‹ Les burgravesChapitre 62 sur 83 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Dites, connaissez-vous Régina, mon amour, Cet ange dont le front dans mon cœur fait le jour? Elle est là, voyez-vous, d'un suaire vêtue. Morte si je faiblis, vivante si je tue!

— Ayez pitié de moi, vieillard! — Oh! parlez-moi! Dites que vous voyez mon trouble et mon effroi,

ito Que vous me pardonnez votre horrible martyre! Oh! que j'entende au moins votre voix me le dire! Un seul mot de pardon, vieillard! mon cœur se fend! Rien qu'un seul mot!

JOB, se levant et jetant son voile.

Otbert! mon Otbert! mon enfant!

OTBKRT.

Sire Job 1

JOB, le prenant dans ses bras avec emportement.

Non! vers lui tout mon être s'élance!

• C'est trop me torturer par cet affreux silence! Je ne suis qu'un vieillard, faible, en pleurs, terrassé. Je ne peux pas mourir sans l'avoir embrassé! Viens sur mon cœur!

Il couvre le visage d'Otbert de larmes et de baisers

Enfant, laisse, que je te voie.

Tu ne le croirais pas, quoique j'aie eu la joie De te voir tous les jours depuis plus de six mois, Je ne t'ai pas bien vu...

Il le regarde avec des yeux enivrés.

C'est la première fois!

— Un jeune homme, à vingt ans, que c'est beau! — Que je bais« Ton front pur! Laisse-moi te contempler à l'aise!

— Tu parlais tout à l'heure, et moi, je me taisais. — Tu ne sais pas toi-même à quel point tu disais

Des choses qui m'allaient remuer les entrailles. Otbert, tu trouveras pendue à mes murailles Ma grande épée à main ; je te la donne, enfant 1

no

Mon casque, mon pennon, tant de fois triomphant,

Sont à toi. Je voudrais que tu pusses toi-même

Lire au fond de mon cœur pour voir combien je t'aime!

Je te bénis! — Mon Dieu, donnez-lui tous vos biens,

De longs jours comme à moi, moins sombres que les miensi

Faites qu'il ait un sort calme, illustre et prospère,

Et que des fils nombreux, pieux comme leur père,

Soutiennent pleins d'amour, ses pas fiers et tremb'ants.

Quand ces beaux cheveux noirs seront des cheveux blancs!

OTBERT.

Monseigneur!

JOB lui imposant les mains.

Je bénis cet enfant, cieux et terre, Dans tout ce qu'il a fait, dans tout ce qu'il doit faire ! Sois heureux! — Maintenant, Otbert, écoute et voi, Vois, je ne suis plus père, et je ne suis plus roi; Ma famille est captive et ma tour est tombée; J'ai dû livrer mes fils; j'ai, la tête courbée. Dû sauver l'Allemagne; oui, — mais je dois mourir Or ma main tremble. Il faut m'aider, me secourir.

Il tire du fourreau le poignard qu'Otbert porte à sacointure et le lui prisent©.

C'est de toi que j'attends ce service suprême.

OTBERT, épouvanté.

De moi! mais savez vous que je cherche, ici même, Quelqu'un...

JOB

Fosco? c'est moi.

OTBERT.

Vous!

Reculant et promenant ses yeux dans Tombre autour de lui.

Qui que vous soyez!

Spectres qui m'entourez, démons qui nous voyez. C'est lui! c'est le vieillard que j'honore et que j'aime !

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