’il le faut jamais,

Je donnerai mon sang pour elle ! —

RÉGIXA.

0 mon bon père !

JOB

Je l’ai juré !

A Otberl.

Toi, fils, va, grandis! fais la guerre.

Tu n’as rien; mais pour dot je te donne mon fief De Kammerberg, mouvant de ma tour d’HeppenhefT. Marche comme ont marché Nemrod , César, Pompée ! J’ai deux mères , vois-tu , ma mère et mon épée.

Je suis bâtard d’un comte , et légitime fils De mes exploits. II faut faire comme je fis.

A part.

Hélas! au crime près !

Haut.

Mon enfant, sois honnête Et brave. Dès longtemps j’arrange dans ma tète Ce mariage -là. Certe, on peut allier Le franc-archer Otbertà Job , franc chevalier !

Tu t’étais dit — : Toujours je serai , quelle honte !

Le chien du vieux lion, le page du vieux comte. Captif, tant quMl vivra, près de lui! — Sur ma foi ,

Je t’aime, mon enfant, mais pour toi, non pour moi. Oh! les vieux ne sont pas si méchants qu’on le pense ! Voyons, arrangeons tout. Je crains Hatlo. Silence ! Pas de rupture ici. L’on joûrait du couteau.

Baissant la voix.

Mon donjon communique aux fossés du château.

J’en ai les clefs. Otbert, ce soir, sous bonne garde, Vous partirez tous deux. Le reste te regarde.

OTBERT.

Mais...

JOB, souriant.

Tu refuses?

OTBERT.

Comte! ah! c’est le paradis Que vous m’ouvrez!

JOB

Alors fais ce que je te dis.

Plus un mot. Le soleil couché , vous fuirez vite.

J ’em pécherai Hatto d’aller à ta poursuite ;

Et vous vous marirez à Caub.

Guanhumara , qui a tout entendu, sort, il prend leur» lira* à tou» ilcux «ou» le» tien» et les regarde avec tendresse.

Mes amoureux ,

biles-inoi seulement que vous êtes heureux.

Moi , je vais rester seul !

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