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Les cahiers d'Arnold Scherer

Nous avons publié dans nos éditions antérieures et dans nos cinq premières séries, igoo-igo/f, un si grand nombre de documents, de textes formant dossiers, de renseignements et de commentaires ; — un si grand nonnbre de cahiers de lettres, — nouvelles, romans, drames, dialogues, poèmes et contes; — un si grand nombre de cahiers d'histoire et de philosophie ; et ces documents, renseignements, textes, dossiers et commentaires, ces cahiers de lettres, d'histoire et de philosophie étaient si considérables que nous ne pouvons pas songer à en donner ici l'énoncé même le plus succinct; pour savoir ce qui a paru dans les cinq premières séries des cahiers, il suffit d'envoyer un mandat de cinq francs à M. André Bourgeois, administrateur des cahiers, 8, rue de la Sorbonne, rez-de-chaussée, Paris, cinquième arrondissement ; on recevra en retour le catalogue analytique sommaire, igoo-igo/f, de nos cinq premières séries.

Ce catalogue a été justement établi pour donner, autant qu'il se pouvait, une image en bref, un raccourci, une idée, abrégée, mais complète, de nos éditions antérieures et de nos cinq premières séries ; tout y est classé dans l'ordre ; il suffit de le lire pour trouver, à leur place, les références demandées.

Ce catalogue, in-i8 grand Jésus, forme un cahier très épais de XII-\-4o8 pages très denses, marqué cinq

francs ; ce cahier comptait comme premier cahier de la sixième série et nos abonnés Vont reçu à sa date, le 2 octobre igo/f, comme premier cahier de la sixième série; tonte personne qui jusqu'au 3i décembre igo5 s'abonnait rétrospectivement à la sixième série le recevait, par le fait même de son abonnement, en tête de la série; nous l'envoyons contre un mandat de cinq francs à toute personne qui nous enfuit la demande.

Pour amorcer tout travail que Von aurait à commencer dans notre premier catalog-ue analytique sommaire, consulter le petit index alphabétique provisoire que nous avons établi de ce catalogue analytique sommaire.

Ce petit index alphabétique provisoire, in-i8 grand Jésus, forme un cahier très maniable de XII -j- 60 pages très claires, marqué un franc; ce cahier comptait comme premier cahier de la septième série et nos abonnés l'ont reçu à sa date, le premier octobre igo5, comme premier cahier de la septième série; toute personne qui s'abonne à la septième série, qui est la série en cours, le reçoit, par le fait même de son abonnement, en tête de la série; nous l'envoyons contre un mandat de un franc à toute personne qui nous enfuit la demande.

Pour la sixième série , année ouvrière igo/f-igoô , et en attendant que paraisse le catalogue analytique sommaire de nos deuxièmes cinq séries, igo^-igog, on peut consulter, — provisoirement, — la petite table analytique très sommaire que nous avons publiée en fin de ce cahier index.

Gabriel Trarieux

ARNOLD SGHERER

Arnold Scherer naquit le 17 août i853; il mourut à Menton le 8 janvier 1873. Les extraits de journal qu'on va lire furent donc écrits par un garçon de dix-sept ans. Pour tout autre, ces dates seraient une excuse. Elles ne font, ici, que souligner une maturité précoce et, en quelque sorte, inquiétante. Il paraît certain, en effet, que les émotions de l'année terrible, dont vibra cet enfant exalté, déterminèrent la maladie qui, deux ans plus tard, l'emporta. Il était fait pour les ressentir dans toute leur force et leur étendue. Élevé dans un milieu austère, où les seules passions régnantes étaient la pensée et l'étude, il s'était préparé par l'histoire au sens de la chose publique. Il y avait en lui un orateur, un poète et un écrivain. 11 révéla ces facultés pendant l'invasion elle-même, devant les enfants de l'école primaire de Versailles, qu'il entretint de Jeanne d'Arc, et dans une modeste feuille locale où il fit ses débuts de journaliste. Le reste de son temps se passait aux ambulances et dans la rue. Il écrivait, en rentrant chez lui, ses impressions dans ces notes. Minutes de fièvre qui mûrissent, qui vieillissent plus que des années ! La commotion qu'Arnold en garda, j'en trouve la trace en des

Gabriel Trarieux

papiers trop intimes pour être imprimés, dont je détache quelques phrases :

Je suis très ambitieux, écrit-il en février 1872. Ma pensée entière, la voici (et je n'ose songer au cas où elle ne serait pas réalisée). Je compte être un jour, vers ma quarantième année, un ministre influent dans mon pays. Je serai au pouvoir le représentant d'un système large et grandement conçu, dont je poursuivrai la réalisation avec vigueur et persévérance. Mon idée, c'est l'extirpation, la ruine graduelle du catholicisme. Mon programme sera radical et complet. Je ne m'arrêterai devant aucune hardiesse dans la conception générale, mais je serai plein de ménagements dans la pratique. Je serai juste, mais impitoyable, et je mourrai à un âge avancé, laissant une grande œuvre cominencée, développée même : la libération de mon pays ...

A côté de ce rêve de pouvoir, je fais un autre songe, celui d'une courte vie, bientôt brisée par une mort violente. Mourir criblé de balles sur un champ de bataille d'Alsace, voir en mourant la flèche de la cathédrale de Strasbourg, et une colonne de Prussiens en retraite sur le Rhin, c'est enviable L'un ou l'autre!

N'est-il pas frappant de trouver dans ces lignes, sous une forme dont les circonstances doivent faire excuser la rudesse, la double pensée qui, aux yeux de l'histoire, sera, selon toute apparence, la marque de la troisième République? L'un ou l'autre! Nous n'avons accompli, en vérité, ni l'un ni l'autre. Arnold Scherer, en mourant jeune, a moins perdu qu'il ne pensait. Y eût-il changé quelque chose? La question peut paraître enfantine. Cependant Bersot, sur sa tombe, qui ne parlait pas à la légère, dit ces émouvantes paroles :

Quand on réfléchit aux dons qu'il tenait de la nature, à la puissance du travail et d'une direction comme celle qu'il recevait, on se demande, et c'est l'éloge singulier de ce

jeune homme de dix-neuf ans, ce que le pays aussi a peut- - être perdu...

Telle fut cette, destinée, plus touchante d'être si brève, pareille à ces marbres brisés que, malgré leur mutilation, on sent animés d'un beau rythme. Elle évoque ces vers de SuUy-Prudhomme, ces vers poignants de l'homme d'étude aux conscrits tombés sur le champ de bataille :

Nous lutterons aussi, nous qui sommes restés,

O fils des paysans vainement économes!...

Et peut-être aurons-nous nos blessés et nos morts.

De ces morts fut Arnold Scherer. Il mérite qu'une main pieuse grave son nom sur un petit livre, comme sur une urne funéraire. Puisse-t-elle arrêter le passant!

Gabriel Trarieux

Discours de M. Ernest Bersot

prononcé sur la tombe d'Arnold Scherer

le 17 janvier 1873, à Versailles

Arnold Scherer a désiré qu'un ami de la famille dît quelques mots sur sa tombe; il m'a nommé; Je viens selon son désir. Quelque pénible que soit ce devoir, je le rem,ercie d'avoir pensé que je l'accepterais, et que douze années où nous avons vécu si familièrement ensemble ont créé entre nous une affection sur laquelle, vivant ou mort, il pouvait compter.

Il était né le ly août i853; il n'avait pas encore vingt ans. Qui ne connaissait, dans la ville et à l'École de Droit, ce grand jeune homme à la figure charmante, à la physionomie franche et fière, avec des yeux où éclataient l'intelligence et l'esprit ? Ce que nous savons, nous qui l'avons connu de plus près, c'est que dan^ ce jeune homme il y avait un homme, capable de bien porter un be-au nom,. Il était fait pour la vie politique : il en avait l'instinct et les facultés; il s'y préparait par de fortes lectures, car il n'entendait pas la prendre médiocrement. Il fit son modeste début d'orateur pendant l'invasion, devant les enfants de l'école primaire de Sèvres, interrompu de temps en temps par le bruit des batteries voisines ; il leur parla et très bien de

9 Arnold Scherer. — i.

discours de M. Ernest Bersot

Jeanne d'Arc, de ceux qui, ayant foi en leur pays, ont réussi à le saucer. Plus tard, ce fui devant les enfants des écoles primaires de Versailles, à la même table où son père venait de s'asseoir. Il avait déjà fait ses débuts, modestes aussi, dans le Journalisme, avec un vrai talent de polémiste. C'étaient les premiers Jeux d'une puissance qui aurait marqué un Jour.

Qu'on ne pense pas que la politique l'eût pris tout entier; quelque vocation qu'il eut pour elle, il y avait place dans ce Jeune homme bien né pour tous les goûts élevés qui vont si bien à cet âge : il était amoureux de la littérature et surtout de la poésie, dont l'éclat V éblouissait ; il nous lisait ses poètes favoris, et les accents de cette lecture nous donnaient comme la vibration de cette âme naïve.

Elle s'épanouissait sans contrainte ; personne n'a été élevé plus librement qu'Arnold : il avait près de lui le meilleur des maîtres, un maître respecté et adoré, de qui il apprenait par quelles études, par quelle sincérité, par quelle droiture et quelle fermeté de caractère on acquiert la considération et l'autorité. Son plaisir était dans sa famille, dans cette petite société de frères et de sœurs intimement unis, où,- comme l'enfant le plus Jeune, il était l'enfant chéri et gâté, sans danger, de tout le monde, et l'enfant le plus tendre et le plus caressant. Il ne lui venait pas à l'idée de mal user d'une liberté qui lui était familière, et il avait, pour se maintenir, les bonnes passions, qui préservent des mauvaises.

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