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DEUXIÈME PARTIE. — LE MENDIANT

Et là, publiquement, prince, tu marcheras fjne lieue en portant un juif entre tes bras.

Aux soldats.

Délivrez les captifs! et, de leurs mains d'e-claves, Qu'ils attachent leur chaîne au cou de ces burgraves!

Aux burgraves.

Ah! vous n'attendiez point ce réveil, n'est-ce pas? Vous chantiez, verre en main, l'amour, les longs repas; Vous poussiez de grands cris et vous étiez en joies; Vous enfonciez gaîment vos ongles dans vos proies; Vous déchiriez mon peuple, hélas! qui m'est si cher, Et vous vous partagiez les lambeaux de si chair! Tout à coup... tout à coup, dans l'autre inaccessible, Le vengeur indigné, frissonnant et terrible, A[)paraît; l'empereur met le pied sur vos tours, Et l'aigle vient s'abattre au milieu des vautours!

Tous semblent frappés de consternation et de terreur. Depuis quelques instants Job est entré et s'est mêlé en silence aux chevaliers. Magnus seul a écoulé l'empereur sans trouble, et n'a cessé de le regarder Oxemeni pendant qu'il a parlé. Quand Barberousse a Cni, Magnus le regarde encore une fois de la têie aux pieds, puis son visage prend une sombre expression de iaia et de fureur.

MAGNUS, rœil fixé sur l'empereur.

Oui, c'est bien lui! — vivant!

Il écarte d'un geste formidable les soldats et les princes, marche au fond, franchit en deux pas le degré de six marches, saisit de ses deux poings les créneaux de la galerie, et crie au dehors d'une voix tonnante :

Triplez les sentinelles 1 Les archers au donjon! les frondeurs aux deux ailes 1 Haut le pont! bas la herse î Armez les mangonneauxl Mille hommes au ravin! mille hommes aux créneaux! Soldats! courez au bois, taillez granits et marbres, Prenez les plus grands blocs, prenez les plus grands arbres Et sur ce mont, qui jette au monde la terreur, Faites-nous un gibet digne d'un empereur!

Il redescend.

Il s'est livré lui-même. Il est prisl

Croisant les bras et regardant l'empereur en face.

Je fadmireî

Où sont tes gens? où sont les fourriers de l'empire? Entendrons-nous bientôt tes trompettes sonner? Vas-tu, sur ce donjon que tu dois ruiner, Semer, dans les débris où sifflera la bise, Da sel comme à Lubeck, du chanvre comme à Pise? Mais quoi ! je n'entends rien. Serais-tu seul ici? Pas d'armée, ô César! Je sais que c'est ainsi Que tu fais d'ordinaire, et que c'est de la sorte Que, l'épée à la main, seul, brisant une porte, Criant tout haut ton nom, lu pris Tar^e et Cori ; Il t'a suffi d'un pas, il t'a suffi d'un cri Pour forcer Gêne, Utrecht, et Rome abâtardie; Iconium plia sous toi; la Lombardie Trembla, quand elle vit, à ton souffle d'enfer, ' Frissonner dans MiJaa l'arbre aux feuilles de fer;

Nous savons tout cela; mais sais-tu qui nous sommes?

Montrant les soldats.

Je t'écoutais parler tout à l'heure à ces hommes,

Leur dire: Vétérans, camarades! — Fort bien!

Pas un n'a bougé, vois. C'est qu'ici tu n'es rien.

C'est mon père qu'on craint, c'est mon père qu'on aime.

Ils sont au comte Job avant d'être à Dieu même!

L'hôte seul est sacré, César, pour le bandit.

Or, tu n'es plus notre hôte, et toi-même l'as dit.

Montrant Job.

Écoute, ce vieillard que tu vois, c'est mon père.

C'est lui qui t'a flétri du fer triangulaire,

Et l'on te reconnaît aux marques de l'affront

Mieux qu'à l'huile sacrée effacée à ton front !

La h:jine entre vous deux est comme vous ancienne.

Tu mis à prix sa tête, il mit à prix la tienne;

Il la tient. Te voilà seul et nu parmi nous.

Fritz de Ilohenstaufen ! regarde-nous bien tous!

Plutôt que d'être entré, car vraiment tu me touches,

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