Prologue
recevoir, et, tout en écoutant un récit, on écrit un article dont il faut corriger les épreuves.
Pour les journaux du soir, la besogne est terminée à deux heures de l'après-midi, mais pour les journaux du matin il faut retourner dans la soirée travailler quelquefois jusqu'à minuit ou même deux heures.
A côté de cette tâche quotidienne, beaucoup d'écrivains travaillent pour des feuilles spéciales; littéraires, scientifiques, économiques, des revues, et écrivent ces articles chez eux. D'autres, critiques dramatiques, sont obligés d'assister aux premières représentations et, souvent, en sortant d'écouter cinq actes , doivent s'asseoir devant une table ou un bureau; outre les théâtres, il y a les séances hebdomadaires des académies, les réunions des sociétés scientifiques et littéraires, les bals, les soirées, les concerts dont il faut parler, faire les comptes-rendus. Puis, les gens à recevoir, les visites obligatoires à rendre, les lettres à écrire : on admettra que toutes ces choses suffisent pour
occuper la journée d'un homme. Le café n'y est donc qu'une espèce de centre où l'on peut se voir et causer pendant quelques minutes ; mais là même souvent le journaliste travaille. Le correspondant des feuilles des départements recueille les dernières nouvelles et attend l'heure extrême pour mettre sa lettre à la poste. Le reporter va de l'un à l'autre, causant à l'homme politique, à l'artiste, à l'auteur dramatique , et prend des notes qui paraîtront le lendemain.
Les prétendus journalistes qui établissent leur domicile au café ne sont que des déclassés et des impuissants qui, au lieu de travailler sérieusement , trouvent plus commode de se livrer à des critiques contre la société et surtout contre leurs confrères arrivés, grâce à l'énergie et au travail, à conquérir une position. Ces individus préparent l'avènement des nouvelles couches sociales qui les porteront au pouvoir dans des moments de crise et les enverront à la Chambre sous des gouvernements réguliers. Le café n^est donc qu'un bien modeste accessoire