DEUXIÈME PARTIE. - LE MENDIANT
Régina tombe évanouie. Ses femmes remportent. Oibert barre le passage aux archers, qui veulent s'approcher.
Que nul ne fasse un pas! je parle à ces seigneurs.
Aux princes.
Écoutez tous, marquis venus dans la montagne,
Duc Gerhard, sire Uther, pendragon de Bretagne,
Burgrave Darius, burgrave Cadwalla,
Je soufflette à vos yeux ce baron que voilà;
Et j'invoque céans, pour châtier ses hontes,'
Le droit des francs archers par-devant les francs comtes I
Il jette son gant au visage de Ilatto. - Entre le Mendiant, confondu dans la foule des assistants.
IIATTO.
Je t'ai laissé parler 1
Bas à Zoaglio Giannilaro, qui est près de lui dans la foule dos seigneurs.
Dieu sait, Giannilaro, Que mon épée en tremble encor dans le fourreau!
A Otbert.
Maintenant, je te dis : Qui donc es tu, mon brave? Parle, es-tu fils de roi, duc souverain, margrave Pour m'oser défier? Dis ton nom seulement. Le sais-tu? Tu te dis l'archer Otbert.
Aux seigneurs.
Il ment.
A Otbert.
Tu mens. Ton nom n'est pas Otbert. Je vais te dire
D'où tu viens, d'où tu sors, ce que tu vaux! - Messire
Ton nom est Yorghi Spadaceli. Tu n'es
Pas même gentilhomme. Allons ! je te connais.
Ton aïeul était corse et ta mère était slave
Tu n'es qu'un vil faussaire, esclave et fils d'esclave.
Arrière!
Aux assistants.
11 est, seigneurs, dos princes parmi vous.
S'ils prennent son parti, je les accepte tous, Pied contre pied, partout, ici, dans l'avenue, Deux poignards dans les mains, et la poitrine nue!
A Otbert.
Mais toi, vil brigand corse, échappé des makis,
n pousse du pied le gant d'Oiberi.
Jette aux valets ton gant!
OTBERT.
Misérable!
LE MENDIANT, faisant un pas, à Uatto.
Marquis !
J'ai quatrevingt-douze ans, mais je te tiendrai tête. — Une épéel
Il jette son bâton et prend l'épée du l'une des panoplies suspendues au mur HATTO, écla ant de rire.
Un bouffon manquait à cette fête.
Le voici, messeigneurs. D'où sort ce compagnon? Nous tombons du bohème au mendiant.
Au mendiant
Ton nom ?
LE MENDIANT
Frédéric de Souabe, empereur d'Allemagne.
liarberousse!
Étonnementel stupeur. Tous s'écaitent et forment une sorte de grand cercle autour du mendiant, qui dégage de ses haillons une croix attachée à son cou et l'élève de sa main droite, la gauche appuyée sur l'épée piquée en terre.
LE MENDIANT
Voici la croix de Gharlemagne.
Tous les yeux se fixent sur la croix. Moment de silence. Il reprend.
Moi, Frédéric, seigneur du mont où je suis né, f lu roi des romains, empereur couronné, Porte-glaive de Dieu, roi de Bourgogne et d'Arles,