SCÈNE X
Les MÈ.WES , en scène , JACQUARD , dans la salle , au balcon.
JACQUARD , se levant d'un air furieux.
Je m'y oppose! c'est une horreur! c'est une abomination ! ça ne se peut pas ! ça ne se peut pas ! c'est impossible!
GAVET , à sa femme.
Eh bien ! oui , madame , entrons dans ce cabinet.
JACQUARD
Il n'entrera pas ! je m'y oppose !
UNE VOIX, à l'orchestre.
A la porte ! à la porte ! silence ! à la porte !
JACQUARD
Il n'y a pas !... il n'y a pas! je suis ici pour mes cinq francs... Je demande à déployer mes raisons. UNE VOIX, à l'orchestre.
A la porte ! à la porte !
JACQUARD, avec dignité.
Vous en êtes un autre.
vy MONSIEUR , à l'autre balcon.
Mais , monsieur , vous interrompez la pièce ! c'est indécent.
JACQU.VRD , toujours avec dignité , el ayant l'air
de consulter ses voisins.
Je ne crois pas avoir rien dit ni rien commis d'indécent. Tous les jours un homme detnande à s'expliquer , et tous les jours un homme s'explique , il n'y a rien de plus commun.
UNE VOIX , à l'orchestre.
Laissez parler ! laissez-le s'expliquer !
LE MONSIEUR du balcon, à Jacquard. Eh ! bien , qu'est-ce que c'est?...
JACQUARD
Monsieur, c'est ma femme... oui! la jeune dame qui débute ce soir , dans lo rôle plus que léger de madame Gravel. Gravelet... comment?...
LE MONSIEUR du balcon.
Gavet.
JACQUARD
Gavel , soil! ça ne fait rien... mais elle ne s'appelle pas plus Gavel que vous et moi... Gavel est un nom trivial ; elle se nomme réellement madame Jacquard, qui est mon nom , à moi, el que je trouve (Ricanant.) un peu plus flatleur que l'autre , qu'en dites-vous ?
UNE VOIX . flans l'intérieur d'une loge grillée.
Vous avez tort . mon gendre !
JACQUARD
Ilcin ? (|iii est-ce qui a parlé?. . l'iuir en (inir . je df'claie que ma femme déliiile malgré moi , je
déclare que je ne veux pas que ma femme joue la comédie... j'ai mes motifs...
LE MOSIEL'R (Ju balcon.
Mais , vous interrompez.
JACQUARD, appuyant.
J'ai mes motifs.
PLCSIECRS VOIX, au parterre et à l'orchestre.
A la porte ! à la porte !
JACQUARD, avec résolution.
Eh bien! non! je ne sortirai pas. Je demande qu'on m'amène le commissaire de police... qu'il vienne ! j'ai la loi pour moi. (Madame Gavet fait un mouvement pour sortir de la scène.) Restez , madame Jacquard. (D'union impérieux.) Paméla ! restez! (.4u public) J'avais d'abord permis à mon épouse déjouer aux Variétés avec M. Odry... Je ne suis pas jaloux , moi, du physique de M. Odry : il ne me porte pas ombrage, M. Odry; je le respecte... et je l'aime... mais je ne veux pas que ma femme joue avec M. Hypolyie; j'ai des raisons pour cela , des raisons particulières et qui ne regardent personne... voilà! (Il se rassied.) Maintenant vous pouvez continuer.
GAVET , en sréne.
Comment? quelle horreur? Expliquez votre conduite, madame, expliquez-la.
JACQUARD , à sa femme , d'un air indigiii>.
Oui! expliquez-la.
M"'= GAVET à Gavel.
Volontiers , bon ami , mais ce n'est qu'en tête a tête...
JACQUARD , se levant à moitié et se rasseyant aussitôt.
.4 h! mais...
LUFÉBDRE.
le ne demande pas mieux que de m'en aller.
GAVET.
Restez, mon oncle. (A sa femme.) Nous pouvons, madame , entrer dans cet autre cabinet. (A part ) J'ai mon projet. ( A Lefébure.) Restez et surveille/, le numéro 6.
LEFÉBURE
J'aurais cependant bien voulu...
M""" GAVET.
Eh bien! monsieur, cnlrons dans ce cabinet. .
GAVET.
Eh bien ! oui , madame, entrons dans ce cabinet.
JACQUARD , se levant de nouveau.
Je m'y oppose ! Je ne \eux pas que ma femme entre dans le cabinet avec M. Ilypolilc.
( Lefébure quille la scène. ) GAVE! , s'.nançaiil jusqu'à la rampe du coté de Jacquard.
Mais alors , monsieur ! il est impossible «le cuntiimer la pièce.
JACQUARD
Eh bien ! monsieur , passez la scène
GAVET.
(lomm-iit ?
JACQUARD
Quand je dis , passez la sctnr , je ne veux pas >ous dire d'aller ilc l'.TuIre cAlé... (D'unair de «icn-
liment.) Oh! non! non, ma foi ! je ne suis pas en position de me livrer à un aussi pitoyable calembourg.
(La débutante pleure.)