TROISIÈME PARTIE
GUANHUMARA
Tu vas le voir aussi C'est lui qui va venir te poignarder ici.
JOB, se relevant avec horreur.
Dieu! — Mais en as-tu fait un monstre en la colère, Pour croire qu'un enfant voudra tuer son père?
GUANHUMARA
C'est Otbert!
JOB, joignant les mains vers le ciel.
Sois béni, mon Dieu! Je le rêvais.
Mais en lui tout est noble, il n'a rien de mauvais; Tu comptes follement sur mon Otbert.
GUANHUMARA
Écoute.
Tu marchais au soleil, j'ai fait la nuit ma route.
Tu ne m'as pas senti m'avanocr en rampant.
— Éveille-toi, Fosco, dans les plis du serpent! —
Tandis que l'empereur t'occupait tout à l'heure,
J'étais chez Régina, j'étais dans ta demeure;
Elle a bu, grâce à moi, d'un philtre tout-puissant;
J'étais seule avec elle... — et regarde à présent!
Enirent par le fond de la galerie à droite deux hommes masqués, vêtus de noir e; portant un cercueil couvert d'un drap noir, qui traversent lentement le fond du théâtre. Job court vers eux. Us s'arrêtent.
JOB
Un cercueil!
Job écarie le drap noir avec épouvante. Les hommes masqués le laissent faire. Le comte lève le suaire et voit une figure pàle. C'est Régina
Régina !
A Guanhumara.
Monstre! tu Tas tuéel
GUANHUMARA
Pas encore. A ces jeux je suis habituée.
Elle est morte pour tous ; pour moi, comte, elle dort. Si je veux...
Elle fait le geste de la résurrection.
JOB
Que veux-tu pour l'éveiller?
GUANHUMARA
Ta mort.
Otbert le sait. C'est lui qui choisira.
Elle étend sa main droite sur le cercueil.
Je jure,
Par l'éternel ennui que nous laisse Pinjure, Par la Corse au ciel d'or, au soleil dévorant, Par le squelette froid qui dort dans le torrent, Par ce mur qui du sang but la trace livide. Que ce cercueil d'ici ne sortira pas vide!
Les deux hommes porteurs du cercueil se remettent en marche et disparaissant du côté opposé à celui par lequel ils sont entrés.
A Job.
Qu'il choisisse! Elle ou toi! — Si tu veux fuir loin d'eux, Fuis! Otbert, Régina mourront alors tous deux. Us sont en mon pouvoir.
JOB;, se cachant le visage de ses mains.
Horreur!
GUANHUMARA
Laisse-toi faire,
Meurs, Régina vivra !
Voyons! une prière!
Mourir n'est rien. Prends-moi, prends mes jours, prends mon sang. Mais ne fais pas commettre un crime à l'innocent. Femme, contente-toi d'une seule victime.
Un monde étrange à moi se révèle. Mon crime A fait germer ici, dans l'ombre, sous ces monts. Un enfer, dont je vois remuer les démons. Hideux nid de serpents, né des gouttes fatales