‹ Les Burgraves trilogieChapitre 8 sur 49 · S WA · texte numérisé non relu

S WA

Eh bien , le soir, je vais à l’angle du rocher,

Et là , toutes les nuits, j’entends quelqu’un marcher!

vurz , avec une sorte d'effroi.

Êtes-vous sûr?

SWA*.

Très-sûr.

TKUDOïl.

Kunz , brisons là. Nous taire

Serait prudent.

IIAQClfl.

Ce burg est plein d’un noir mystère.

J’écoute tout ici , car tout me fait rêver.

TEODO*.

Parlons d’autre chose, hein? Ce qui doit arriver.

Dieu seul le voit.

Il ae tourne vers un groupe qui n’a pas encore pris part à ce qui se passe sur le devant de la scène, et qui parait fort attentif dans un coin du théâtre à ce que dit un jeune étudiant.

Tiens, Karl, finis-nous ton histoire.

Karl vient sur le devant du théâtre ; tous se rapprochent, et

le» deux groupes d’esclaves, jeunes gens et vieillards, se confondent dans une commune attention.

kari,.

Oui. Mais n’oubliez point que le fait est notoire ,

Que c’est le mois dernier que l’aventure eut lieu ,

Et qu’il s'est écoulé...

Il semble chercher un instant dans sa mémoire.

Près de vingt ans, pardieu !

Depuis que Barberousse est mort à la croisade.

UKRIAXX.

Soit. Ton Max était donc dans un lieu fort maussade!...

KARL

Un lieu lugubre, Hermann. Un endroit redouté,

Un essaim de corbeaux, sinistre, épouvanté,

Tourne éternellement autour de la montagne.

Le soir, leurs cris affreux, lorsque l’ombre les gagne, Font fuir jusqu’à Lautern le chasseur hasardeux.

Des gouttes d’eau , du front de ce rocher hideux, Tombaient, comme les pleurs d’un visage terrible. Une caverne sombre et d’une forme horrible S’ouvrait dans le ravin. Le comte Max Edmond Ne craignit pas d’entrer dans la nuit du vieux mont.

Il s’aventura donc sous ces grottes funèbres.

Il marchait. Un jour blême éclairait les ténèbres. Soudain, sous une voûte au fond du souterrain ,

Il vit dans l’ombre , assis sur un fauteuil d’airain , Les pieds enveloppés dans les plis de sa robe ,

Ayant le sceptre à droite, à gauche ayant le globe ,

Un vieillard effrayant, immobile, incliné ,

Ceint du glaive, vôlu de pourpre, et couronné.

Sur une table faite avec un bloc de lave,

Cet homme s’accoudait. Bien que Max soit très-brave Et qu’il ait guerroyé sous Jean le Bataillard ,

U se sentit pâlir devant ce grand vieillard Presque enfoui sous l’herbe, elle lierre et la mousse, Car c’était l’empereur Frédéric lîarberousse!

II dormait, — d’un sommeil farouche et surprenant. Sa barbe , d’or jadis , de neige maintenant ,

Faisait trois fois le tour de la table de pierre;

Ses longs cils blancs fermaient sa pesante paupière; Un cœur percé saignait sur son écu vermeil.

Par moments, inquiet, à travers son sommeil.

11 portait vaguement la main à son épée.

De quel rêve cette âme était -elle occupée?

Dieu le sait.

bermaxs.

Est-ce tout?

KARL

Non , écoulez encor.

Aux pas du comte Max dans le noir corridor, L’homme s’est réveillé ; sa tète morne et chauve S’est dressée , et, üxantsur Max un regard fauve,

11 a dit. en rouvrant ses yeux lourds et voilés :

— Chevalier , les corbeaux se sont-ils envolés? —

Le comte Max Edmond a répondu : — Non, sire.

A ce mot , le vieillard a laissé sans rien dire Retomber son front pâle , et Max , plein de terreur ,

A vu se rendormir le fantôme empereur?

Pendant que Karl a parlé, tous les prisonniers sont venus se

grouper autour de lui, et l’ont écouté avec une curiosité toujours croissante. Jossius s'est approché des premiers dès qu'il a entendu prononcer le nom de Barheroussc.

iif.rxaxx, éclatant de rire.

Le conte est beau !

uiijtis , à Karl.

S’il faut croire la renommée , Frédéric s’est noyé devant toute l’armée Dans le Cydnus.

JOSSIUS.

Il s’est perdu dans le courant.

J’étais là. J’ai tout vu. Ce fut terrible et grand.

Jamais ce souvenir dans mon cœur ne s’émousse. Othon de Wittelsbacb haïssait Barberotisse ;

Mais quand il vit son prince à la merci des flots ,

Et que les Turcs sur lui lançaient leurs javelots,

Othon de Wiltelsbach, palatin de Bavière,

Poussa son cheval noir jusque dans la rivière,

Et, s’otfrant seul aux coups pleuvant avec fureur ,

Il cria : Commençons par sauver l’empereur!

HF.RJMX.f.

Ce fut en vain.

JOSSIUS.

En vain les meilleurs accoururent!

Soixante-trois soldats et deux comtes moururent En voulant le sauver.

KARL

Cela ne prouve pas

Que son spectre n’est point dans le val du Malpas.

SWA*.

Moi! l’on m’a dit, — la fable est un champ sans li- Qu’échappé par miracle, il s’était fait ermite, [mite! — Et qu’il vivait encor.

GOXDICARILS.

Plût au ciel ! et qu’il vint Délivrer l’Allemagne avant douze cent vingt;

Fatale année, oü doit, dit-on , crouler l’Empire!

swan.

Déjà de toutes parts notre grandeur expire.

HAQGIX.

Si Frédéric était vivant, — oui, j’y songeais, —

Pour nous tirer d’ici , nous, ses loyaux sujets,

11 recommencerait la guerre des burgraves.

KllXZ.

Hé ! le monde entier souffre autant que nous, esclaves. L’Allemagne est sans chef, et l’Europe est sans frein.

HAQOlif.

Le pain mauque.

GONDICARIUS.

Partout on voit aux bords du Rhin Le noir fourmillement des brigands qui renaissent.

KUXZ.

Les électeurs entre eux de brigues se repaissent

HERMAN*

Cologne est pour Souabc.

“Ey Go'ogle

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