‹ Les Cafés politiques et littéraires de ParisChapitre 16 sur 44 · LE CAFE DE BUC · texte numérisé non relu

LE CAFE DE BUC

u temps où les étudiants et les artistes n'avaient pas encore déserté le quartier Latin pour la rive droite, tout près du café Procope, dans la rue de Buci, s'ouvrit un établissement qui eut également ses clients célèbres. Ils s'y réunissaient en sociétés plus ou moins nombreuses; les partis politiques et les opinions scientifiques y avaient leurs représentants ; tous les soirs on se querellait sur la meilleure forme de gouvernement à donner à la France, la valeur de telle théorie écrite par un savant professeur, la qualité d'un tableau ou d'un livre. Inutile de dire que les impuissants formaient la majorité de ces réunions, et qu'ils ne se gênaient pas pour critiquer amèrement eux de leurs camarades qui faisaient leur chemin dans les lettres ou dans les arts Heureusement, ils n'étaient pas seuls. Jusqu'à la veille de sa mort, M. V. de Mars, secrétaire de la rédaction de la Revue des Deux Mondes.

LECAFEDEBUCI. 'IJ

est allé an café de Buci où il prenait toujours de la bière. Ceux qui avaient envoyé des articles à la Revue venaient lui faire leur cour, et ils étaient nombreux. M. Gustave Planche, le savant critique, y écrivait la plupart de ses articles en déjeunant modestement d'une tasse de café a la crème. M. Malapert, avocat républicain, était un des vieux habitués de l'établissement. Après le coup d'Etat de 1851, menacé d'arrestation, il se cacha dans l'appartement du propriétaire du café. Sa peur était telle, que, lorsqu'on voulut le faire sortir de sa cachette, il fut longtemps à comprendre que ceux qui l'appelaient n'étaient pas des ennemis. Plus tard, sur sa demande, il obtint du gouvernement de Napoléon l'assurance qu'il ne serait pas inquiété. Ses amis se montrèrent fort mécontents de cette soumission.

Théodore de Banville, l'auteur des Odes funambulesques, M. Dumas, le savant médecin devenu par la suite inspecteur des eaux de Vichy, M. Depaul, élu membre de l'Académie de médecine, et que les habitants du quartier ont envoyé siéger au Luxembourg, ont fréquenté le café. Nous citerons encore M. Glachant, qui a épousé une iiile de M. Duruy; M. Harpignies, le peintre dont le talent est connu de tous ceux qui s'occupent d'art; M. Hamon, peintre également, qui avail quitte la France pour l'Italie, et est mort loin de Paris à l'âge de cinquante-trois ans; M. (. Bell, qui s'est fait un nom dans les lettres.

M. Baltard, architecte, membre de l'Académie des beaux-arts, que le plan des Halles centrales

Page 1