‹ Les Cafés politiques et littéraires de ParisChapitre 17 sur 44 · LE CAFK DF. BUCI · texte numérisé non relu

LE CAFK DF. BUCI

a rendu justement célèbre. Il portait toute sa barbe, à laquelle il tenait beaucoup, cependant on a raconté qu'il la sacrifia pour une simple question d'amour-propre. Le Figaro a raconté ce fait et nous citons son récit :

« En ce temps-là, M. Baltard portait toute sa barbe — une barbe magnifique, dont il était fier et qu'il soignait avec amour. La reine d'Angleterre vint à Paris et la ville lui donna des fêtes superbes comme on en donne sous les tyrans! Dans le programme des réjouissances, figurait un bal à l'Hôtel de ville qui nécessita des travaux, des ornementations et des aménagements spéciaux dont M. Baltard fut chargé. Son travail fini, l'illustre architecte alla trouver M. le baron Haussmann :

« — M. le préfet, lui dit-il, je vais vous dcman- « der une faveur.

« — Laquelle?

« — Présentez-moi à la reine d'Angleterre lors- <( qu'elle viendra au bal demain soir.

« — J'y consens... mais vous savez, mon cher « architecte, la barbe est mal vue des Anglais, qui « n'admettent que les favoris... Par conséquent je « vous conseille de vous raser... Votre présenta- « lion est à ce prix. »

« M. Baltard s'engagea avec un soupir à jeter bas sa toison magnifique, et il le fit non sans s'y reprendre à deux fois et non sans gémir sur la rigueur du sacrifice.

u Le soir du bal arrive. M. Baltard, le visage im berbe, prend place à côte du préfet. La reine arrive, les présentations ont lieu, et M. Haussmann,

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après les avoir terminées, regarde avec étonnement un individu qui lui fait des gestes désespères.

« — Qu'avez-vous donc, monsieur, lui dit-il, et « qui êtes-vous ?

« — Qui je suis?... mais vous me reconnaissez « bien; je suis Baltard et vous m'avez promis de « me présenter à la reine d'Angleterre.

« — Ma foi, mon cher, s'écria le baron en riant, <( l'absence de votre barbe vous change tellement, « que je ne vous ai pas reconnu... »

« Et voilà comment M. Baltard coupa pour rien sa barbe chérie, cette barbe à laquelle il tenait tant ! »

Jules Vallès commença à développer au café de Buci ses idées sur Homère et Molière. Delescluze, moins prolixe, lisait toujours, excepté quand il était avec M. Ranc. M. Melvil-Bloncourt, un créole, que les habitants de la Martinique, ses concitoyens, ont nommé député à l'Assemblée en 1871, n'avait pas alors une ambition bien grande. Il écrivait dans les petits journaux, et, lorsqu'on lui demandait ce qu'il faisait, il répondait invariablement :

« Zc fais de la p'tit' littéata. »

Cette phrase plaisait énormément et on ne se gênait pas pour la lui faire répéter souvent. Il est probable qu'une fois député, il a abandonné la p'tit' littéatu pour se livrer à la grande politique. Mais en dépouillant les dossiers de la Commune, on mit la main sur celui de M. Meivil, qui jiii,Tca à propos de gagner la frontière. Le conseil Je guerre le condamna à mort.

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