CONSIDERATIONS GENERALES SUR LES CAFÉS
Le café date, en France, de la fin du xvne siècle. En 1643 un Levantin ouvrit à Paris un établissement où il vendait du cahové. Cet industriel ne réussit pas. En 1669, Mustapha-Aga, ambassadeur de Turquie, servit du café aux seigneurs de la cour de Louis XIV ; à cette époque la boisson nouvelle eut une telle vogue que son prix dépassa 80 francs la livre.
Les médecins s'émurent et démontrèrent victorieusement que le café était un poison des plus violents. Aussitôt chacun en voulut
prendre et personne ne mourut, au grand désespoir de messieurs de la Faculté.
Madame de Sévigné écrivit qu'on se dégoûterait du café et de Racine. La spirituelle marquise se trompa doublement en émettant cet aphorisme.
Mustapha-Aga avait quitté Paris, un Arménien, Pascal, ouvrit, trois jours après son départ, un café non loin de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Il ne réussit pas et se rendit à Londres.
Vers cette époque, un bossu nommé Candiot, tenant à la main un réchaud sur lequel était une cafetière, le dos chargé d'une fontaine parcourait les rues de Paris en criant : Cahfé ! Cahfé ! Il vendait sa boisson deux sous la tasse, y compris le sucre. Candiot fut le créateur du café des Pieds Humides.
Les cafés se multiplièrent ; on en comp* tait six cents à Paris sous le règne de Louis XV. Le café de madame Laurens, à la descente du Pont-Neuf, près de la Samaritaine, était fréquenté par les célébrités
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littéraires de l'époque ; Crébillon, La Mothe, J.-B. Rousseau, Gresset, Saurin, Fréron.
S'étant querellés avec le patron, littérateurs et poètes passèrent l'eau et se rendirent chez Procope, rue de la Comédie1. Le fils de Procope étudia la médecine, mais s'occupa principalement de littérature et de poésies fugitives. C'est de lui. ce couplet :
Buvons, amis, de ce vin frais Remplissons tous nos verres ; De la grandeur les vains attraits Sont pour nous des chimères ; Buvons, buvons tous à longs traits.
Buvons en frères.
Rue de Buci, Maliban ouvrit, quelques temps après Procope, un café où on pouvait lire la Galette et le Mercure de France. Le tabac était fourni gratis et la tasse de la liqueur parfumée coûtait deux sous et six deniers.
Au commencement du xvme siècle, un Syrien d'Alep, nommé Etienne, ouvrit rue Saint-André-des-Arts un café avec glaces,