‹ Les Buttes-Chaumont [microforme]Chapitre 8 sur 44 · VALENTINE · texte numérisé non relu

VALENTINE

Jean-Baptiste était encore à la même place, au milieu du chemin, regardant la voiture qui s’éloignait.

Une main lui toucha l'épaule. Il se retourna. C'était le père Robinson,

Le vieillard était pâle, oppressé, douloureuse. ment ému.

— Et qu'avez-vous done, papa Robinson? demanda le jeune contre-maître,

Le vieux bohémien frissonna comme se réveillant en sursaut. Tout à l'heure il semblait au moment de périr: maintenant il s'efforçait de rire,

Eh! Jean-Batiste, je vous fais mon compliment. Vous étiez en bonne fortune, Jean-Baptiste eut un premier mouvement d'indignation. Mais se calmant aussitôt :

— Jacques, dit-il en désignant le maisonnette de Mariol, entrez-là. Ce que vous jugez mal, vous le comprendrez mieux, Je m'en retourne à l'usine,

Quelques instants plus tard, Catherine racontait au bohémien tonte l'histoire de son bon heur. Quant à sa bienfaitrice, elle ne la con:

un

naissait pas. Jean-Baptiste l'avait appelée mademoiselle Valentine, Ce nom, ce nom béni se retrouverait chaque soir dans la prière de la Mariole et de ses enfants.

— Bien! s'écria Jacques avec des larmes dans les yeux, c’est bien, Catherine... priez pour elle!

Et sans s'expliquer d'avantage, il sortit,

Son front semblait rasséréné. Cependant une certaine angoisse le tourmentait encore. Tout le jour, on le vit aller et venir dans les buttes, étrangement agité, comme impatient de voir arriver quelqu'un,

Vers le soir, Jean: Japtiste passa.

Le vieillard courut à Ini,

— Mon jeune ami, lui dit-il, je vous fais tnende honorable, Mais la charité n'exclut pas l'amour,

— Que voulez-vous dire, papa Robinson?

— Dame! cette mystérieuse inconnue, si charmante, si digne d'inspirer un tendre sentiment.

Le jeune contre-maître l'arrôta.

— Jacques, dit-il, pourquoi m'interrogez-vous ainsi? Je vous sais incapable d'une vaine curio- Sité. Qui êtes-vous? D'où vient cet intérêt pour elle? Je ne demande pas que vous me l'appreniez, mais je veux que dans votre esprit il ne PESTE pas 1 SOUpÇOn sur cet ange de pureté, Je vais à Belleville chez ma mère, accompagne Moi. Comme fout peut se dire, je vous dirai tout,

Le vieux bohémien se mit en marche à côté de lui

Merei de votre confiance, Jean-Baptiste; parler, parlez!

Sans paraître remarquer l'émotion du vieillard, le jeune contre-maître commença ainsi : # — C'était à Châlons, la dernière année, quelques mois avant l'examen, Un dimanche, fati- À gué de travail, je me promenais, dans la campa- | gne, aspirant l'air à plein poumons, rêvant comme à vingt ans. Des cris d’effroi me réveillè- | rent. A quelque pas de là, sur la route, une calèche était emportée par des chevaux fougueux. N’allez pas me prendre pour un héros de roman. Je ne vis rien que le danger. J'y courus d’instinct, et même assez maladroïitement, car je fus renversé, roulé dans la poussière, — Mais, demanda Jacques, les chevaux s'étaient arrêtés?

— Oui, quand je revins à moi, j'étais dans um | Salon, au château. La châtelaine me prodiguait ses soins, tandis qu'à quelques pas de nous, un grand vieillard, très pâle, embrassait, en pleurant de joie, une charmante fillette de treize ou W quatorze ans... Valentine, pl — Ah! s'écria le vieux bohémien, elle se t u- | »

| vait dans la voiture! Tu l'avais sauvée?

nl — J'en n’en sais trop rien, répondit le jeune 4 homme; mais autour de moi, tout le monde le Î Ÿ

croyait ainsi. La mère et le père, qui est un prince,

— Oui, murmura Jacques amèrement, un prince!

Ah! vous savez?

— Continue, 4

— Dans leur reconnaissance, poursuivit Jean- Baptiste, ne voulaient-ils pas me garder à tout

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