LA BRASSERIE SAINT-SE VERIN. J
la politique ou la boisson ; — nous ne voulons point dire par là qu'il avait l'habitude de se griser; il était au contraire très-sobre, mais un verre de bon vin pur lui faisait perdre la tête; — lorsqu'il parlait politique, il s'animait tellement que souvent, tenant un couteau dans la main, il en menaçait ses interlocuteurs. Les frères Levraud, l'un médecin de l'ex-préfecture de police, l'autre chef de !a première division à cette même ex-préfecture; Genton, homme violent et sachant à peine lire et écrire, nommé magistrat par la Commune, fréquentaient également la brasserie. Au-dessus d'eux planait Raoul Rigault, qui assistait souvent à ces réunions.
Le ministre procureur général de la Commune arrivait à cheval, faisait caracoler sa monture sur le boulevard Saint-Michel, et, derrière un double lorgnon, regardait etTrontément les femmes. Toute la bande des individus employés alors à la préfecture suivait Rigault et lui formait une cour brillante et distinguée comme on peut se l'imaginer.
Quant à la brasserie Andler, rue Hautefeuille, elle avait pour client principal le peintre Courbet ; elle eut dans un temps une réputation assurément méritée. Le célèbre déboulonneur allait manger au restaurant Laveur, rue des Poitevins. Son ami Chandey l'accompagnait souvent; on parlait de peinture républicaine et de réformes sociales.