‹ Les burgravesChapitre 42 sur 83 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

— LE MENDIANT

— Ma vie, ô Dieu! — je tremble et mon front devient blêmol

Tant chaque souvenir qu'évoque mon effroi

Prend un masque hideux en passant devant moi!

Oui! tout est noir. — Démons dans ma patrie en flamme.

Monstres dans ma famille et spectres dans mon âme! —

Aussi, lorsqu'à la fin mon œil troublé, que suit

La triple vision de cette triple nuit,

Cherchant le jour et Dieu, lentement se relève,

J'ai besoin, en sortant de l'abîme où je rêve,

De vous voir près de moi comme deux purs rayons,

Comme au seuil de l'enfer deux apparitions,

Vous, enfants dont le front de tant de clarté brille,

Toi, jeune homme vaillant, toi, douce jeune fille,

Vous qui semblez, vers moi quand vos yeux sont tournés,

Deux anges indulgents sur Satan inclinés I

OTBERT, ôpart

Hélas l

0 monseigneur!

JOB

Enfants 1 que je vous wserre Tous les deux dans mes bras!

A Otbert, en le regardant entre les deux yeux ayec tendresse.

Ton regard est sincère. On sent en toi le preux fidèle à son serment, Comme l'aigle au soleil et le fer à l'aimant. Tout ce qu'il a promis, cet enfant l'exécute,

A Régina.

N'est-ce pas?

RÉGINA

Je lui dois la vie.

JOO.

Avant ma chute,

J'étais pareil à lui! grave, pur, chaste et fier Comme une vierge et comme une épée.

Il va à la fenêtre.

Ah I cet air Est doux, le ciel sourit et le soleil rassure.

Revenant à Régina et lui montrant Otbert.

Vois-tu, ma Régina, cette noble figure Me rappelle un enfant, mon pauvre dernier-né. Quand Dieu me le donna, je me crus pardonné. Voilà vingt ans bientôt. — Un fils à ma vieillesse! Quel don du ciel! J'allais à son berceau sans cesse. Même quand il dormait, je lui parlais souvent; Car, quand on est très vieux, on devient très enfant. Le soir, sur mes genoux, j'avais sa tète blonde.

— Je te parle d'un temps!... tu n'étais pas au monde.

— Il bégayait déjà les mots dont on sourit. Il n'avait pas un an, il avait de l'esprit.

Il me connaissait bien! Je ne peux pas te dire.

Il me riait; et moi, quand je le voyais rire.

J'avais, pauvre vieillard, un soleil dans le cœur!

J'en voulais faire un brave, un vaillant, un vainqueur;

Je l'avais nommé George... — Un jour, ~ pensée amère!

Il jouait dans les champs... — Oh! quand tu seras mère,

Ne laisse pas jouer tes enfants loin de toi! —

On me le prit. — Des juifs, une femme! Pourquoi?

Pour l'égorger, dit-on, dans leur sabbat. ~ Je pleure,

Je pleure après vingt ans comme à la première heure.

Hélas! je l'aimais tant! C'était mon petit roi.

J'étais fou, j'étais ivre, et je sentais en moi

Tout ce que sent une âme en qui le ciel s'épanche.

Quand ses petites mains touchaient ma barbe blanche !

— Je ne l'ai plus revu! jamais! — Mon cœur se rompt !

A Otbert

Il serait de ton âge. Il aurait ton beau front.

Il serait innocent comme toi. — Viens! — Je t*aime.

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