LE CAFE DE SUEDE
st-ce pour attirer les clients que le fondateur de cet établissement lui a donné le nom qu'il porte? Un prince suédois en rupture d'étiquette a-t-il habité ses environs, ou des Scandinaves l'ont-ils créé comme lieu de réunion ? Aucune de ces suppositions n'est juste; probablement ce café a reçu son titre sans raison. Du reste, un limonadier n'est pas obligé de connaître à fond l'histoire universelle; les allées et venues des petits verres de son comptoir aux tables l'intéressent bien plus que les pérégrination! d'un empereur ou d'un roi. N'a-t-il point lui-même l'apparence d'un souverain? 11 est vrai que son sceptre est une serviette, que son empire a pour bornes les murs qui séparent son café des boutiques voisines. Il envahit bien le trottoir; mais ce! envahissement est légal, la préfecture de police lui a donne l'autorisation ; la préfecture de
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la Seine le fait payer tant par mètre carré d'asphalte occupé par les tables.
Comme sujets, le patron de café a ses garçons, auxquels il commande en maître absolu, les consommateurs ne sont que des tributaires qu'il exploite habilement. Son intérêt est toujours en éveil, et le tromper paraît difficile. Mais fermons cette parenthèse sur le limonadier et parlons du sujet qui nous occupe.
Le café de Suède est doré, pimpant; il a été et est encore le rendez-vous d'actrices, de littérateurs qui aiment à voir, l'hiver, à travers les glaces de la devanture, circuler les piétons enveloppes dans des vêtements épais, le col relevé, la tête enveloppée d'un immense cache-nez. L'été, le spectacle est plus gai. Le soleil brille, les toilettes sont fraîches, la démarche est légère, les flâneurs sont nombreux. Cependant, malgré tous ces avantages, beaucoup des anciens habitués du café de Suède l'ont abandonné ou ne le fréquentent plus d'une façon aussi assidue. Quelques- grecs y avaient établi le centre de leurs opérations véreuses, des descentes de police furent opérées. Il y a quelque temps encore, la population du premier étage était très-mêlée, et on jouait le baccarat et le lansquenet ; les juifs, marchands de diamants, s'y donnaient rendez-vous. Dans l'après-midi, quelques amateurs de billard se livrent à une orgie de carambolages. MM. de la Bédollière, Kichardet, Alfred Ixel, Sévilly, rédacteurs du National, jouaient Luis absinthes eu une ou plusieurs parties de jacquet.