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Les cachettes huguenotes aux environs de La Salle et dans les Cévennes

Franc],- PUAUX, président de la Société de deVHistoire du Protestantisme français

et Edmond HUGUES, Conservateur du Musée du Désert.

Cher Monsieur, Mon cher Ami,

Quand vous avez fait appel, il y a trois ans, en laveur du Musée du Désert, à mon penchant favori pour l'histoire locale, je ne croyais pas que votre projet fût destiné à prendre une telle importance. Peu à peu, cependant, le Musée s'est organisé. Vous avez su recueillir dans tous les coins de la France protestante nombre de souvenirs et de documents qui, sans vous, auraient été bientôt perdus. Dans quelques années, les chercheurs, les curieux tous ceux qu'intéresse l'histoire de notre pays dans ces derniers siècles, seront obligés de venir consulter la collection unique du Musée du Désert, réunie par vos soins.

Déjà des foules de plus en plus nombreuses vien lient à rassemblée de Septembre, tenir sous les châ

taigniers séculaires des réunions en plein air et admi rer les richesses rassemblées.

Ce n'est pas encore là le seul résultat de votre œuvre. Au nom de l'Histoire, vous avez réuni sur ce terrain commun du passé toutes les diverses frac tions du protestantisme français. Au Mas Soubeyran, chacune d'elles se sent à l'aise. L'âme héroïque des aïeux plane au-dessus de toutes les distinctions dog matiques. Vous avez su la faire revivre dans le seul cadre qui lui convenait, au centre de ces Cévennes, théâtre de luttes fratricides entre fils de la même patrie.

C'est dans la maison même du plus vaillant des chefs camisards, de Roland Laporte, que vous avez entassé tout ce qui a trait à la lutte qu'ils ont soutenue. Ce n'est point une œuvre de prosélytisme religieux que vous avez voulu faire. Vous avez voulu rappeler, non seulement aux protestants, mais à tous les citoyens de notre époque, ce qu'ils devaient à leurs prédécesseurs huguenots.

« A ces pauvres, à ces ignorés du monde, qui un siècle durant, résistèrent à toutes les oppressions, la France a dû de vaincre le fanatisme. Qu'on ne s'y trompe pas, ce ne sont pas les seuls efforts des penseurs qui ont déterminé cette victoire.

» Les prédicants du Désert, les Calas, les Rochette, les frères de Grenier, en mourant martyrs, ont tué le fanatisme. Les jours viendront où la France, cons

ciente de la grandeur de tels sacrifices, reconnaîtra dans les galériens pour La foi et dans les martyrs du I >ésert, les défenseurs inflexibles de la liberté de conscience. » (1)

« A l'exemple de nos pères », ajoutez-vous, « <|iii jetèrent dans le sol de la patrie la semence de la liberté religieuse, nous aussi, sans crainte au cœur, soyons les semeurs des paroles de justice et d'amour. Unissons par des liens étroits le passé au présent, en nous inspirant de l'esprit de foi et de liberté de nos ancêtres. »

Un tel programme dépasse les limites, parfois étroites, d'une Eglise. Il doit être commun à tous (•eux qui pensent librement. Us ont à cœur, eux aussi, de conserver le souvenir des progrès passés, pour avancer plus vite encore dans la voie lumineuse ouverte à l'humanité tout entière pour atteindre la perfection morale.

Mais c'est surtout, comme vous le dites si bien à ceux qui ont bénéficié des souffrances de leurs pères, que votre appel s'adresse plus particulièrement. Vous des en droit de leur dire : « Sans ce pauvre peuple obscur, ces fabricants de cadis et de bas, ces travailleurs de terre, ces huguenotes au cœur tendre et tenue, qui sont morts pour vous, vous ne seriez

(1) Allocution de M. Fr. Puaux. Assemblée du Mitstte du Désert, septembre 1912.

rien. Ce que vous êtes, vous le leur devez. Marchez donc avec nous, vous tous qui êtes arrivés, partout, parmi les premiers, quelle que soit la voie qu'il vous a convenu de parcourir, hommes d'affaires et d'indus tries, homme de robe et d'épée, savants, lettrés, parlementaires, ministres ; rappelez-vous votre dette aux ancêtres et apportez joyeusement votre pierre au monument que doit et que va élever notre gratitude. » (I)

Chacun apportera, selon sos facultés, la pierre donl il est redevable. Les favorisés de la fortune vous donneront l'aide matérielle indispensable pour l'exécution de votre projet. D'autres apporteront, comme l'a déjà fait M. le pasteur André Maillet, leurs col lections ou leurs souvenirs de famille. D'autres enfin apporteront leur connaissance des lieux où se passèrent tant de tragiques événements et les travaux qu'ils auront pu écrire sur ce sujet.

C'est dans cet esprit que je vous apporte aujourd'hui ma modeste contribution à l'étude des Cachettes huguenotes, heureux si ce sujet peut intéresser quelques-uns des nombreux visiteurs du Musée du Désert.

Je ne m'écrierai pas, avec le poète latin : Eœegi monumentum œre perennius, me souvenant qu'un vieil ennemi de mon art, Montaigne, a écrit cette phrase : « Car il advient le plus souvent que chacun

(1) Le Musée du Désert, 1912, E. Hugues.

choisil plustôl de discourir du mestier d'un autre que du sien : estimant que c'est autant de nouvelle réputation acquise ; tesmoin le reproche qu'Archidanus t'ait à Périander qu'il quittail la gloire d'un bon médecin pour acquérir celle d'un mauvais poète. •

Je préfère avouer que j'ai suivi le conseil donné par le même auteur. « J'ai « pilloté deçà, delà », en particulier dans le savant travail de mon ami, Ch. Bost, sur les Prêdicants Protestants. Grâce1 à ce guide, j'ai connu les maisons de notre région hospitalières aux proscrits. Je n'ai eu ensuite qu'à retrouver les cachettes creusées pour les mettre à l'abri, et à les décrire.

« Ceci fait, — toujours d'après Montaigne, - je laisse ce néanmoins courir mes inventions ainsi faibles et basses, comme je les ai produites, sans en rcplastrer et recoudre les défauts. »

D' L. Malzac.

Juin l!J]4.

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