CRIME ET REPENTIR DE BARNABIN
Le lendemain, vous n’auriez Pas reconnu Mme Humbert,
Ce n’était nlus la dame noire, la vengeresse; c'était une bonne femme, üne heureuse mère, tout émue par l’approche de la distribution des prix.
D’avance, elle souriait au succès de son Barnabin, de son Benjamin.
Celui-ci, au contraire, avait l'oreille basse, la mine allongée, le regard inquiet.
— M'man, hasarda.t.il, est-ce que tu y tiens beaucoup, à la cérémonie?
— Si j'y tiens! se récria-t-elle; te voir conronné, acclamé, mais ce sont là nos grands jours, à nous antres mères! Et ce Jean-Baptiste qui n'arrive pas!
— Moi, fit Barnabin, quand j’aurai des enfants, j'irai pas aux distribntions de nrix.
Jean-Baptiste entra ; il vint embrasser «n ma. re,
— En route! dit-elle: allons donc, Barnabin!
Mais Ini faisant la loune et se toiffant süF je nez :
— Christi! grommela:t.il, Ça sera roîde!
On arriva bientôt sous la tente dressée pour la solennité.
Mme Humbert s'était mise au premier rang.
Avec quelle impatience n’écouta-t-elle pas les discours, leg récitations, les exhibitions préparatoires,
Enfin, on va proclamer les récompenses.
Prix d’honneur... Tiens, ce n’est pas Barnabin? : TTTRT|
Prix de sagesse. Elle ne cc mptait guère sur celui-là; mais d’autres sont appelés, couronnés. et ce n’est pas son fils!
— Que signifie!... C’est un passe-droit, une injustice! FA
—Patience, ma mère, répète Jean-Baptiste À la pauvre femme tout alarmée,
Pour reprendre courage, elle se redressait, cherchant à voir Barnabin.
Mais Barnabin, loin de ge rengorger aux premiers rangs ainsi que les années précédentes, se dissimulait derrière ses camarades, et, comme indifférent À l’honneur, comme embarrassé de Sa personne, mâchonnaït son beau mouchoir blanc tout nenf!
Cependant toutes les conronnes ont été données À la première classe: n’est.il que dans la seconde? La seconde recoit à son tour, ses récompenses; il n’est pas plus qnestion de Barnahin ane s’il était élève An collège de Chandernagor.
Ta pauvre mère est nttérée, anffoqnée.
Ta distribntion se torminant enfin, elle se là. ve aneitât : alle oanpt an maître de pension; elle Paborde, la tête hante et le ressentiment dans les yeux. +]
— Quoi! Comment! mon fils n’a pas eu de prix! Pas un! Rien!
— Mais, répond le pédagogue tout étonné, mais madame,, voilà plus de trois mois que nous ne l’avons pas vu.
— Trois mois!:. trois mois d'école buissonnière !!
Et l'argent, l'argent que je donnais pour monsieur!
Barnabin se voile le visage,
Ce n’est pas la colère qui domine chez madame Humbert, c’est le chagrin. Il y a des larmes dans ses yeux, Le maître de pension lui-même en est attendri.
— Ah! madame, dit-il, si j'avais pu prévoir... Mais je ne pouvais Pas cependant lui donner le prix d'absence!
On reprit le chemin de la maison. Quel retour!
Mme Humbert gardait le silence. A peine rentrée chez elle, elle se laissa tomber dans un fauteuil. En même temps, Barnabin se jeta à ses pieds,
— Ah! m’'man, pardon! Je suis un scélérat!
Gronde-moi donc, bats-moi, mais ne pleure plus! C’est la faute des buttes Chaumont, Je travail. lerai maintenant. Plus de flaneries! Je te promets de rattraper le temps perdu ! Parole d'honneur ! Mais embrasse-moi, pardonnt moi.... Je t'aime bien... Voyons, mère, une risette !
Jean-Baptiste intervint :
Cette leçon lui profitera, ma mère, Ayons
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confiance. C’est un peu de ma faute. J’y veillerai désormais. Pendant les vacances, je me charge de le remettre au courant. Embrasse-le donc... et moi aussi.
Elle les réunit tous les deux dans une même étreinte. Puis, avec un accent étrange:
-— Embrassons-nous, dit-elle, et restons unis, nous serons forts.
Jean-Baptiste se prit à sourire:
— Oh! mère, tu dis cela comme si quelque danger te menaçait.
— Qui sait! murmura:t-elle,
Buarnabin s’écria :
— Un danger! un danger pour toi, mère! Ah!
mais, ce jour-là, présent! Ce n’est pas Barnabin qui ferait l’école buissonnière !
On soupa.
— Î1 faut que je me hâte, dit Jean-Baptiste, on m'attend.
— Quoi! tu ne peux même pas nous donner cette soirée, mon fils?
—- Hélas! non; ce soir même M. Dalvimare me présente à quelqu’un que je dois initier à notre industrie,
— Qui donc?
— Le vicomte d’Alvimare.
A ce nom, la dame noire eut un tressaillement soudain.
— Ah! son neveu.
— Oui, ma mère, ,
— Ne m'avaistu pas dit qu’il était absent, en Allemagne?
—- Il est de retour.
Elle se leva, agitée, très pâle,
— Mais, qu’as-tu donc, mère? lui demandèrent simultanément ses deux fils,
—Moi! Riez. Pars, Jeañ-Baptiste; Barnabin t’accompagnera.. Adieu i
Evidemment, Mme Humbert avait hâte de rester seule,
Les deux frères sortirent, et, par les buttes Chaumont, se dirigèrent vers l'usine.
Chemin faisant, ce furent de douces exhortations de la part de l'aîné, ce furent de chaleureuses promesses de la part du plus jeune.
Dans la cour de la manufacture, un beau cheval de selle était attaché.
— Le vicomte est chez son oncle, dit Jean-Baptiste,
En ce moment, devant la grande porte, au dehors, un homme passait. Le chapeau sur les Jeux, le menton dans la cravate, il était enveloppé dans un manteau à triple collet.
— Tiens, fit Barnabin, c’est l’homme au carrick! C’est le vilain borgne du four à p'âtre,
Jean-Baptiste congédia son frère,
— Retourne chez nous, mais en droite ligne, et sans louvoyer à travers les buttes Chaumont.
— As pas peur! c’est juré!
Pauvre Barnabin! de nombreuses tentations l’'attendaient en chemin.
D'abord ce fut Mariol et son jardin. Il b& chait avec ardeur un carré de terre, tandis que dans un autre, déjà défriché de la veille Catherine et ses enfants arrosaient un plant de salade,
— Ah! Rataplan, viens nous aider, Je te
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