TROISIÈME PARTIE
— LE CAVEAU PERDU. lOr.
Oui de mon poignard nu tombèrent sur ces dalles! Le meurtre est un semeur qui récolte le mal; Je le sais. — Tu m'as pris dans un cercle infernal. Que te faut-il de plus? ne suis je pas ta proie? C'est juste, tu fais bien, je t'accueille avec joie, Moi, maudit dans mes fils, maudit dans mes neveux! Mais épargne Tenfantl le dernier! — Quoi! lu veux Qu'il entre ici pur, noble et sans tache, et qu'il sorte Marqué du signe affreux que moi, Caïn, je porte!
— Ginevra! puisqu'enfin vous avez cru devoir Me le prendre, à moi vieux dont il était l'espoir, A moi qui du tombeau sentais déjà l'approche,
— Je ne veux point ici vous faire de reproche, — Enfin, vous l'avez pris et gardé près de vous, Sans le faire souffrir, ce pauvre enfant si doux^ N'est-ce pas? Vous avez, ô bonheur que j'envie ! Vu s'ouvrir son œil d'aigle interrogeant la vie.
Et son beau front chercher votre sein réchauffant.
Et naître sa jeune âme!... — Eh bien, c'est votre enfant!
Votre enfant comme à moi! vraiment je vous le jurai —
Oh! j'ai déjà souffert beaucoup, je vous assure.
Je suis puni! — Le jour où l'on vint m'annoncer
Que George était perdu, qu'on avait vu passer
Quelqu'un qui l'emportait... je me crus en délire.
— Je n'exagère pas, on a pu vous le dire. — J'ai crié ce seul mot : Mon enfant enlevé ! Figurez-vous, je suis tombé sur le pavé!
— Pauvre enfant! — Quand j'y pense? — il courait dans les roses, Il jouait! — N'est-ce pas, ce sont là de ces choses
Qui torturent? Jugez si j'ai souffert. — Eh bien, Ne fais pas un forfait plus affreux que le mien! Ne souille pas cette âme encor pure et divine! Oh! si tu sens un cœur battre dans ta poitrine...
GUANHUM ARA.
Un cœur? je n'en ai plus. Tu me l'as arraché.
JOB
Oui, je veux bien mourir, dans ce tombeau couché, — Pas de sa main ! —
G U ANHUM ARA.
Le frère ici tua le frère.
Le fils ici tuera le père.
JOB, à genoux, les mains jointes, se traînant aux pieds de Guanhumara.
A ma misère
Accorde une autre mort. Je t'en prie!
GUANHUMARA
Ah! maudit I
Je te priais aussi, je te l'ai déjà dit,
A genoux, le sein nu, folle et désespérée.
Te souviens-tu qu'enfin, me levant égarée,
Je criai : Je suis corse l et je te menaçai?
Alors, tout en jetant ta victime au fossé,
Me repoussant du pied avec un rire étrange.
Tu me dis : Venge-toi, si tu peux! — Je me venge!
JOB, toujours à genou .
Mon fils ne t'a rien fait! Grâce! Je pleure! voil Songe que je t'aimais ! j'étais jaloux !
GUANHUMARA
Tais-toi!
Levant les yeux au ciel.
C'est une chose impie entre tant d'autres crimes Que le couple effrayant, perdu dans les abîmes, Qui parle en ce tombeau d'épouvante entouré, Ose encor prononcer, amour, ton nom sacré I
A Job.
Eh bien, j'aimais aussi, moi, dont le cœur est vide! Rends-moi mon Donato ! rends-le-moi, fratricide 1
TROISIÈME PARTIE. — LE CAVEAU PERDU. 407 JOE, se levant, avec une résignation sombre.
Olbert sait-il qu'il doit tuer son père?
GU AISHUM ARA.
Non.
Pour sauver Régina, sans savoir ton vrai nom, Il frappera dans l'ombre.
JOB
Otbert! nuit lamentable!
GUANHUMARA
Il sait, comme un bourreau, qu'il punit un coupable. Rien de plus. — Meurs voilé, tais-toi, ne parle pas. Si tu veux j'y consens.
Elle détache son voile noir et le lui jeUe. JOB, solsissant le voile.
Merci !
GUANHUMARA
J'entends un pas.
Recommande ton âme à Dieu. — C'est lui. — Je rentre. J'entendrai tout. Je tiens Régina dans mon antre. Ilàtez-vous d'en finir tous les deux.
Elle sort par la fond à gauche, du côté où ont disparu les porteurs du cercueil JOB, tombant à genoux près du banc de pierre.
Juste Dieu?
0 se couvre la téte du voile noir et demeure agenouillé, immobile, dans l'altitude da la prière. Entre par la galerie à droite un hoinme vêiu de noir et masqué comme les deux précédents, ponant une torche. Il fait signe d'entrer à quoiqu'un qui le suit. C'est Olbort. Otbert pôle, égaré, éperdu. Au moment où Otbert entre, et vendant qu'il parle, Job ne fait pas un mouvemenL Dès qu'Otbert est eniré, rhomme masque disparaît.