‹ Les cahiers d'un rhétoricien de 1815. [ÉditésChapitre 22 sur 46 · I. LouU XV[n,en réalité, ne quitta pas le coutin<-iit · texte numérisé non relu

I. LouU XV[n,en réalité, ne quitta pas le coutin<-iit

D'UN RHÉTORICIEN. 3i)

Il allait sur le seio d'une terre enoemic

Pour la seconde fois passer ses tristes jours.

Du Français exilé, protecteur politique.

Et d'un faible monarque allié despotique,

L'Anglais vend un asile au vertueux Louis.

Le prince, s'éloignant «le la rive française,

Tourne vers les Français des regards attendris.

Et bientôt sa douleur en ces plaintes s'exhale'. '

Quoique je sois en traia d'écrire des vers, je n'insérerai pas ici une petite coraplaiule traduite de l'allemand de l'inconnu Chubart.

J'ai aussi traduit il y a un an deux morceaux poétiques de Gecsner. Mais, à un autre jour!... J'ai oublié ces pécbés-là.

Pour satisfaire mon ardeur de citations, je vais transcrire quelques vers de moi :

JVxpire, hélas ! j'espire à la fleur de mes ans ! Je quitte sans regret les doueeuni de la vie. Mais perdre pour toujours une amante ctiérie, >'e jamais la revoir! oli ! douloureux tourments! Approche! viens fermer ma mourante paupière.... Déjii la pdle mort étend sa faux sur moi. Ah ! que rocs yeux éteints, a mon heure dernière. Te regardent encore et se fixent sur toi ! Adieu! viens! viens baiser mes lèvres expirantes. Que je te serre eneor de mes mains défaillantes!

Il te réfugia a Gand ; mais .Xtpoléoa aurait, vonlu le Contraindre à se réfugier en Angleterre.

I. Toute cette partie est écrite en érriture cursivc allemande.

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Plus je relis ces vers, plus ils me semblent faibles. Et pourtant j'étais plein de mon sujet en les écrivant. Je me représentais étendu au lit de mort, entouré de mes tristes j)arents; plein d'une tendre émotion, je versais de douces larmes et répétais avec mélancolie ces vers si touchants du sensible Tibulle, que je n'ai fait que paraphraser :

Te s])ectein suprema niihi cum venerlt liora, Te tencam moriens déficiente manu.

J'ai composé aussi une chanson sur le sommeil, un soir que je ne pouvais dormir. Malheureusement, je n'ai été plein de mon sujet qu'après l'avoir achevée. Elle était un peu matérialiste. Je ne le suis qu'en chanson

Revenons à la prose. Je joue avec Bogin, à une heure, à im jeu fort amusant : nous nous entrelaçons les bras, dos à dos, et, tour à tour, nous nous baissons en avant, en soulevant notre camarade, qui s'élance en l'air, avec un libre essor.

a4 mars, vendredi saint. — Temps adouci, assez sec. — Je m'habille pro|)rement ce matin, au risque de ne pas sortir; ces préparatifs engageront peut-être si m'emmener ceu\ qui viendront me voir aujourd'hui.

7 heures et demie. — Le sermon est le même que l'an dernier; je n'ai pas oublié que le mot d'in'ujuitc y est répété vingt fois.

g heures du matin. — Coutard a la complaisance de porter à la maison une lettre un peu sèche, dans laquelle je reproche à maman l'inquiétude où elle m'a laissé, en ne me donnant aucune nouvelle. Un moment après, je reçois une lettre de mon père. — Il m'annonce qu'il me viendra chercher demain samedi saint.

L'heureux Camille Fain va partir pour la campagne; et moi, je reste! Son père est dans la plus haute faveur; il l'a méritée, l'homme de bien! l'homme le plus honnête de France!

Je lis rArcadie, petit poème en prose dans le genre des Études de la Nature, par M. Bernardin de Saint-Pierre. Cet ouvrage devait être divisé eu trois parties. II u'y en a qu'une d'achevée, intitulée la Gaule. La barbarie de ces peuples aurait fait contraste avec la civilisation de l'Arcadie, et la corruption de l'Égjpte. — Le cadre me paraît ressembler un peu trop à celui de Tèlcmaque : deux voyageurs, battus par la tempête, sont faits prisonniers par des sauvages; séparés l'un de l'autre, et l'un, près d'être immolé en sacrifice aux dieux du pays, reconnaît tout à coup son ami, qui avait acquis de la considération chez les Gaulois, %e% compauiotes. Us combattent ensuite contre les ennemis de leurs hôtes, comme le fils d'Ulysse, en Sicile. Ils adoucissent les mœurs de nos pères, comme Télémaquc vivifie les déserts de l'Egypte, dont la

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description oIFre des rapports avec le tableau des Gaules. Mais, en revanche, on reconnaît dans cet écrit l'homme de la nature, qui la peint avec des couleurs très naturelles. J'ai lu avec un grand plaisir trois ou quatre fictions nouvelles que les Grecs n'auraient pas dédaignées, telles que celles de l'origine des lis et de la pomme de Sifionne (Vénus). — Les notes sont curieuses; il y eu a une très intéressante sur les sons que rendait au lever de l'aurore la statue colossale de Memnon.

a5 mars, samedi saint. — Je vais à la messe. — Pluie. — L. .. me charge d'aller savoir des nouvelles de M. S... dans notre rue, n° a6.

Il fait un mauvais temps pour ma sortie; il est déjà neuf heures et demie! Tardera-t-on encore? Ne viendra-t-on pas?

Je sors avec G... à dix heures et demie.

Plusieurs courses assez ennuyeuses, d'autres plus amusantes.

La politique est le sujet de toutes les conversations. C'est d'abord intéressant ; mais on entend et l'on dit presque toujours les mêmes choses ; on ne peut pas changer d'opinion selon les personnes que l'on voit, et l'on ne varie pas assez les expressions.

Grand désordre à la maison : ma grand'tante est très malade, et maman al>imée de lassitude.

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Mou père est saus place • ; on ue peut changer de mailre comme on change de livrée*.

Nous allons passer la soirée chez M. Quéuaull. J'en reviens tout endormi.

Dimanche. 16 mars. — Pâques, messe. — Beau temps à midi. — Je lis longtemps dans mon lijf le lieiié de M. de Chateaul)riand. Quel plaisir cet ouvrage m'a causé! Le style, quelquefois taché par le mauvais goût, est harmonieux et brillant. René est un jeune homme sensible, malheureux et mélancolique, dont l'àme, ne trouvant aucun objet capable de l'atucher, ressent un vide affreux; et, se plaignant sans cesse de maux chimériques, il désirerait en éprouver de réels, qui pussent occuper son coeur, las de la vie. Il %eul se décharger du pénible fardeau de l'exislence; il donne tous ses biens à sa sœur chérie, dont l'aimable société a fait le btmheur de son enfance. Amélie, recevant sa lettre, et instruite de ses funestes projets, vole dans ses bras et exige de lui l'inviolable serment de respecter ses jours.

I . A|irt>» avoir étr receveur des contributions a (jructz, en St\ ne, a Brest, à Saint-Pol en Pas-<ii*-Calais, M. Barv |)èrc l'-liiit arrhivistp «le l:i socrétaircnV tinjii'rialc iri\tut an Louvre, fonction qu'il garda juK|u'à sa mise à la retraite, en mars 1S4.S.

i. Krrif l'n rarartirct f-ive*.

Vaincu par sa sœur, René reçoit ses tendres caresses, et passe avec elle un mois délicieux.

Bientôt, cependant, il lui trouve un ton mystérieux; elle lui semble entretenir une correspondance secrète.... Enfin, un jour, il ne la retrouve plus daus sa maison, et voit sur sa table une lettre qu'elle lui a laissée à son départ, dans laquelle elle lui annonce ses combats et sa résolution de se retirer dans un couvent. Elle lui conseille de se marier et lui parle de l'hjmen dans les termes les plus passionnés. Son frère, ne sachant d'où viennent ses desseins, et plein d'étonnement, va la rejoindre à son couvent. En passant, il rencontre sur sou chemin le château de ses pères, qui appartenait alors à uu maître étranger. Il visite les champs, témoins des jeux et des promenades de son enfance ; enfin, en touchant le seuil natal, il est près de tomber en défaillance. Eh bien, lui dit le concierge, allez-vous faire comme cette étrangère qui, en venant ici, il y a quelques jours, se trouva mal et que je fus obligé de reporter dans sa voiture? — L'infortuné jeune homme est frappé de surprise, et reconnaît sa sœur!... Que celte scène est pathétique ! René va au couvent, mais ne peut voir sa sœur, qui lui écrit pour le prier de ne pas troubler son pieux repos; de supporter leur séparation nécessaire avec résignation, et de lui serNir de père dans la cérémonie sainte

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qui va enfermer ses jours dans les murs sombres d'un cloître. René y consent avec peine; il médite les plus sinistres projets — Le jour fatal arrive; René, pâle, défait, chancelant à la vue de la triste Amélie, lient le voile virginal, et, par hasard, lui entend prononcer ces mots: « Dieu! comble de biens un frère qui n'a point partagé ma passion criminelle! »

Ces paroles éclairent René et font éclater son amour naissant, dont il ne s'était pas rendu compte. Il tombe dans les bras d'Amélie et trouble le sacrifice.... On l'emporte sans connaissance.... 11 revient à lui.... La cérémonie était achevée!

Dans son désespoir, il passe en Amérique, y apprend bientôt la pieuse mort de sa soeur, et périt lui-même, après avoir traîné dans les déserts du Nouveau Monde une vie déplorable.

Tel est le squelette décharné de ce livre qui fait verser de si douces larmes.

Le» détails les plus pittoresques, une sensibilité exquise, la description |)hilo$ophiquc des monumeuts de l'Italie et de ceux de la Grèce, la peinture naturelle de* campagnes riantes, enGn la délicatesse avec laquelle l'auteur gaze son sujet, si difficile à traiter, toutes ces qualités assurent un rang distingué à ce délicieux roman, et le placent à coté tïAiala.

Entre autres pensées neuves, ou embellies par le charme de l'expression, ou dételoppées par une

comparaison heureuse, j'ai remarqué celles-ci :

« Une colonne est debout dans le désert, comme une grande pensée, qui s'élève dans une Ame, dévastée par le temps et le mallieur. »

« Quel cœur si mal fait n'a pas tressailli au sou des cloches natales!..., etc. » Tout le morceau est parfait.

« Le soir, l'indifférence passait sur sa tombe, et, hors son fils et sa fille, c'était comme s'il n'eût pas existé. »

« Un an après sa mort, j'en reçus la nouvelle, et pendant que quelques amis pleuraient sa mort d'autres étaient déjà consolés — »

« Il n'est rien de si poétique qu'une tête de seize ans; le matin de la vie est comme celui de l'année, plein de pureté, d'images et d'harmonie. »

Cette idée m'a frappé : j'ai seize ans. Si mon esprit est si peu poétique, n'est-ce pas parce qu'il est retenu par mille entraves? Si, au milieu des beautés de la nature, on lui laissait un libre essor, il pourrait s'élever plus haut : la contemplation des choses célestes et la vue des agréments champêtres m'agrandiraient l'imagination; la campagne, une fiancée, un ami et des livres, voilà ce qu'il me faudrait!

Je vois dans ce livre un frère et une sœur brûlant d'un amour mutuel, et combattant cette passion. Elle est illégitime aux yeux de la Société ; et pourtant l'exemple des peuples de l'an-

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tiquité l'autoriserait. Plusieurs peuples, tels que les Persans, les Egyptiens, les patriarches juifs, les sauvages, ne défendaient pas les mariages entre frères et sœurs, mariages qui ont été indispensables entre les enfants de nos premiers parents.

Le paganisme et les religions égyptienne et guèbre* l'autorisent par les illustres exemples des dieux. Jupiter et Junon, Isis et Osiris, etc. Mais on prétend que l'union de ces sangs fraternels, qui viennent de la même source, est nuisible à l'espèce humaine, et abâtardit les races. On s'appuie même de l'exemple des Bourbons, qui, ne formant d'alliance qu'avec leur propre famille, ou les maisons de Savoie et d'Espagne, sont devenus indignes du trône de Irurs j)ères, et ont dégénéré si honteusement de ces antiques vertus. Mais cette opinion est-elle prouvée?

Je vais chez Mme de C..., où je vois sa filleule, la jeune V..., qui va se marier à un jeune employé de dix-neuf ans. La crainte de la conscription a fait nailre dans le cœur sensible de ce jeune homme un amour soudain, qui, ne pouvant se satisfaire trop tôt, a fait projeter et conclure riiymcu en trui» jours.

La demoiselle est dans la désolation.

I. Mom injuiieux donne par le» musulman* de Penc aux descendants des aaricns Persans restés fidèles à la religion de /.oroastre.

Ou me charge de l'interroger sur cet article. La position était embairassante pour un novice aussi gauche que moi. N'importe! La voyant faire un ouvrage de broderie, j'ai débuté par lui demander si c'était un ornement nuptial, quand aurait lieu la fête, si elle aimerait son mari, etc. Ne la connaissant guère, je ne pouvais pas lui faire des questions trop hardies.

Je vais déjeuner chez le docteur C Je n'y

trouve pas le fils. J'y vois un vieux militaire qui m'a donné la mesure du caractère de beaucoup d'autres soldats; les b... et les f. .. voltigeaient sur sa bouche. Il ne parlait que de ses campagnes, de ses blessures, de ses disputes, de son argent, annonçant toujours qu'il ne reculerait jamais et qu'il avait la main au bout du bras.

La présence d'une jeune dame de la compagnie, à laquelle il adressait des compliments fort militaires, ne l'empêchait pas de raconter des histoires assez graveleuses, qu'il assaisonnait de fort gros sel.

Il avait, l'année passée, envoyé au ministère im plan pour la défense de Paris.

Je fais avec mon père une promenade assez amusante aux Tuileries et au Palais-Royal. J'entends crier partout :

« Achetez des cocardes tricolores! Elles sont moins salissantes que les blanches : elles dureront plus longtemps! ...»

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Je ris beaucoup en voyant les voitures des maires de Paris (qui sont toujours les mêmes), et vont adresser à l'Empereur leurs félicitations.

Depuis quelque temps, l'empressement pour les nouvelles politiques se refroidit, et ce n'est pas étonnant : on n'apprend presque plus rien de nouveau. Le trône impérial parait consolidé pour le moment; mais aura-t-ou la guerre avec les puissances étrangères ou non? C'est là l'importante question.

Le Roi est sorti de France avec la plus grande partie de sa famille. Il s'est retiré eu Flandre', escorté de six liussards qu'il a forcés de le quitter à la frontière. L'infortuné monarque leur n dit adieu eu les embrassant tendrement. C'est ainsi que s'exprime le yourna/ ^f/if'rn/ du 6. Je ne croyais pas des gazctiers susceptibles de com • passion.

Cette malheureuse famille des Bourbons ! Après avoir vu tomber sur l'écbafaud les têtes royales des siens, et l'anarchie, et le carnage désoler sa patrie; après avoir été abreuvée d'opprobres et de misère et avoir gémi vingt ans dans une terre ennemie, elle est remontée sur wn trône chancelant, environné d'obstacles au bonheur de la France, ayant à contenter les

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