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jamais! Ce sont des étrangers, des Russes ; j'eus toutes les peines du monde à leur faire comprendre qu’il me fallait retourner à l’école. Le dimanche suivant, la calèche vint m’y chercher. Il en fut ainsi jusqu'à la fin des études. Le prince, un bon vieillard, mais presque impotant, presque aveugle, m'appelait son enfant. J'avais fait le portrait de la princesse, qui est jeune encore et très belle, Je d@nnais des leçons de dessin à leur fille, une adorable enfant; Jamais rien d'aussi joli, d'aussi parfait ne s'était encore montré à mes yeux.
Sans rien dire, Jacques prit la main de Jean- Baptiste et la serra dans les siennes.
— Dès l'automne suivant, reprit le contre-maitre, j'entrai chez M. Dalvimare et déjà j'oubliais mes amis de Châlons, lorsqu'une rencontre, de nouvelles insistances m'ouvrirent les portes de l'hôtel qu'ils habitent à Paris, C'étaient tous les jours de nouvelles fêtes; la princesse aime le bruit, l'éclat, 1° “ronde, Elle y menait déjà sa fille, dont elle se parait alors comme ün joyau de plus. Pauvre enfant!... Que de fois je l'ai vue toute pâlie, toute brisée par tant de plaisirs! Que de fois j'ai entendu le prince murmuant: C'est trop! it lui faudrait du repos, le sommeil! Elle me la tuera !
— Vraiment! fit Jacques étonné, il l'aime donc? |
— Certes! répondit Jean-maptiste, qui ne l'aimerait? Moi-même, un étranger, je commen-
C&is à niinquiéter, à m'affiger aussi, lorsque tout à coup, l'hiver d'après, un changement sin-
gulier se manifesta chez la princesse. Elle arri- “vait à cet âge où l’on écarte de soi tout ce qui peut l’attester, Elle voulait paraître jeune, toujours jeune, et sa fille la vieillissait, Valentine se soucie peu de briller, mais elle crut que sa mère ne l’aimait plus. L'amour de sa mère c'était son bonheur, sa vie, Elle s'étiola, découragée, triste abattue, Un jour, enfin, je la surpris en proie à unæmorne torpeur, et les larmes dans les yeux. J’osai l'interroger. Oui, avec la voix dun ami discret, d'un frère dévoué, je lui de- Mmandai la cause de son chagrin. Elle ent confiance en moi. Une mélancolie profonde, un dégoût amer de l'existence, envahissait tout son être, Elle se sentait mourir... Elle voulait mourir...
— Mourir!.., Elle!... s'écria Jacques, tout palpitant d’effroi.
— Je fus assez heureux pour lui faire com.
prendre, répondit Jean-Baptiste, que lorsqu'on est jeune, riche et chrétienne, on se doit aux pauvres À la charité. Je racontai l'histoire de la Mariole, La Mariole vous : dit le reste, Ca Matin, en quittant la femme de l'ouvrier, la fille du prince était consolée, ravivée. L'espoir a re. fleuri dans son cœur. Elle se sent utile, elle pent faire le bien, Cest un aliment, c'est le salut pour cette me aimante et généreuse, Il ne fallait que lui montrer le devoir, elle n'y faillira Pas, Vous vouliez tout savoir, Jacques... vous savez tout,
Une seconde fois, lo viens le tien Serra a main de Jean-Baptiste. Puis, avec l'expression
d’une dernière crainte dans le regard et dans la VOIX,
— Cependant, dit-il, si tu l’aimais?...
— Si je l’aimais, répliqua franchement le contre-maître, si j'avais le malheur de l’aimer, je partirais avec ma mère, avec mon frère, et nous nous en irions si loin, qu'on ne nous reverrait jamais!
Jean-Baptiste, conclut Jacques, je te demande pardon de t'avoir soupçonné. Tu es un honnête homme,
Et il s’éloigna, laissant Jean-Baptiste tout pensif,
Il se demandait d’où pouvait venir tant d’angoisse et de curiosité? quel était le secret de
Jacques?