CONCLUSION
Quatre ans se sont écoulés.
Barnabin, qui vient de sortir de l'Ecole centrale, sert d’aïde-de-camp à son frère aîné, qui dirige la grande usine.
Mariol en est le contre-maître.
Madame Humbert habite avec ses deux fils.
C’est le calme, c’est le bonheur.
Parfois cependant, Jean-Baptiste ne peut dissimuler une certaine tristesse.
Il n’a pas revu Valentine.
Valentine, Pépita, le prince et la princesse Lubanoff sont dans la Russie méridionale.
Georges d’Alvimare voyage en Allemagne avec Fabre- Bey. Tout dernièrement le colonel Jacques Bernard les a rejoints.
Un soir, sous les peupliers du canal, Mariole aborda Jean-Baptiste, et lui dit:
— Je désire causer avec vous ici-même, comme il ya quatre ans; mais ce ne sera pas la même chanson... celle de livrogne. Avec le travail, l’ordre et l’économie, ma tire-lire a plus d’une fois renversé son trop plein à la caisse d'épargne. J'ai de quoi acheter ma maison. mon jardin; n'est-ce pas à notre bonne fée qu’il fant que je m'adresse ?
Jean-Baptiste avait tressailli. I] répliqua :
— Elle ne t'a pas oublié, Mariol. J'étais chargé de t’apprendre, le jour où tu viendrais me dire ce que tu
— 250 — oh
me dis, que la maisonnette t’appartient. On te la donne: cest ta récompense,
Le digne ouvrier eut d’abord un mouvement de reconnaissance et de joie. Puis, après un instant de réflexion:
— Avec mon argent, dit-il, je vais acheter le terrain limitrophe et faire bâtir un autre immeuble, Mariol propriétaire! C’est Catherine qui sera contente! Et
— Eh }ift Jean-Baptiste, où serait le mal!
Quelques jours plus tard, le colonel Bernard était de retour avec Georges.
Georges d’Alvimare est maintenant un gentilhomme accompli, le digne fils de son père.
Il a couru vers Jean-Baptiste: il lui prend les mains, il Pembrasse, il Jui dit:
— Ah! que je suis hreureux de te revoir, mon ami, mon frère... mon associé.
A ce dernier mot, Jean-Ba
Georges linterrompit.
— Ne m’as-tu Pas écrit que faire de lindustrie, c’était non seulement fondre le métal ou tisser Pétofte, mais encore améliorer le sort et l'intelligence des ouvriers, combattre la routine et la misère ?
— Assurément.
— Eh bien! pour une ausei grande tâche, on n’est pas trop de deux. Nous serons deux.
— Mais songez done...
— J’ai songé À tout. Garde-toi bien de refuser. Tu me répondras demain.
ptiste va pour protester.
Le lendemain. nne voitur.
la grande usine.
re s'arrêta devant la porte de
Deux jeunes filles en descendirent, puis + “stournèrent vivement pour aider et soutenir un grii. ieillard qui leur souriait.
C’était le prince Dimitri Lubanoff, c’étaient Valentine et Pépita.
Tous trois ils-portaient le deuil de la princesse, morte à Odessa, depuis dix mois.
Jamais Valentine n’avait été plus charmante.
Et Pépita!
La douce influence, les lecons de sa com pagne ont atténué, discipliné la sauvage enfant, la bohémienne.
N’étaient se grands yeux noirs et ga brune nature, on pourrait croire que la blanche et blonde Valentine est vraiment 6a sœur.
Cependant le prince se fait conduire vers Jacques.
— Colonel, lui dit-il, je vous rends vos deux filles, et m’estimerai trop heureux que vous me laissiez une place auprès d'elles.
Déjà Georges d’Alvimare s’est avancé vers Pépita. Il là regarde avec amour, il lui tend les bras :
— Eh bien! eh bien! ce n’est done plus comme autrefois!
— Oh! dit-elle, je n’oserais plus, monsieur le comte.
— Et pourquoi done cela, madame la comtesse ?
— Noël!
— Oui, Noël!... Celui que tu protégeais, que tu guidais, veillant sur lui, pensant pour Jui, parlant pour lui... Il pense et il parle maintenant... Ingrate! Est-ce que tu ne te souviens plus que j'attendais ma fiancée... ma femme!
Et le visage resplendissant de joie, il l’étreignait sur son Cœur.
— Bravo !z fit le prince; nous ferons jes deux mariages le même jour.
Puis, se tournant vers le colonel Bci nard, il attendit :
— Valentine, dit Jacques, voulez vous me donner vo-
tre main, mon enfant ?.., cest pour la mettre dans celle de Jean-Baptiste,
Avec un divin sourire elle obéit.
JCau-Baptiste, éperdu. chancelant, vint tomber à ses pieds.
Jacques et M adeleine levaient en même temps les yeux vers le ciel.
-— Pierre, murmurait celle-ci, mon Pauvre Pierre, estu content ?..,
—— André, disait celui-là, regarde!
Tout dernièrement, quelques jours après l'ouverture du square des buttes Chaumont, le colonel Jacques Bernard, presque centenaire, visitait cette Magnifique promenade, qui devait lui rappeler tant de souvenirs.
Il avait pour Compagnon, pour soutien, Barnabin Humbert, qui lui disait :
— Oui, colonel, on ramasse toujours des rôdeurs de nuit dâns les carrières d'Amérique... . Oui, père Jacques... Il y a encore des misérables, mais ils sont déjà moins nombreux, moins redoutables que de notre temps. Tout se transforme et s’améliore, Regardez ces chemins gracieusement dessinés À travers ces pelouses vertes, C’étaient autrefois des fondrières et des halliere. Un Coupe-gorge alors, un enfer. + Maintenant un jardin, UD paradis. Ayons foi dans la science et dans Je pragrès, père Jacques. Il en scra de la misère et de l'i- £norance comme il en est des buttes Chaumont,