LE BIEN DI A M
Le trèfle qu'un de vous m'imprima sur la main?
Il présente son bras à MagnuÂ.
Vois.
Magnus s'incline, examine attentivement le bras du mendiant, puis se redresse MAGNUS, aux assistants.
Je déclare ici, la vérité m'y pousse, Que voici l'empereur Frédéric Barberousse.
La htupeur est au comble. Le cercle s'élargit L'empereur, appuyé sur la grande épée, se tourne vers les asais.aats et promène sur eux des regards terribles.
l'empereur.
Vous m'entendiez jadis marcher dms ces vallons, Lorsque l'éperon d'or sonnait à mes talons. Vous me reconnaissez, burgraves. — C'est le maître. Celui qui subjugua l'Europe, et fit renaître L'Allemagne d'Othon, reine au regard serein; Celui que choisissaient pour juge souverain, Comme bon empereur, comme bon gentilhomme. Trois rois dans Mersebourg et deux papes dans Rome, Et qui donna, touchant leurs fronts du sceptre d'or, La couronne à Suénon, la tiare à Victor; Celui qui des Ilermann renversa le vieux trône ;
Qui vainquit tour à tour, en Thrace et dans Icône, L'empereur Isaac et le calife Arslan; Celui qui, comprimant Gênes, Pise, Milan, Étouffant guerres, cris, fureurs, trahisons viles, Prit dans sa large main Tltalie aux cent villes; 11 est là qui vous parle. Il surgit devant vous!
Il f.lit un pas. Tous reculent.
— J'ai su juger les rois, je sais traquer les loups. — J'ai fait pendre les chefs des sept cités lombardes; Albert l'Ours m'opposait dix mille hallebardes, Je le brisai; mes pas sont dans tous les chemins; ^ J'ai démembré Henri le Lion de mes mains, Arraché ses duchés, arraché ses provinces, Puis avec ses débris j'ai fait quatorze princes; Enfin, j'ai, quarante ans, avec mes doigts d'airain, Pierre à pierre émietté vos donjons dans le Rhin! Vous me reconnaissez, bandits! — Je viens vous dire Que j'ai pris en pitié les douleurs de l'empire, Que je vais vous rayer du nombre des vivants. Et jeter votre cendre infâme aux quatre vents!
11 se tourne vers les archers.
Vos soldats m'entendront! Ils sont à moi. J'y compte. Ils étaient à la gloire avant d'être à la honte. C'est sous moi qu'ils servaient avant ces temps d'horreur, Lt plus d'un se souvient de son vieil empereur. N'est-ce pas, vétérans? n'est-ce pas, camarades?
Aux burgraves.
Ah! mécréants! félons! ravageurs de bourgades! Ma mort vous fait renaître. Eh bien, touchez, voyez, Entendez ! c'est bien moi I
Il marche à grands pas au milieu d'eux. Tous s'écartent devant lui.
Sans doute vous croyez Être des chevaliers! Vous vous dites : — Nous sommes Les fils des grands barons et des grands gentilshommes. Nous les continuons. — Vous les continuez? ; ^ Vos pères, toujours fiers, jamais diminués,
DÉUXIÈME PARTIE. —
LE MENDIANT
Faisaient la grande guerre ; ils se mettaient en marche,
Ils enjambaient les ponts dont on leur brisait l'arche,
Affrontaient le piquier ainsi que l'escadron,
Faisaient, musique en tête et sonnant du clairon,
Face à toute une armée et tenaient la campagne,
Et, si haute que fût la tour ou la montagne,
N'avaient besoin, pour prendre un château rude et forV,
Que d'une échelle en bois, pliant sous leur effort,
Dressée au pied des murs d'où ruisselait le soufre,
Ou d'une corde à nœuds, qui, dans l'ombre du gouffre,
Balançait ces guerriers, moins hommes que démons,
Et que le vent, la nuit, tordait au flanc des monts'.
Rlâmait-on ces assauts de nuit, ces capitaines
Défiaient l'empereur, au grand jour, dans les plaines,
Puis attendaient, debout dans l'ombre, un contre vingt,
Que le soleil parût et que l'empereur vînt!
C'est ainsi qu'ils gagnaient châteaux, villes et terres;
Si bien qu'il se trouvait qu'après trente ans de guerre.
Quand on cherchait des yeux tous ces faiseurs d'exploits,
Les petits étaient ducs et les grands étaient rois! —
Vous, — comme des chacals et comme des orfraies,
Cachés dans les taillis et dans les oseraies,
Vils, muets, accroupis, un poignard à la main.
Dans quelque mare immonde au bord du grand chemin.
D'un chien qui peut passer redoutant les morsures,
Vous épiez le soir, près des routes peu sûres,
Le pas d'un voyageur, le grelot d'un mulet;
Vous êtes cent pour prendre un pauvre homme au collet;
Le coup fait, vous fuyez en hâte à vos repaires... —
Et vous osez parler de vos pères! — Vos pères,
Hardis parmi les forts, grands parmi les meilleurs,
Étaient des conquérants; vous êtes des voleurs!
Les burgraves baissent la tête avec une sombre expression d'aballemcnt, d'indignation et d'épouvante. Il poursuit.
Si vous aviez des cœurs, si vous aviez des âmes. On vous dirait : Vraiment, vous êtes trop infâmes 1
LES BURGRAVKS.
Quel moment prenez-vous, lâchement enhardis, Pour faire, vous, barons, ce méiier de bandits? L'heure où notre Allemagne expire! — Ignominie! Fils méchants, vous pillez la mère à l'agonie! Elle pleure, et, levant au ciel ses bras roidis, Sa voix faible en râlant vous dit: Soyez maudits! Ce qu'elle dit tout bas, je le crie à voix haute. Je suis votre empereur, je ne suis plus votre hôte. Soyez maudits! Je rentre en mes droits aujourd'hui, Et, m'étant châtié, puis châtier autrui.
Il aperçoit les deux margraves Platon et Gillssa, et marche droi'. à eux.
Marquis de Moravie et marquis de Lusace,
"Vous sur les bords du Rhin! est-ce là votre place?
Tandis que ces bandits vous fêtent en riant.
On entend des chevaux liennir à l'orient.
Les hordes du Levant sont aux portes de Vienne.
Aux frontières, messieurs! allez! Qu'il vous souvienne
De Henri le Barbu, d'Ernest le Cuirassé.
Nous gardons le créneau; vous, gardez le fossé.
Allez I
Apercevant Zoaglio Giannilaro.
Giannilaro! ta figure me gêne.
Que viens-tu faire ici? Génois, retourne à Gêne!
Au pendragon de Bretagne.
Que nous veut sire Uther? Quoi! des bretons aussi' Tous les aventuriers du monde sont ici!
Aux deux marquis Plalon et Gilissa.
Les margraves paieront cent mille marcs d'amende.
Au comte Lupus.
Grande jeunesse, mais perversité plus grande. Tu n'es plus rien! je mets ta ville en liberté.
Au duc Gerhard.
La comtesse Isabelle a perdu sa comté.
Le larron, c'est toi, duel Tu t'en iras à Baie;
nous y convoquerons la chambre impériale,