I . Lu tour <!<• Clovis
D'LN RUE! OUICIEN. aa5
le travail était uëcessairc pour vous l'assurer. Fin const-quencc, vous l'embrassiez avec ardeur. A'olre temps était rempli par des études variées et continuelles. Vous ne vous lassiez pas de faire les deux choses les plus inutiles du monde : des vers et des discours latins ! Vous dévoriez l'ennui du Panégyrique de Trajaii, et vous me faisiez lire avec vous la seconde Philippique. Mais, aussitôt que la cloche avait sonné l'heure du repos, secouant la poussière du quartier, ouhliant les livres purement instructifs, et même le ])ri.\ d'honneur, vous accouriez dans ma modeste chambre à midi et demi. La fin du jour vous y revoyait de nouveau.
Préférant votre santé au bonheur que me donnaient votre présence et votre ct>nversation, je vous pressais de me quitter, de prendre de l'exercice. Mais, insensible aux avis de l'amitié trop désintéressée, vous ne voidiez pas m'aban> donner ; vous préfériez à votre tour l'nir épais de ma chambre et l'aspect de mes solives à l'air salubre de la terrasse et à ras])cct du ciel niAme , parce que dans ce galetas vous trouviez l'objet de v<)tre amitié , et vous vous sentiez heureux auprès de lui.
A la même époque, vous employiez le jeudi tout entier à écrire à Brc ville. Alors aussi, vous voyiez Simon de Montalivet avec plaisir. .Mors, pénétré d'amour p«)ur >oire aimable mère, vous
faisiez passer dans mon âme tout l'intérêt que vous lui portiez, toutes les inquiétudes que tous inspirait sa sauté déplorable; alors vous dévoriez les ouvrages de Rousseau, particulièrement ses Confessions et son Heloïse, parce qu'on y trouve une source inépuisable de sentiments tendres. Vous relisiez pour la vingtième fois et toujours avec émotion, j4tala et René, Paul et Virginie. Alors, en un mot, il vous fallait l'étude ; mais il vous fallait aussi les affections qui remuent le cœur et qui nous font souvenir que nous sommes des liommes, avant d'être des savants.
Cette année bienbeureuse finit. Elle finit mal pour vous. Le prix d'honneur vous manqua. Dégoûté des arts de l'imagination, qui avaient trompé votre espérance, vous vous rejetâtes dans les sciences exactes, plus par dépit peutêtre que par inclination. Un seul jour avait renversé l'édifice brillant et fragile que vous aviez bâti avec tant de peine.
Vous prîtes la résolution d'en élever un nouveau, mais composé de matériaux si sûrs, si solides, qu'il fût à l'abri des caprices d'un seul jour et des faiblesses de l'imagination. La raison posait la première pierre. Ce projet vous sourit. La raison encore vous ordonna impérieusement de le suivre, vous montrant des consolations et de la gloire pour le nmmrnt oii
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il serait achevé. Ce sentiment étouifa tous les autres. « Les sciences peuvent me donner des plaisirs et de la gloire. Pour m'y livrer, il faut étudier : L'étude donc! l'étude! et périsse, s'il le faut, tout ce qui peut la gêner! » Tel fut le raisonnement que vous fîtes, certainement a votre insu, vous faisant à coup sûr illusion, et colorant les motifs qui vous conduisaient à ce résultat, du prétexte spécieux de remplir un devoir, de perfectionner votre éducation, de mûrir votre raison, d'étendre vos connaissances.
Dès ce jour, l'heureux équilibre dont j'ai parlé plus haut fut rompu. Le besoin d'apprendre l'emporta de beaucoup sur le besoiu d'aimer. Dès ce moment, vous ne m'avez plus .iccordé que quelques moments, que vous avez ou l'air de me reprocher, de vous reprocher à vous-même surtout, comme s'ils eussent été des ^ols faits à l'étude. Dès ce moment, vous avez cessé vos relations avec Montalivet. Je ne sais même si votre mère et ses souffrances furent les mêmes à vos yeux ; car vous ne vouliez qu'apprendre. Et Bréville, Bréville lui-même fut négligé, bien négligé — Vous avez prétendu que les premiers torts étaient de «on cAté. Peut-être le premier moment de refroidissement était-il du vôtre. N'oubliez pas (\\i.4lala, Paul et Flrsm'ie, prirent la poussière pendant un an dans 111.1 bibliolhèquc. rt que vous n'ouvrîtes plus
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Rousseau que pour lir*; la Profession Je foi. Celte Profession est admirable ; mais, au bout du compte, ce n'est qu'une discussion tlicologique, et, quelle que soit la plume qui la rédige, une discussion théologique n'émeut pas puissamment le cœur, pas plus dans Rousseau que dans un autre.
M. Gentil prit à lui seul la jjlace de vos parents, de vos amis, de vos auteurs favoris ; non que vous j)uissiez beaucoup aimer M. Gentil, mais parce que M. Gentil sait plus de matliématiqucs que vous.
Tous ces faits ne sont pas arrivés en même temps; mais au bout d'un an ils étaient tous arrivés, et leur réunion justement appréciée par vous ])eut vous donner l'idée de l'état auquel vous êtes parvenu, sans vous en apercevoir.
Faites rolrc examen de conscience, et vous eu serez effrayé vous-même !
Vous vous chargez la mémoire, vous vous bourrez la tête de sciences, et vous ne songez j)lus à vos amis : vous allez suivre la classe de M. Bourdon pour les mathématiques; vous allez suivre celle de M. Desprez pour la chimie, celle de M. Treracry pour la physique; vous ferez de l'algèbre supérieure avec Legendre, de la minéralogie avec Haûy. Au milieu de tout cela, -M. Gentil vous donnera des leçons de philosophie 1 Ah ! gr.'ind Oiru 1 Oh ! qiu' de sciences.
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que d'études! Par laquelle commencer? De quel côté se tourner ? Il y a vraiment de quoi
étouffer Et, pour ne pas vous exposer à ce
danger, vous disposez déjà votre temps entre ces mille et une occupations, et l'amitié est oubliée '
L'étude aura dix-huit heures par jour, et l'amitié pas un quart d'heure!... « Ne faut-il pas que j'entre à l'Ecole polytechnique? me direzvous; ne faiit-il pas que je sois reçu dans un rang distingué? et, une fois admis, que je soutienne ma réputation par des connaissances étendues?» Sans doute, il faut que tout cela arrive, mais il faut aussi que vous ne cessiez pas d'être homme, entendez-vous, mon ami !
Je vous en supplie, rejetez une de vos scienrcs à six mois, ù un an, ù deux ans, et le temps (|u'clle vous aurait pris, destinez-le aux devoirs ( t aux plaisirs du cœur. De cette manière, vous !>erez encore tendre fils, bon ami, homme aimable, ce que vous pouvez si bicu être quand vous le voulez, et que vous ne prenez plus le temps d'être.
Voilà six mois que je veux vous dire ce que j'ai sur le cœur! Enfin, voilà qui est fait.
Réfléchissez, mon cher Emile, aux avis que je vous donne \ mais, quelle que soit la résolution (|ue vous preniez, quelles que soient les idées • |ui' fasse naître en vous rctt»* limgur lettre.
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soyez convaincu que celui qui l'a écrite gardera pour vous la même estime, et qu'il vous aimera toujours, tel que vous serez.
Adieu, mon ami.
Auguste Pqiksos.
3Ioiisieur Emile Burj., au c/idteatt de M. Harlé, à Cla'in'aux [Aube].
Ce mardi, septembre 1818.
Montalivet passe son dernier examen demain*. Ses deux premiers ont été brillants, sans répondre à son attente, ou plutôt à son ambition; car n'ayant pas travaillé de l'année, il n'attendait pas mieux ; mais il désirait davantage. Il part samedi et paraît m'aimcr encore un peu. Sa liaison avec Alfred me semble un peu relâchée; cependant je n'ose me prononcer sans appel sur ce sujet; je pourrais me tromper et je le souhaite.
Vous êtes reçu le quatorzième à l'École polytechnique. Le préfet a demandé copie de votre discours*, qui fait un bruit du diable. Vous sentez que ce bruit ne m'importune pas.