‹ Les Burgraves trilogieChapitre 9 sur 49 · S WA · texte numérisé non relu

S WA

Erfurt est pour Brunswick.

COADICARIIS.

Mayence élit Berlhold.

XIAZ.

Trêves veut Frédéric.

COSD1CARIIS.

En attendant tout meurt.

HAQUI.V.

Les villes sont fermées.

SWAÎf .

On ne peut voyager que par bandes armées.

KARL

Bar les petits tyrans les peuples sont froissés.

ThCDO.X .

Quatre empereurs ! — C’est trop, et ce n’est pas assez. En fait de rois , vois-tu , Karl , un vaut plus que

[quatre.

KCJÜZ-.

Il faudrait un bras fort pour lutter, pour combattre, Mais bêlas! Barberousse est mort, — bien mort,

[huénon !

swaa , à Jossius.

A-t-on dans le Cydnus retrouvé son corps?

rossirs.

l.cs flots l’ont emporté.

Non.

TEIDOS.

Swan, as-tu connaissance De la prédiction qu’on fit à sa naissance?

— « Cet enfant, dont le monde un jour suivra les lois , » Deux fois sera cru mort et revivra deux fois. » — Or, la prédiction, qu’on raille ou qu’on oublie,

Une première fois semble s’être accomplie.

HtfUUXX.

Barberousse est l’objet de cent contes.

TF.IDOX.

Je dis

Ce que je sais. J’ai vu, vers l’an quatre-vingt dix ,

A Prague , à l’hôpital , dans une casemate.

Un certain Sfrondati, gentilhomme dalmate.

Fort vieux, et qu’ou disait privé de sa raison.

Cet homme racontait tout haut dans sa prison Qu’étant jeune, à cet âge où tout hasard nous pousse, Chez le duc Frédéric, père de Barberousse,

Il était écuyer. Le duc fut consterné De la prédiction faite à son nouveau-né.

De plus, l’enfant croissait pour une double guerre; Gibelin par son père et guelfe par sa mère.

Les deux partis pouvaient le réclamer un jour.

Le père l’éleva d’abord dans une tour,

Loin de tous les regards, il le tint invisible,

Comme pour le cacher au sort le plus possible.

Il chercha même encore un autre abri plus tard.

D’une fille très-noble il avait un bâtard

Qui, né dans la montagne, ignorait que son père

Était duc de Souabe et comte chef de guerre , 1

teïtrtyUiOogle

Kl ne le connaissait que sous le nom d’üthon.

Le bon duc se cachait de ce fils-là , dit-on ,

De peur que le bâtard ne voulut être prince,

Et d’un coin du duché se faire une province.

Le bâtard par sa mère avait, fort près du Rhin ,

Un burg dont il était burgrave et suzerain ,

Un château de bandit , un nid d’aigle , un repaire. L’asile parut bon et sûr au pauvre père.

Il vint voir le burgrave , et , l’ayant embrassé ,

Lui confia l’enfant sous un nom supposé ,

Lui disant seulement : Mon fils, voici ton frère!

Puis il partit. — Au sort nul ne peut se soustraire. Certes, le duc croyait son fils et son secret Bien gardés, car l’enfant lui-mème s’ignorait. —

Le jeune Barberousse , ainsi , chez le burgrave. Atteignit ses vingt ans. Or, — ceci devient grave, — Un jour, dans un hallier, au pied d’un roc, au bord D’un torrent qui baignait les murs du château fort , Des pâtres qui passaient trouvèrent à l’aurore Deux corps sanglants et nus qui palpitaient encore. Deux hommes poignardés dans le château sans bruit , Puis jetés à l’abime, au torrent , à la nuit ;

Et qui n’étaient pas morts. Un miracle , vous dis-je! Ces deux hommes, que Dieu sauvait par un prodige. C’était le Barberousse avec son compagnon ,

Ce même Sfrondati, qui seul savait son nom.

Ôn les guérit tous deux. Puis, dans un grand mystère, Sfrondati ramena le jeune homme à son père,

Qui pour palment lit mettre au cachot Sfrondati.

Le duc garda son fils , c’était le bon parti ,

Et n’eut plus qu’une idée , étouffer cette affaire.

Jamais il ne revit son bâtard. Quand ce père ■

Sentit sa mort prochaine , il appela son fils ,

Et lui lit à genoux baiser un crucifix.

Barberousse, incliné sur ce lit funéraire,

Jura de ne se point révéler à son frère ,

Et de ne s’en venger, s’il était encor temps , .

Que le jour où ce frère atteindrait ses cent ans,

— C’est-à-dire jamais, quoique Dieu soit le maître! Si bien que le bâtard sera mort sans connaître Que son père était duc , et son frère empereur. Sfrondali pâlissait d’épouvante et d’horreur Quand on voulait sonder ce secret de famille.

Les deux frères aimaient tous deux la même fille; L’ainé se crut trahi, tua l’autre, et vendit La fille à je ne sais quel horrible bandit.

Qui , la liant au joug sans pitié , comme un homme , L’attelait aux bateaux qui vont d’Ostie à Rome.

Quel destin! — Sfrondati disait : C’est oublié!

Du reste en son esprit tout s’était délié.

Rien ne surnageait plus dans la nuit de suu âme ; Ni le nom du bâtard , ni le nom de la femme.

Il ne savait comment. 11 ne pouvait dire où. —

J’ai vu cet homme à Prague enfermé comme fou.

Il est mort maintenant.

HEnMvn.

Tu conclus ?

TKCDOX.

Je raisouue.

Si tous ces faits sont vrais, la prophétie est bonne Car enfin, — cet espoir n’a rien de hasardeux, — Accomplie une fois, elle peut l’ôtre deux.

Barberousse, déjà cm mort dans sa jeunesse , Pourrait renaître encor...

bersuxn, riant.

Bon ! attends qu’il renaisse !

xcxz, à Texulon.

On m’a jadis conté ce conte. En ce château Frédéric Barberousse avait nom Donato.

Le bâtard s'appelait Fosco. Quant à la belle ,

Elle était Corse, autant que je me le rappelle.

Les amants se cachaient dans un caveau discret.

Dont l’entrée inconnue était leur doux secret;

C’est là qu’un soir Fosco , cœur jaloux, main hardie. Les surprit, et finit l’idylle en tragédie.

Gonmc&Rics.

Que Frédéric, du trône atteignant le sommet,

N’ait jamais recherché la femme qu’il aimait.

Cela me navrerait dans l’âme pour sa gloire ,

Si je croyais un mot de toute votre histoire.

TECDOX.

Il l’a cherchée, ami. De son bras souverain ,

Trente ans il a fouillé les repaires du Rhin.

Le bâtard...

Ktmz.

Ce Fosco!

teudox , continuant.

Pour servir en Bretagne , Avait laissé son burg et quitté la montagne.

Il n’y revint, dit-on, que fort longtemps après. L’empereur investit les monts et les forêts.

Assiégea les châteaux, détruisit les btirgraves Mais ne retrouva rien.

cosdicarius, à Jossius.

Vous étiez de ses braves?

Vous avez bataillé contre ces mécréants?

Vous souvient-il? ,

JOSS1CS.

C’étaient des guerres de géants!

Les burgravcs entre eux se prêtaient tous main-forte. Il fallait emporter chaque mur, chaque porte En haut, en bas, criblés de coups , baignés de sang, Les barons combattaient, et laissaient, en poussant Des rires éclatants sous leurs horribles masques, L’huile et le plomb fondu ruisseler sur leurs casques. Il fallait assiéger dehors, lutter dedans.

Percer avec l’épée et mordre avec les dents.

Oh ! quels assauts! Souvent, dans l’ombre et la fumée, Le château, pris enfin, s’écroulait sur l’armée!

C’est dans ces guerres-là que Barberousse un jour, Masqué, mais couronné, seul, au pied d’une tour, Lutta contre un bandit qui, forcé dans son bouge,

Lui brûla le bras droit d’un trèfle de fer rouge,

Si bien que l’empereur dit au comte d’Arau :

— Je le lui ferai rendre, ami, par le bourreau!

GOXDICARIBS.

Cet homme fut-il pris?

' JOSStlS.

Non , il se fil passage.

Sa visière empêcha qu’on ne vit son visage,

Et l’empereur garda le trèfle sur son bras.

tkiibov, à Swan.

Je crois que llarberousse est vivant. — Tu verras.

jossirs.

Je suis sûr qu’il est morl.

CYTIILFIS.

Mais Max Edmond?...

iiF.niuvv.

teddoiv.

La grotte du Mai pas...

Chimère !

IIERMAXÎt.

Un conte de grand’mère !

KARL

Sfrondali cependant jette un jour tout nouveau...

IIF.n3tAV.V.

Bah! songes d’un fiévreux qui voit dans son cerveau, Où flottent des lueurs toujours diminuées,

Les visions passer ainsi que des nués!

Entre un soldat le fouet à la main.

LK SOI.DVT.

Esclaves, au travail ! Les convives ce soir Vont venir visiter cette aile du manoir;

ifs Bi’ncnAVFC. • , U

— oO

C'est monseigneur Halto, le maître, qui les mène. Qu’il ne vous trouve point ici traînant la chaîne.

Les prisonniers ramassent leurs outils, s'accouplent en silence et sortent la tête basse sous le fouet du soldat. Guanhumara reparaît sur la galerie haute et les suit des yeux. Au moment où les prisonniers disparaissent , entrent par la grande porte Régina, Edwige et Otbert ; Réçina , vêtue de blanc; Edwige, la nourrice, vieille, vêtue de noir; Otbert, en habit de capitaine aventurier, avec le coutelas et la grande êpée; Rêgina , toute jeune , pâle , accablée, et se traînant à peine comme une personne malade depuis longtemps et presque mourante. Elle se penche sur le bras d'Otbert, qui la soutient et fixe sur elle un regard plein d'angoisse et d'amour. Edwige la suit. Guanhumara , sans être vue d'aucun des trois , les observe et les écoule quelques intants, puis sort par le cèle opposé à celui où elle est entrée.

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