‹ Les burgravesChapitre 12 sur 83 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

L'AIEUL

JOSSIUS.

Non.

Les flots Tont emporté.

TEUDON.

Swan, as-tu connaissance De la prédiction qu'on fit à sa naissance? — 0 Cet enfant, dont le monde un jour suivra les lois, « Deux fois sera cru mort et revivra deux fois. )» Or, la prédiction, qu'on raille ou qu'on oublie, Une première fois semble s'être accomplie.

HERM ANN

Barberousse est l'objet de cent contes.

TEUDON.

Je dis

Ce que je sais. J'ai vu, vers l'an quatre-vingt-dix,

A Prague, à l'hôpital, dans une casemate,

Un certain Sfrondati, gentilhomme dalmate.

Fort vieux, et qu'on disait privé de sa raison.

Cet homme racontait tout haut dans sa prison

Qu'étant jeune, à cet âge où tout hasard nous pousse,

Chez le duc Frédéric, père de Barberousse,

Il était écuyer. Le duc fut consterné

De la prédiction faite à son nouveau-né.

De plus, l'enfant croissait pour une double guerre;

Gibelin par son père et guelfe par sa mère,

Les deux partis pouvaient le réclamer un jour.

Le père l'éleva d'abord dans une tour.

Loin de tous les regards, et le tint invisible,

Comme pour le cacher au sort le plus possible.

Il chercha même encore un autre abri plus tard.

D'une fille très noble il avait un bâtard

Qui, né dans la montagne, ignorait que son père

Était duc de Souabeet comte chef de guerre,

Et ne le connaissait que sous le nom d'Othon.

LES BUaGRAVES.

Le bon duc se cachait de ce fils-là, dit-on,

De peur que le bâtard ne voulût être prince

Et d'un coin de duché se faire une province.

Le bâtard, par sa mère, avait, fort près du Rhin,

Un barg dont il était burgrave et suzerain,

Un château de bandit, un nid d'aigle, un repaire.

L'asile parut bon et sûr au pauvre père.

Il vint voir le burgrave, et, l'ayant embrassé,

Lui confia l'enfant sous un nom supposé,

Lui disant seulement : Mon fils, voici ton frère.

Puis il partit. — Au sort nul ne peut se soustraire.

Certes, le duc croyait son fils et son secret

Bien gardés, car l'enfant lui-même s'ignorait.

Le jeune Barberousse, ainsi, chez le burgrave,

Atteignit ses vingt ans. Or, — ceci devient grave, —

Un jour, dans un hallier, au pied d'un roc, au bord

D'un torrent qui baignait les murs du château fort,

Des pâtres qui passaient trouvèrent à l'aurore

Deux corps sanglants et nus qui palpitaient encore,

Deux hommes poignardés dans le château sans bruit,

Puis jetés à l'abîme, au torrent, à la nuit.

Et qui n'étaient pas morts. Un miracle, vous dis-jel

Ces deux hommes, que Dieu sauvait par un prodige,

C'était le Barberousse avec son compagnon,

Ce même Sfrondati, qui seul savait son nom.

On les gaérit tous deux. Puis, dans un grand mystère,

Sfrondati ramena le jeune homme à son père,

Qui pour paiement fit mettre au cachot Sfrondati.

Le duc garda son fils, c'était le bon parti.

Et n'eut plus qu'une idée, étouffer cette affaire.

Jamais il ne revit son bâtard. Quand ce père

Sentit sa mort prochaine, il appela son fils,

Et lui fit à genoux baiser un crucifix.

Barberousse, incliné sur ce lit funéraire,

Jura de ne se point révéler à son frère,

Et de ne s'en venger, s'il était encor temps,

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