‹ Les cafés artistiques et littéraires de ParisChapitre 17 sur 60 · LE CAFE DE FLEURUS · texte numérisé non relu

LE CAFE DE FLEURUS

La rue de Fleurus ne s'arrêtait autrefois qu'au jardin du Luxembourg, les maisons de la rue Madame possédaient toutes une entrée sur ce parc merveilleux. Naturellement, les locataires ne pouvaient à volonté ouvrir les petites grilles qui formaient la ligne de séparation des immeubles et du jardin. Tout le monde eût abusé de la permission pour aller se promener durant les belles nuits d'été sous les grands, arbres, dans la pépinière, et respirer les parfums des fleurs au milieu des parterres, en écoutant le joyeux murmure de l'eau dans les bassins.

io6 Les Cafés artistiques et littéraires

Malgré tout, la situation des logements ayant vue sur le Luxembourg était charmante, la nuit, à la clarté des étoiles, le poète et l'amoureux pouvaient rêver en contemplant le ciel où brillaient les constellations, la terre où les arbres avaient des proportions fantastiques. Une ombre épaisse cachait le sol, l'horizon était borné par les dômes du Panthéon, du Val-de-Grâce, de l'Observatoire, qui semblaient supporter le ciel.

Les bruits de Paris n'arrivaient à l'oreille que comme le grondement sourd du tonnerre qui s'éloigne.

Depuis, tout a été changé. Le jardin du Luxembourg est isolé, larue Bonaparte prolongée1 lui sert de limite, les véhicules de toutes sortes montent et descendent cette voie qui date de la fin de l'Empire, le théâtre Bobino — Bobinche dans le langage imagé des étudiants — a disparu, une maison de rapport l'a remplacé. Combien de jeunes auteurs ont débuté à Bobino ? Les revues de

Page 1