CHAPITRE I
Les cachettes huguenotes «les Cévennes
La période qui a précédé et .suivi la révocation de l'Edil de Nantes dans les Cévennes presqu'en entier protestantes, est bien la plus intéressante de notre histoire locale.
A ce moment, les protestants des Cévennes, après de longues années de calme, grâce à l'édil de pacification d'Henri IV, vivaient en 1res lionne intelligence avec leurs voisins catholiques. Leur lolérancc réciproque étail telle qu'à La Salle, par exemple, le curé écrivail sur sou registre qu'il avait élé appelé auprès d'un pauvre mendianl catholique par le bourgeois protestant, donl la charité avail donné asile à ce malheureux.
Cependant, peu à peu. dé»* 1050, un mouvemenl officiel se dessine contre la religion protestante, des restriction^ sonl laites au libre exercice de son culte. De toutes parts, le pouvoir roya'l attaque, d'abord sourdement, puis de plus en plu-; ouvertement, celte catégorie de Français, dont le seul foc! était de ne pas penser comme le père Lachaise et sa pénitente, Mme de Maintenon, oublieuse <\r ses origines.
La Révocation de l'Edil de Nantes, en octobre L685, vint brutalemenl porter le dernier coup à la religion protestante qui, disait-il jésuitiquement, avail presque disparu de France. Les événements devaient démontrer qu'il n'eu était rien.
Les huguenots des Cévennes, en particulier, furent frappés de stupeur par celle dernière mesure. Ils ne pouvaient croire que le roi auquel ils fournissaient ses meilleurs soldats, et pour lequel ils priaient dans leurs temples, lût celui au nom duquel on les persécutait. Rien ne leur lui épargné pour les amener à changer .le religion. Evictions de biens, dragonnades, prisons, galères, l'échafaud ou l'exil furent le lot de la plupart des familles. Obligés de défendre leur religion et leur vie, les protestants restés dans les Cévennes s'organisèrent peu à peu pour échapper autant que possible à bous les maux qui fondaient sur leur tête. Plus tard même ces paysans, lorsque leur exaspération fui à son comble, surent, un moment, avec de- chefs sortis de leur sein, faire trembler la puissance royale. Elle fui obligée d'envoyer ouitre eux Villars, le meilleur et le pins diplomate de bous les maréchaux de France. 11 eut raison de la révolte des Camisards. mai- ni lui, ni les intendants ne purent avoir raison de l'âme cévenole, fidèle à ses principes librement acceptés.
De nombreux travaux de détail ont étudié les épisode- de cette période héroïque. Ces temps derniers, les « Prédicants prolestants » de notre ami Ch. Bost, sont venus apporter dans cette élude les éclaircissements de
la méthode historique. Ils oui mis en pleine lumière les caractères vrais des acteurs de celle lutte pour la liberté de penser, trop magnifiés par les uns, trop honnis par les autres suivant le camp auquel appartenaient les auteurs. Dans cet ouvrage, véritable dictionnaire auquel on doil toujours se rapporter, il n'est pas un fait qui ne suit appuyé sur 'des preuves authentiques, tirées des archives du Languedoc ou de Genève.
Bien que de nombreux auteurs aient parcouru le champ de celle vaste (''Inde il y reste cependanl encore, pour le chercheur curieux, quelques épis à glaner.
Il est un point, en particulier, que les écrivains onl négligé d'étudier et sur lequel notre attention a été attirée. Commenl ces proscrits, pourchassés de Ions côtés. par les troupes royales cantonnées dans les pins infimes paroisses des Cévennes, livrés à la merci d'un traître, pouvaient-ils faire pour échapper à leurs persécuteurs V
Claude Brousson qui mena celle vie ardente pendanl tout le temps de son apostolal en France, nous en a laissé un tableau émouvant (1). « Ils faisaient leur séjour dans les bois, sur les montagnes, dans les cavernes cl dans les Irons de la terre. \\< couchaient souvent sur la paille, sur le fumier, sur des fagots, sons des arbres dans des buissons, dans les fentes des rochers cl -m- la terre. Duranl l'été, ils étaient consumés par le- ardeurs du soleil, et duranl l'hiver ils ont souvent souffert un froid extrême sur les montagnes couvertes
(1) Relation sommaire <1<^ merveiUfle que Dieu a fait en France dame les Cévennes et le Bas- Languedoc «'te, pai Claude Brousson, 1695.
de neige et de glace, n'ayant pas quelquefois de quoi se couvrir pendant la nuit et d'ordinaire n'osant pas faire du feu durant le jour de peur que la fumée ne les découvrit, ni n'osant pas sortir de leur cachette pour jouir de la chaleur du soleil, de peur de se faire voir aux ennemis et aux faux-frères. Quelquefois aussi ils étaient exposés à la faim et à la soif, et souvent à des fatigues accablantes et mortelles. »
La plupart des prédicants originaires du pays cévenol, étaient des hommes jeunes âgés de 20 à HO ans. Ils connaissaient merveilleusemenl les mille sentiers de ces montagne- presque complètement dépourvues de routes à celle époque. Ils avaient ainsi, mais aux prix de quelle dépense de forces, un grand avantage sur les dragons, obligés de suivre les chemins battus, pour ne pas s'égarer dans les bois cite chênes-verts el de châtaigniers. Quand, c< e nous, on emprunte parfois,
pour raccourcir les distances, ces vieux sentier- de nos aïeux, on apprécie bien leur difficulté el l'on admire l'endurance nécessaire à ces outllaws de la religion protestante pour les parcourir sans cesse. Leurs lieux d'assemblées étaient souvent très éloignés les nus des autres. Ils étaient toujours choisis dans des endroits isolés et d'un accès très malaisé, comme la grange du Faoù, sur la Fage, ou le \ allât de Fossemale, entre La Salle et Monoblet. 11 en fui de même, plus tard, pour les Camisards, dont la grande mobilité constituait la principale force, et pour les pasteurs du Désert.
Pour les prendre, proposait déjà, à la fin de 1686, le rédacteur anonyme dont les Archives du Languedoc