I . Ea écriture cursivc allemande
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Le rédacteur du journal était dans une situation assez comique : accusé de bonapartisme ainsi que les censeurs, il arait appelé en calomnie le rédacteur de la Gazette. L'affaire tombe, parce que les assignés n'ont aucun intérêt à se montrer et que les demandeurs gagneraient ? perdre leur procès.
Le Nain jaune lève le masque, annonce la nécessité où l'a mis l'ancien gouvernement de parler en mal de Bonaparte et de retrancher la moitié d'un de ses numéros, et montre ses véritables sentiments.
Entre autres articles fort plaisants, j'ai remarqué une allégorie ministérielle.
C'est un sous-machiniste de l'Opéra qui représente aux directeurs le mauvais choix qu'ils ont fait des employés du théâtre.
On voulait, dit-on, forcer les employés du ministère de l'intérieur à faire une prière ayant leur travail, pendant le carême.
Comme on n'avait pas déterminé cette prière, voici comme ces messieurs la firent :
Opérez un miracle, et faites, ô moa Dieu !
Que l'ahbc Montesquiou dericnne un Montesquieu'.
Le miracle n'a pas eu lieu.
Le duc de Benry avait fait annoncer à une ca-
I. L'abbr de Monteiiquiou-Fezensac était ministre de rintêrietir sous la première Restanration. Cette prière a été quelquefois attriiraée à Guisot.
serne qu'il la visiterait, à l'heure du repjis. H se lit attendre longtemps. Enfin il vint, et goûta la soupe. « Monseigneur, lui dit un de ces braves, vous la trouverez un peu froide. Vous êtes venu trop tard ! » Le duc eut la maladresse de se fâcher. M. Bouvier-Dumolard est nomme préfet de la Sarthe.
ug mars, mercredi. — Temps printanier.
Jour presque nul, qui n'est remarquable que par la beauté du temps. Le printemps, si chéri des amants, nous ramène la gaieté. Le marronnier de la terrasse est déjà verdoyant.
Demorj me demande en classe si je le note dans mes souvenirs. « Quant à toi, me dit-il, je n'ai pas besoin d'écrire ton nom pour ne pas l'oublier. »
M, Laya reparaît aujourd'hui.
Ce soir, c'est Mylord Pouff, autrement dit la Grenouille, et surnommé Vallé, qui fait l'étude.
3o mars, jeudi. — Anniversaire du siège de Paris, jour néfaste. Beau temps, dont nous ne pouvons profiter. Voici pourquoi :
La prière, que l'on fait depuis quelque temps dans les classes, m'a toujours paru une atteinte à la charte constitutionnelle. On proclame la liberté de conscience, et cependant ou force tous les élèves d«' se lever en classe. (!<• faire le signe
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de la croix, et une prière qui ne convient pas à toutes les religions, quoiqu'il y ait parmi nous beaucoup de protestants et de juifs, et l'on exclut par conséquent dos chaires de professeurs les protestants et les juifs, qui, bien certainement, ne feront pas celte prière, et donneront leur démission.
Quant à la messe du jeudi, c'est différent : on en exempte les luthériens; mais elle doit être aussi proscrite pour nous :
I* Parce qu'elle ennuie ;
1' Parce qu'elle a été établie par le Roi, et que tout ce qu'a fait le Roi est déclaré nul et illégitime.
Dans celle pensée, nous convînmes ce matin de futare camputn dans la cour, quand la messe sonnerait.
A huit heures, nous nous élançons en foule hors des quartiers, rassemblés en groupes et criant de toutes nos forces : « A bas la calotte et les calolins '. » — Les maîtres d'étude veulent en vain nous rappeler à l'ordre : nous restons un (|uarl d'heure à nous promener, en riant de cette petite révolte. Mais en rirons-nous toujours? — A une petite lucarne, parait, tout à coup, le saint homme indigné. Nous jouissons de sa colère : « Mais qu'est-ce que c'est que cette conjurati<m-là? »
M. de Wailly (•«• pr<>\isrnr) se montre : toiii
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fuit; on se serre les uns contre les autres etl'on rentre dans les quartiers. M. de Wailly, à coups de pieds, à coups de poings, tombe sur la bande fugitive, attrape les plus paresseux, entre autres moi. Mais, me reconnaissant, il se contente de me faire quelques reproches. Je ne me pressais pas, pensant qu'il s'escrimerait avec uous plus doucement. Alors il se tourne vers les autres. « Ce n'est pas ici, c'est à la chapelle qu'il faut aller. » On se met en rang, on monte quatre à quatre les escaliers, et l'on va à la messe. — Après l'office, auquel M. le proviseur assiste pour la première fois de l'année, on uous conduit à l'étude pour toute la journée. Ensuite M. de Wailly vient dans les quartiers et annonce qu'à cause de cette escapade, qui pouvait donner au dehors une très mauvaise idée de la discipline, des mœurs et de la religion du lycée, uous resterions ici pendant la promenade, à copier la messe, qu'on uous priverait d'exeat pour longtemps, et qu'on uous tiendrait avec plus de sévérité. Voilà notre punition. Nous craignions seulement qu'on ne cherchât à uous réduire par la famine, en nous privant de déjeuner jusqu'à ce que nous allions à la messe, ou que Vhomme de Dieu ne descendit dans la cour, armé d'un vaste bénitier et d'un immense goupillon, et, d'une main victorieuse, ne lépandit à grands flots les bénédictions sur ce troupeau fuyard de
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qui va eufermerses jours dans les murs sombres d'un cloître. René y consent avec peine; il médite les plus sinistres projets Le jour fatal
arrive; René, pâle, défait, chancelant à la vue de la triste Amélie, tient le voile virginal, et, par hasard, lui entend prononcer ces mots: o Dieu! comble de biens un frère qui n'a point partagé ma passion criminelle ! »
Ces paroles éclairent René et font éclater son amour naissant, dont il ne s'était pas rendu compte, il tombe dans les bras d'Amélie et trouble le sacrilice.... On l'emporte sans connaissance.... Il revient à lui..., La cérémonie était achevée!
Dans son désespoir, il passe en Amérique, y apprend bientôt la pieuse mort de sa sœur, et périt lui-même, après avoir traîné dans les déserts du Nouveau Monde une vie déplorable.
Tel est le squelette décharné de ce livre qui fait verser de si douces larmes.
Les détails les plus pittoresques, une sensibilité exquise, la description philosophique des monuments de l'Italie et de ceux de la Grèce, la peinture naturelle des campagnes riantes, enfin la délicatesse avec laquelle l'auteur gaze son sujet, si difficile à traiter, toutes ces qualités assurent un rang distingué à ce délicieux roman, et le placent à côté A'Atala.
Entre autres pensées neuves, ou embellies par le charme de rexprcsiion, ou développées par une
comparaison lieureuse, j'ai remarqué celles-ci :
« Une colonne est debout dans le désert, comme une grande pensée, qui s'élève dans une âme, dévastée par le temps et le malheur. »
« Quel cœur si mal fait n'a pas tressailli au sou des cloches natales!..., etc. » Tout le morceau est parfait.
« Le soir, lindiffércnce passait sur sa tombe, et, hors sou fils et sa fille, c'était comme s'il n'eût pas existé. »
« Un an après sa mort, j'en reçus la nouvelle, et pendant que quelques amis pleuraient sa mort d'autres étaient déjà consolés — »
« 11 n'est rien de si poétique qu'une tête de seize ans; le matin de la vie est comme celui de l'année, plein de pureté, d'images et d'harmonie. »
Cette idée m'a frappé : j'ai seize ans. Si mon esprit est si peu poétique, n'est-ce pas parce qu'il est retenu par mille entraves:' Si, au milieu des beautés de la uature, on lui laissait un libre essor, il pourrait .s'élever plus haut : la contemplation des choses célestes et la vue des agréments champêtres m'agrandiraient l'imagination ; la campagne, une fiancée, un ami et des livres, voilà ce qu'il me faudrait!
Je vois dans ce livre un frère et une sœur brûlant d'un amour mutuel, et combattant cette passion. Elle est illégitime aux yeux de la Société ; et pourtant l'exemple des peuples de l'an-
liqiiitë Tauturiserait. Plusieurs peuples, tels que les Persans, les Egyptiens, les patriarches juifs, les sauvages, ne défendaient pas les mariages entre frères et sœurs, mariages qui out été indispensables entre les enfants de nos premiers parents.
Le paganisme et les religions égyptienne et guèbre ' l'autorisent par les illustres exemples des dieux. Jupiter et Junon, Isis et Osiris, etc. Mais on prétend que l'union de ces sangs fraternels, qui viennent de la même source, est nuisible à l'espèce humainr, et abâtardit les races. On s'apj)uie même de l'exemple des Bourbons, qui, ne formant d'alliance qu'avec leur propre famille, ou les maisons de Savoie et d'Espagne, sont devenus indignes du trône de leurs pères, et ont dégénéré si honteusement de ces antiques vertus. Mais cette opinion est-elle prouvée?
Je vais chez Mme de C..., où je vois sa filleule, la jeune V..., qui va se marier à un jeune employé de dix-neuf ans. La crainte de la conscription a fait naître dans le cœur sensible de ce jeune homme un amour soudain, qui, ne pouvant se satisfaire trop tôt, a fait projeter et conclure l'hymeu en trois jours.
La demoiselle est dans la désolation.
I. Nom injiiiicux donné par le» muiitilinans de Pêne aux dcsccnd.int» de* ancien* Persans restas fidèles k la religion de /.oroastre.
On me charge de l'interroger sur cet article. La position était embarrassante pour un novice aussi gauche que moi. N'importe! La voyant faire un ouvrage de broderie, j'ai débuté par lui demander si c'était un ornement nuptial, quand aurait lieu la fête, si elle aimerait son mari, etc. JNe la connaissant guère, je ne pouvais pas lui faire des questions trop hardies.
Je vais déjeuner chez le docteur C Je n'y
trouve pas le fils. J'y vois un vieux militaire qui m'a donné la mesure du caractère de beaucoup d'autres soldats; les b... et les f. .. voltigeaient sur sa bouche. Il ne parlait que de ses campagnes, de ses blessures, de ses disputes, de son argent, annonçant toujours qu'il ne reculerait jamais et qu'il avait la main au bout du bras.
La présence d'une jeune dame de la compagnie, à laquelle il adressait des compliments fort militaires, ne l'empêchait pas de raconter des histoires assez graveleuses, qu'il assaisonnait de fort gros sel.
Il avait, l'année passée, envoyé au ministère uu plan pour la défense de Paris.
Je fais avec mon père une promenade assez amusante aux Tuileries et au Palais-Royal. J'entends crier partout :
« Achetez des cocardes tricolores! Elles sont moins salissantes que les blanches : elles dureront plus longtemps ! ... »
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Que -le souTenir agit sur Tbomme puissamment!... Les fantômes de ce qui n'est plus m'assiègent pendant ma composition. J'ai été heureux deux ans. quatre ans même ; mais, hélas !
sans en avoir conscience Je ne le serai plus !...
Felices nimium paeros sua si bona noriat! ''
Je reçois une lettre de C...;il m'annonce sou retour à Paris. Quelle brièTetë ! quelle sécheresse dans ce qu'il écrit! — Pas une pensée. Aussi je lui ferai une réponse peu agréable.
Hier au soir, à l'étude, jétini me qualiGa de
l'épithète non méritée de Indigné de celte
sanglante injure, je lui écris un petit billet, et lui demande satisfaction.
« Je suis à ton service. — Bon. — A la fin de l'élude. » — Nos deux voisins, Delvonne et Paulmier. instruits malgré nous de raffaire, se proposent d'être nos témoins, afin que le duel soit dans les règles. Je passai fort tranquillement une heure et demie à achever mon discours français. Enfin l'heure va sonner. Je boutonne mon habit. Je ris avec mon voisin et je médite déjà le plan d'attaque. J'entends huit heures, ^iuti s'est déjà élancé dans la cour. La nuit propice prêtait son voile funèbre à ces horribles préparatifs. .\vec mes deux témoins, je suis de près mon adversaire. Je l'atteins. Voilà les deux anlagonistcs en présence.
Il était comique (et j'eu avais moi-même fort envie de rire, car je u'étais pas du tout en fureur pour ce combat) de nous voir tous deux, partagés entre la crainte et l'espérance, nous toisant l'un l'autre, serrant les poings, et n'attendant que le signal. — « Ah çà ! me dit mon rival, nous ne nous battrons pas à bras-le-corps,
parce que » Tout à coup, les témoins, que je
croyais attirés à ce duel par le désir de repaître leurs yeux des coups de poing et des soufflets, s'avancent au milieu de nous : « Messieurs, avant de se battre, il faut s'entendre : Pourquoi vous battez-vous?» — « Tu m'as insulté cruellement, dis-je à A.,.; d'un mot lâché légèrement, tu as déchiré ma réputation. » — J'explique mes griefs. — 11 me répond qu'il a eu tel motif. Je lui prouve la fausseté de ce qu'il dit. Il avoue qu'il a pu très fort se tromper, qu'une autre fois il s'en rapportera moins aux aj)parences. Ëniin on rapproche nos mains l'une de l'autre; elles se touchent, se serrent ; nous nous quittons bons amis, en riant, grâce aux deux conciliateurs, Delyonne et Paulmier. Si l'on s'expliquait toujours ainsi avant d'aller aux voies de fait, que de coups d'épée seraient épargnés !
5 avril, mercredi. — Beau temps. M. Naudet, le matin, me donne quelques <'loges pour ma version latine : « Du désespoir de l'avare
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volé D. Il oublie de nous dicter un discours latin. Maiire N., honteux et confus, jurera, mais trop tard, qu'il ne l'oubliera plus.
Lt yaiti jaune s'aplatit. Je le vois avec peine tomber sur M. Duvicquet, mon ex-professeur de seconde, qu'il nomme un littérateur ; mais auss» pourquoi M. Duvicquet va-l-il se faire journaliste « ?
M. I^ya me donne, pour mon discours de Julien, des éloges, mêlés de quelques restrictions.
M. Jeanne me confisque ie .\aiit jaune, à son profit. 11 me le rend.
6 «Tril. — Superbe temps. — Bordeaux* et plusieurs villes du Midi sont soumises. On ne sait pas si l'on aura la guerre ou la pai\.
Mon père vient me voir avant la promenade. Ma grandtante est toujours très malade.
Nous allons nous promener au bois de Hoidogne. Je cause avec Labinski, Bréville et Laugier".
I. M. Duvicquet, ancieo membre des Cinq-Cents, puis professeur à Henri [V, avait recueilli en 1814 la succession du critique Geoffroy au journal des DcUits.
a. La duchesse d'Angoulème avait essayé de maintenir Iktrdeaux dans l'obéissance a Louis \VI(I.
3. Stanislas Laugier, ne en 179-S, mort en 187a, est devenu ce chirurgien si estimé et si apprécié qui a donné son nom ii plusieurs mélhi>des chirurgicales. Il était membre de l'Académie des seieneo*. section <le médecine et chirurgie.
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Je profite du doux repos dans lequel nous laisse l'inadvertance de M. Naudet, pour m'occuper de mes propres idées. 3Ion âme est toujours dans le même état.
Quelle lâcheté, quelle mauvaise foi montrent dans leur conduite nos supérieurs ! Malgré leurs promesses, ils ne suppriment pas la messe du jeudi !
Je vais jeter ici les idées que je médite depuis longtemps, pour une soixantaine de vers français. Je rimerai plus tard cette prose.
Je ne sais quel nom on doit donner au genre de poésie que j'ai choisi.
Un jeune homme, renfermé dans les murs du lycée, écrit à son amie :
« O toi, dont le nom fait palpiter mon cœur, chef-d'œuvre du ciel, qui fis naître en moi les premiers feux, entends la voix plaintive de ton E..,i. Enfermé dans ma docte prison, exilé loin de toi, je gémis en silence. Franchissant la ténébreuse horreur de ces murs, mon âme s'élance vers toi et ton image présente à mes yeux me donne quelquefois un vain fantôme de bonheur. Bientôt, désabusé de cette erreur trop aimable, je n'aperçois autour de moi que de sombres visages, de farouches tyrans, la menace à la bouche, la férule à la main, et des troupes bruyantes