M. L. BARY PÈRE, SLR LES MARGES DE LA LEITHE
DE SOX FILS.
Septembre 1811. Paris.
A. — On n'affirme pas qu'un liouiine qu'oii ne connaît pas est un très brave homme. Il faut mettre: paraît être.
B. — C'est notre paroisse.
C. — Tu as sans doute voulu dire que vous avez trouvé M. et Mme Ferney à l'auberge où descend la voiture. Puisque vous n'alliez pas à l'auberge, ils n'ont pas pu vous y accompagner.
D. — Pourquoi ne pas me faire ce catalogue que je t'ai demandé? C'est surtout parce qu'il y a des livres qui te paraissent au-dessus de ta portée et qui te semblent n'être pas bons pour toi, qu'il faut m'en adresser uu catalogue. Pourquoi t'en rapporter à ton seul jugement et ne ])as vouloir recourir au mien ? l'el livre que lu dédaignes est peut-être celui qu'il faudrait préférer. Par exemple : C Eloquence sacrée, par M. Maury (aujourd'hui archevêque de Paris), est un ouvrage très estimé, et dont la lecture t'amuserait plus que tu ne penses.
K. — Lorsque tu m'auras envoyé le ratnhigue, je te désignerai les quatre volumes qu'il faudra préférer. Il faut d'ailleurs demander à ta tante si c'est quatre ouvrages, ou seulement
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quatre volumes, qu'elle veut bien te permettre de choisir. Je lui ai vu, et j'ai lu chez elle, une très belle édition de la Heniiade.
V. — Je t'envoie la lettre de ce bon et estinia])Ie professeur, que tu embrasseras bien pour moi.
G. — Je ne te proposerai pas de question cette fois. Mais je voudrais que lu fisses du catalogue des livres de ta tante un travail raisonné. Pour cela, il faudrait jeter un coup d'oeil rapide sur chaque ouvrage et m'en dire ton avis. H ne faut pas employer le ton tranchant et afiirmatif d'un demi-savant; mais le ton du doute, le seul qui convienne à un homme bien élevé et instruit, lorsqu'il s'agit de prononcer sur un ouvrage ou sur im autre.
Ce catalogue raisonné sera donc le ])remier travail que lu m'enverras.
Le second sera une description de Noyon, avec quelques portraits des principaux personnages que tu y auras vus. Observe attentivement chaque personne et chaque chose.
Tu vois, mon cher fils, quelle forme * j'emploie pour repoudre à la lettre. Je la prendrai toujours à l'avenir, ce qui transformera notre correspondance en une conversation ; écris-moi
I . Ces obsenntions si pleines de sens sont écrites sur les ntnrgcs et sur tout ce qui restait de blanc dans la lettre d'Kmilc.
D'UN RHÉTORICIEX. 169
à mi-mai^e, pour que je puisse te faire mes observations eu regard de tes paroles.
Je suis content du style de cette lettre. Il est facile et coulant.
Ton voyage dans le cabriolet te donne une nouvelle preuve de la considération attachée 'à l'éducation et à l'inslruction. Tu es pénétré de respect pour M. Bordery, et tu fais peu de cas de ce militaire jurant. Ce dernier est peut-être aussi un très brave Iionime, et il est certainement un homme brave, mais il n'a pas reçu d'éducation!...
Fais-moi part de tes observations sur tout ce qui y aura fourni matière.
Si tu faisais bien, tu tiendrais un petit journal de ton voyage; chaque soir ou chaque matin, on écrit ce qu'on a fait, ce qu'on a vu, ce qu'on a pensé le jour ou la veille, et l'on ajoute à tout cela quelques observations.
C'est ainsi qu'on se forme à l'examen et à l'analyse, sans lesquels il n'y a pas de science, ni d'expérience.
Un de ces soirs, j'ai rencontré la famille Ad. B.... Le frère et la sœur se préparent à faire leur première communion. On t'embrasse comme tu le penses bien.
Je t'embrasse aussi et de tout mon cœur.