‹ Les cafés artistiques et littéraires de ParisChapitre 45 sur 60 · LA PLACE DU THEATRE-FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LA PLACE DU THEATRE-FRANÇAIS

Dans le premier chapitre de notre ouvrage nous avons parlé des anciens cafés du Palais-Royal, quelques mots en passant pour compléter ce travail sur les environs de l'ancien Palais Cardinal. Les cafés depuis la première révolution ont toujours été — quelques-uns du moins — des clubs plus ou moins importants où se réunissaient les chefs des différents partis politiques.

Si devant le café Procope on brûlait les journaux modérés, au café Marchand, rue Saint-Honoré, avait lieu la même exécution, mais avec plus de mise en scène. Un jeune

secrétaire de la réunion, debout sur la chaussée, lisait tout haut la sentence rendue contre la feuille trop modérée l ?

Fondé en 1688 sous le nom du café de la place du Palais-Royal, le café de la Régence ne prit sa nomination actuelle qu'en 1718. A cette époque la patronne, madame Leclerc, possédait une réputation de galanterie justement méritée, paraît-il. Tous les viveurs du temps accoururent au café qui , pendant quelque temps, fut un café à femmes, pour s'exprimer à la mode du jour. On fit même des vers à ce sujet :

C'était la Régence alors.

Tous les hommes plaisantaient Et les femmes se prêtaient A la gaudriole !

1. Voici le texte de ces jugements bizarres : <t Nous soussignés, citoyens habitués du Café Marchand, tous dûment assemblés; après lecture faite d'un exemplaire du Journal général de la cour et de la ville, avons livré le présent article aux voix de la majorité, desquelles il est résulté que ladite feuille a été condamnée à être lacérée et brûlée publiquement devant la porte dudit caf§. »

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Mais peu à peu l'élément moral et pacifique reprit le dessus, les joueurs d'échecs et les écrivains célèbres remplacèrent les roués. Rousseau en costume d'Arménien s'y montra en 1765. Une foule énorme suivait le philosophe enveloppé d'une robe et coiffé d'un bonnet fourré. On dut placer un soldat à l'entrée de l'établissement pour empêcher les curieux d'y pénétrer.

Diderot, dans le Neveu de Rameau, parle de la Régence, dont il fut un des habitués ainsi que Voltaire, Lesage, Piron, Fuzelier, Fromaget et d'Autreau. Voltaire y allait pour voir jouer aux échecs. Dans le dialogue qui a pour titre la Valise bouclée, Lesage a fait la physionomie du fameux café *.

1. L'illustre auteur de Gil Blas a écrit ijt Vous voyez dans une vaste salle ornée de lustres et de glaces, une vingtaine de graves personnages qui jouent aux dames ou aux échecs, et qui sont entourés de personnes attentives à les voir jouer. Les uns et les autres gardent un silence si profond, que Ton n'entend dans la salle aucun autre bruit que celui que font les joueurs en remuant leurs pièces. Il me semble qu'on pourrait appeler un pareil café, le café d'Harpocrate (dieu du Silence). »

L'empereur Joseph II se trouvant à Paris en 1777 alla à la Régence. La limonadière, après avoir causé avec cet étranger, ne fut pas peu surprise lorsqu'elle apprit de la bouche de ce client si familier, qu'il était le frère de la reine Marie-Antoinette. Après l'empereur d'Allemagne ce fut le czar Paul Ier qui se rendit incognito au café des joueurs d'échecs.

Quoique depuis son expropriation de la place du Palais-Royal (1854), la Régence ait occupé successivement deux locaux, quelques mauvais plaisants prétendent que plusieurs des habitués ne se sont pas encore aperçus du changement. Il est vrai que les joueurs d'échecs mettent tellement d'attention qu'ils ne se doutent point de ce qui se passe autour d'eux.

Sous la première République, le Théâtre- Français avait reçu le nom de théâtre de la République. On devait représenter sous l'ai-

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niable régime qui envoya tant d'innocents a l'échafaud la première représentation de la pièce,, la Bayadère. Une actrice, mademoiselle Candeille 1 avait écrit cette œuvre qui fut sifflée, non parce qu'elle était mauvaise, mais parce que son auteur avait rempli à différentes reprises le rôle de la déesse Raison

pendant les fêtes de l'Etre suprême.

Lorsque le rideau se leva pour la seconde pièce, un papier fut lancé sur la scène, et le public exigea que ce papier fût lu par un acteur sans talent, Fusil, qui s'était fait remarquer par sa férocité comme révolutionnaire, à Lyon. Le cabotin eut peur et balbutia, ce fut Talma qui dit les vers, ayant à ses pieds Fusil, à genoux et tenant un flambeau. Ce morceau poétique avait pour titre : le Réveil du Peuple"1. Talma eut un succès

1. Mademoiselle Candeille avait fait jouer une autre pièce, la Belle Fermière, qui eut un grand succès.

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