XII PREFACE
j)iter mon cœur, chef-d'œuvre du ciel, qui lis naître en moi les premiers feux, entend» la voix plaintive de ton Emile. Enfermé dans ma docte prison, exilé loin de toi, je gémis en silence. Franchissant la ténébreuse horreur de ces murs, mon âme s'élance vers toi, etc., etc. »
Et savez-vous comment ce morceau sentimental, qui est fort long, se termine*? rien n'est plus drôle en vérité :
« Je joue à la balle pour la première fois de l'année. Mon adresse et un trou que j'ai à ma culotte font un grand progrès. Le soir, lecture du divin Parnv. La Journée champêtre est un fort joli petit poème. »
Avouez que rien n'est plaisant comme ce mcli-mêlo d'impressions idéales et de détails réalistes.
Ce livre nous donne encore sur l'éducation de ce temps-là des détails qui intéresseront toute l'Université et tous ceux qui, en dehors d'elle, s'occupent de l'histoire de la pédagogie. Il y a dans ces mémoires deux histoires de révolte qui sont bien amusantes, surtout la seconde. Il parait qu'en ce temp.slà on n'y allait pas de main morte, et que les
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maîtres coguuient dur sur les élèves. Dans la première, nous voyons M. de Wailly, le proviseur, tomber à coups de poing et à coups de pied sur les petits insurgés. Dans la seconde, il fait mieux : c'est à coups de canne qu'il les poursuit. 11 faut voir l'indr"gnation de Bary, dont le dos faillit être frôlé par le buton. Il se redresse, il s'arrête, il en appelle aux dieux! Pour lui, cette révolte, dont le récit emplit dix pages, est un événement énorme ; le jour où elle prend fin « sera un jour mémorable dans les fastes scolaires !» et sa ver\'e lyrique s'exerce sur cette nuit, qui suivit la paix conclue; cette nuit « délicieuse, que Bellone ne disputa point à Morphéc. »
Mais voilà, ma chère amie, que je me laisse emporter à l'habitude, et qu'au lieu de poursuivre la lettre que j'avais commencée pour vous, j écris un article pour le public. Eh bien, cette lettre ou cet article, faites-eu une préface, et permettez-moi d'insister, en terminant, sur un |)oint que vous avez, dans votre avertissement, touché avec votre délicatesse ordinaire.
Un des traits les plus caractéristiques des