‹ Les cahiers d'un Rhétoricien de 1815Chapitre 15 sur 51 · XX AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XX AVANT-PROPOS

cachette, comme les internes d'aujourd'hui se font acheter et apporter par les externes VÉcho de Paris,

Ainsi que ses camarades, il se révoltait, quoique hon chrétien, contre la tyrannie des aumôniers ; car il revendiquait la liberté de conscience et il obéissait aussi à ce sentiment de contradiction qui pousse aujourd'hui les internes à suivre les cours d'instruction religieuse, parce qu'ils ne sont plus obligatoires.

Il lisait, comme font les nôtres, les livres nouveaux ou ceux qui passaient alors pour dangereux, et il dévorait la Nouvelle He'loïsel Mais, comme tout est pur pour les purs, il sentait sa jeune âme s'élever à cette lecture, qui lui semblait passionnée, tandis qu'elle parait seulement ennuyeuse aux générations actuelles.

Je crains cependant que certains de nos auteurs modernes, lus en cachette au lycée, n'aient pas la même influence sur nos jeunes gens d'aujourd'hui !

Celui qui a écrit ces cahiers est d'ailleurs un jeune homme d'élite à tous les points de vue. C'est un bon élève, dans toute la force du mot : il est d'une bonne conduite, estimé de ses camarades; il a des prix au lycée; il a des succès au concours général dans les lettres. A dix-huit ans, cependant, il abandonne les lettres, parce qu'il n'avait pas obtenu le prix d'honneur, au-

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quel il pouvait prétendre, et il fait des sciences, parce qu'elles sont moins sujettes à la diversité des jugements humains. Il entre à vingt ans le quatorzième à TÉcole polytechnique. Malade à Técole par excès de travail, il sort le trentième, dans Tartillerie ; donne sa démission ; est nommé professeur de mathématiques au lycée de Caen ; passe à Paris ses licences ès-sciences ; se fait recevoir agrégé, et devient professeur de physique et de chimie au lycée Charlemagne.

Il a, pour ainsi dire, créé l'enseignement de ces sciences, et a pris, dans l'Université., une influence que sa modestie n'a su ni voulu faire valoir. Mais ses anciens élèves, dont la génération commence, hélas ! à s'éclaircir, dont plusieurs sont membres de l'Académie des sciences, ingénieurs en chef de l'État, ou professeurs dans nos facultés ou nos lycées, savent bien ce qu'ils doivent au professeur si éclairé, si consciencieux et si parfaitement bon, qui a enseigné la physique et la chimie au lycée Charlemagne de 1827 à 1860.

Mais ce changement de direction dans la carrière d'Emile Bary ne l'empêcha pas de cultiver les lettres toute sa vie. De même qu'il avait appris l'allemand seul au lycée, il apprit, devenu homme, la plupart des langues modernes, et il pouvait lire sans hésitation et écrire correctement, l'allemand, l'anglais, l'italien, l'espagnol,

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