‹ Les cahiers d'un rhétoricien de 1815. [ÉditésChapitre 23 sur 46 · I. DaDS la Flandre belge, accompagné de Berthier · texte numérisé non relu

I. DaDS la Flandre belge, accompagné de Berthier

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j)relciilions excessives de ses fidèles mais luéj)risables serviteurs; et la voilà, de nouveau, rcj)longée dans les calamités, et mendiant un asile dans les cours étrangères !

Un décret impérial établit la liberté de la presse et suj)prime la censure.

3 lieures. — M. Laya est assis aux Tuileries, avec son épouse. Il est pâle comme un convalescent, ou j)lulôt comme un rentier à qui l'on retranche, non pas un quartier, mais une pension entière de deux mille francs, et une décoration.

Je rencontre Lacomble, se jiromcnant avec sou oncle.

Après le dîner, je lis une analyse critique très méchante, très spirituelle et très injuste de /« Nouvelle Héloise, par Servau. L'auteur fait ressortir avec force la conduite paradoxale des personnages du roman.

Rien de remarquable dans cette soirée. Je joue bourgeoisement quelques jiarties d'écarté.

a7 mars, lundi de Pâques. — Mon frère, il y a trois ans, est mort un lundi de Pâques! — Temps pluvieux.

Je lis la Chartreuse. Ce joli ouvrage ne m'était jusqu'alors connu que de nom. Le style de Gresset, plein d'élégance et de poésie, coule avec une étonnante facilité. Le seul défaut (|iie j'y

D'UN RHETORICIEN. """ 5i

IrouTe, c'est la longueur démesurée de quelques périodes, dont il est difficile de suivre le sens, et qui ne permettent pas au lecteur attentif de reprendre haleine.

Quand on n'a rien à faire, on peut se promener toute la journée. Nous allons chez la du-/

chesse de R Nous y sommes bien accueillis.

On me force à' y prendre un excellent déjeuner. Je partage les jeux de quelques petits enfants (le la maison. Ils sont très aimables et très complaisants. Comme ils ne peuvent s'élever jusqu'à moi, je descends jusqu'à eux.

Après une courte promenade aux Tuileries, nous revenons à la maison.

J'ai oublié de dire que j'ai vu l'Empereur, qui se montrait à sa fenêtre aux Tuileries, le samedi, sS mars.

Le soir, je lis le Méchant et T'erl-f'ert, deux divins ouvrages, qui, avec la Chartirnse, placent Gressel au rang de nos premiers poètes. Que d'esprit et de grâce dans Vert-Vert\

Cette pièce de vers fut regardée dans le temps où elle parut comme un phénomène littéraire.

Le Méchant est im chef-d'wuvre pour le style et la peinture des mœurs du siècle. Si celte comédie est faible par l'intrigue et la force comique, elle offre, en revanche, d'excellents détails, des portraits bien tracés, des caractères bien soutenus, et une diction tout à la fois simple.

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ëlég.Tnte, correcte et naturelle. Je ne connais pas de vers plus joli que celui-ci :

Elle a d'assez beaux yeux pour des yeux de province.

On peut dire de Gresset :

Il fait d'assez beaux vers pour des vers de collège.

Huit heures et demie sont sonnées ! Il faut partir pour le lyct'e.

Dans le chemin, nous nous entretenons d'un homme dont le caractère me parait assez original pour en rapporter ici une faible esquisse.

A Graclz, en Styrie, où mon père a été receveur des contributions, M. L..., homme de beaucoup d'esprit, connut, en 1810, M. Salas, secrétaire du B°" de Bret. Cet homme extraordinaire avait une singulière philosophie, et professait une admiration aveugle et déréglée pour les littératures allemande et anglaise. Il jiarlait plusieurs langues : le français, l'allemand, l'italien, l'anglais et l'esclavon. Il savait par cœur et débitait souvent : Schiller, Shakespeare, Goethe, Klopstock et Milton. Il négligeait tous ces petits et vils besoins de la nature humaine, tels que la nourriture, le vêtement et le sommeil. « Oh! je ne pense pas à tout cela, disait-il; c'est au-dessous de moi! Cette nuit je n'ai pensé qu'au héros de ma tragédie. Dans quelle position Schiller l'a placé! Quelintérôl! Comment va-t-il s'en tirer?...

Oh ! votre littérature n'a aucun chef-d'œuvre parfait comme nos grands ouvrages et ceux d'Angleterre! Vous appelez perfection un genre de convention constamment soutenu ; nous préférons, nous autres, la simple nature. Notre génie rompt les entraves que vous imposez au vôtre.,

Ah! la belle nature que ces fossoyeurs de

Shakespeare, qui se battent à coups de têtes de morts, et chantent des chansons à boire ! Voilà des tragiques ! — Comment?... vous n'admirez pas ces fossoyeurs, qui commencent la pièce d'une façon si naturelle, si gaie, et qui empêchent le spectateur de s'affecter trop profondément eu lui donnant d'abord une sensation agréable ? Dans les palais, on ne voit pas que des princes; il y a aussi des domestiques, des gens subalternes. La vie est d'ailleurs un mélange continuel de choses triées ou gaies. »

Un jour, lassé de la vie, il demanda à M. L... »e* pistolets. Comme on le connaissait, ou les lui donna. — Une heure après il vint les rapporter : « Monsieur, dit-il, vous allez me mépriser de ce que je ne me tue pas; mais j'ai changé d'idée ; je vais encore essayer de la vie. Voyons si elle me sera plus souriante! C'est une épreuve à tenter.... Je suis dans la même situation que X. dans... de Schiller. Il prend ses pistolets, mais il ne se tue pas, cl voici ce qu'il dit... (.\lors, il récite un long monologue.) O Schiller! «*» Klop-

stock! vous êtes mes seules consolations! » M. L... lui avait persuadé de s'exercer à la galanterie, et d'écrire quelques lettres de compliments et d'amour à quelques jolies dames. Ses épitres étaient d'un style si ampoulé, si emphatique, que dans les sociétés tout le monde en riait, excepté lui. « Vous, disait-il, qui n'avez que de l'esprit, vous ne dites pas de ces choses-là! Nous autres, qui suivons l'élan de notre imagination, nous nous élevons i)lus haut, au-dessus de votre portée.

0 Je ne vous conçois pas, vous autres Français! vous dites à nos dames les choses les plus impertinentes, qu'aucun de nous ne se permettrait. — S'en fàchent-elles ? — Non ; mais il vaut mieux se taire. — Vous en aiment-clies mieux, vous qui vous taisez? — Non, il est vrai ; mais si nous leur parlions ainsi, elles nous en voudraient ; car il y a^manière de tout dire! »

FIN DU PHF.MIKH CAHIFR.

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