‹ Les cahiers d'un rhétoricien de 1815. [ÉditésChapitre 16 sur 46 · Toute cette partie est écrite en eursive allemande · texte numérisé non relu

Toute cette partie est écrite en eursive allemande

la CAHIERS

qui auraient voulu lui opposer de la résistance.

Ou attribue à Napoléon j)lusieurs traits de courage et de générosité. Je ne les rapporterai pas ici: car, s'il est vainqueur, les journaux amplifieront ces anecdotes, et je n'en aurai pas assez dit; s'il est vaincu, j'en aurai trop dit.

Macdonald, duc de Tarente, arrive à Paris, abandonné par ses trois mille hommes. Extrême consternation !

Ces jours derniers, avant la revue, on avait donné une pièce de cent sous à tous les soldats. Aussi leurs cris témoignaient cette franchise qui sait mal farder la vérité : Vive le Roi ! Vive la pièce de cent sousl

Après avoir bu l'argent du Roi, ils crieut : Vive l'Empereur 1 Un officier leur reprochait cette ingratitude : * Qu'on nous donne encore cent sous, disent-ils, et nous crierons : Vive le Roi! »

Quel doit être l'embarras de ces militaires? ils aiment l'un de ces deux rivaux, et ils ont prête serment de fidélité à l'autre! ici la reconnaissance; là le devoir. Et les ex-sénateurs, et les députés? Et M. Laine, et Marmont, et Chateaubriand, et Tallcyrand ? Nous verrons comme cela se passera.

Le buste de Napoléon est replacé au lycée, dans un lieu plus honnête.

Il était temps que l'on ne chantât plus l'air cln-ri de Henri /f; ou en a les oreilles rebattues!

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Cesl toujours le soir qu'où fait courir les honnes nouvelles; car les nouTellistes out plus beau jeu pour faire croire à l'authenticité de leur marchandise. On ne peut la vérifier dans les feuilles publiques, et l'on y croit jusqu'au lendemain matin.

Lacomble est toujours à l'inliimerie ; je vais' l'y Toir, à une heure.

Il paraît que l'Europe est dans une fermentation générale. L'Espagne défend contre Ferdinand les restes d'une liberté chancelante. L'Italie secoue enfin le joug de l'Autriche, et s'apprête à déclarer son indépendance. Le roi Murât, à la tête de cent mille hommes, va peut-être la soulever. Le roi de Sardaigne, ce vieux revenant, restera sur le trône, si c'est possible quand on est bai et méprisé de ses sujets. La Sicile demande Naples'. Le Danemark s'occupe des moyens de reconquérir sa Norvège sur la Suède, qui flotte entre Gustave et Beruadotte. La Pologne nourrit, dans la servitude, cet amour de la patrie et de la liberté qui fait toujours de grandes choses. L'Allemagne, et tout ce qui chez elle n'est pas .\utriche ou Prusse, voudra sans doute faire uo seul Etat libre. La Belgique, fatiguée de

I. Ferdinand, roi de* Deux-Sirilei, réduit à U Sicile pend.int la durée de l'Eiiipirr, demandait an Congrès de Vienne qu'on expulsât Murât du ro\aumr de Naplex, pour <|u'<>n le lui rendit.

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ses libérateurs, soupire après ses anciens tyrans. Nous savons trop dans quel état est la France! Quoique des troubles populaires divisent Londres, l'Angleterre ne manquera pas sans doute, pour son agrandissement et pour sa gloire, de profiter des séditions dont cbaque Etat développe le germe : elle va tomber sur le vainqueur et sur le vaincu !

J'ai nn entretien assez agréable, à quatre lieurcs, avec de Rapinstère.

Le soir, je profite de ce que je n'ai pas de devoir pour m'occuper de ce cahier.

i5 mars. — Ou croit que si l'Empereur doit entrer à Paris ce sera le an mars, anniversaire de la naissance de sou fils. Napoléon II, dont il se fait nommer le général ; ou le 3i mars, jour de la prise de Paris. Le mois de mars offrirait bien des époques remarquables.

Les journaux exhortent à s'engager tous les hommes de seize ans jusqu'à trente. J'ai eu seize ans le i3 janvier i8i5. On veut me faire grenadier! Trois cents élèves de l'Ecole de droit vont |)artir volontairement.

Marseille met à prix la lète de l'Empereur : deux millions à l'assassin! Je crois qu'il ne jouirait pas longtemps du fruit de son meurtre.

Un farceur du lycée a présenté au duc de lierry uue pétition de sa façon, au nom de ses

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camarades, pour l'enrôlement des élcres. Entre autres traits d'esprit, il dît que la plupart des élèves sont pour le Roi! Le jeune Brayé peut, s'il le veut, se mêler à la guerre civile; mais qu'il ne nous suppose pas, de son chef, des intentions aussi belliqueuses; qu'il ne nous expose pas à la risée des journaux, ou à leurs éloges, ce qui est pis encore. Laissons à M. Liautard' et à ses jeunes tonsurés le soin de défendre le Roi, et faisons des thèmes et des versions.

Je viens d'achever V Évandre et ^Icime de (iessner. Quel homme a su mieux peindre l'innocence et la douceur des mœurs pastorale»? — Mais celte vie si agréable n'est que dans l'imagination de l'auteur. Oh! s'il y avait un pays où des bergers et des bergères, coulant des jours sereins, ne respirassent que le chaste amour et la vertu et pussent apprécier tous les charmes de la nature champêtre, j'irais... j'irais aussitôt dc- ])ouiller auprès d'eux les préjugés des villes, oubiirr toutes ces habitudes tjui créent tant de nouveaux besoins, et faire mon bonheur d'une aimable simplicité et de la société de ces hommes de la nature !

Rnra mihi et rigiii placcant in vnIlibiiH ninncs ; FliimiDa anicm !i}lvii<iqti<> ingloriii<i! () ul>i canipi,

I. L'abbr Liautard, ancien rlèrr Ae rKroje polyterhlM<|nc, arait fnadc sont rKinpirc le rollrge SUnisla!i.

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S|)erc'hiiiS(|iie, et virgiuibus bacchata I^icxuix Taygeta! O qui lue gelidis in vallibus Haenii Sistat, et ingenti ramoruin prntegat umbra 1

Je les trouverai ces campagnes riantes, ces collines fertiles, ces forêts ombragées!... Dans mes vacances, je les parcours quelquefois mon Firgite à la main; mais j'y cherche en vain les habitants tels que nous les dépeignent Théocritc, Virgile, Gessner et Florian, aux bords du Gardon, du Mincio et de l'Aréthuse. Je vois quelquefois errer dans la prairie une trentaine de moutons, sales, crottés, parfois galeux, marqués d'une raie rouge, surveillés par un méchant matin, dont je n'ose approcher, et conduits par un jeune Tircis en haillons, fumant sa pipe ou tirant de sa panetière un morceau de pain, du fromage, et de la viande ; et, quoique la bouche pleine, jurant et sacrant contre son chien, qui aboie en me voyant !

M. Gentil, professeur de philosophie, est indisposé, et ne fait pas sa classe. Ma paresse se réjouit de son absence. Cependant, si l'on a besoin de philosophie, n'est-ce pas surtout dans un temps si critique, où l'on est menacé de perdre la vie, ou ses parents, ou sa fortune, et de voir la France teinte du sang de ses propres enfants!

M. Laya a été absent deux classes; les uns attribuent sa maladie au dépit qu'il ressent de se voir fermer les portes de l'Institut ; d'autres

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l'imputent à la crainte de perdre k-s deux mille francs de pension qu'il a reçus du Roi*.

On défend aux gens honnêtes de jurer; c'est bien mal vu, puisque les princes jurent dans les tragédies. Par exemple, un grand personnage dit à un autre :

Vous, ministre sacré, non d'un Dieu, mais d'un homme'.

9 heures du matin. — M. Naudet rae donne quelques éloges pour ma petite critique sur la copie de Nccuopranfedut (de Fauconprel*).

Quand on ne fait pas bien ses discours, on se console en mordant ceux des autres. Si on les mord avec justesse, on acquiert une espèce de petit mérite ; mais, comme dit Boileau, la critique est aisée, et l'art est difficile.

La population va, dit-on, se lever en masse ; Gallemond, rhétoricien, nous a donné l'exemple du courage; il a filé du collège avec les externes, pour s'engager. Plusieurs maîtres en font autant. M. Edan, sous-caissier, partirait, sans un petit obstacle : il a une femme et cinq enfants! On parle de la défection des soldats de l'Empereur

M. Naudet fait la classe à la place de M. Lava; il nous lit plusieurs morceaux du poème de la

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