X . Plaîsaaterie sur le nom de Jallon porté par un camarade
a« On s^étoBBèra peut-être , comme le jeune rhétorictffli lui-même, qu'il ait été comme abandonné dans un tel moment par un père ordinairement si plein de sollicitude. Cet abandon apparent, s'explique par les oemipations qu'imitosaient è M. Bary père, pendant le changement si rapide de gouvernement, les délicates fonctions qui lui étaient confiées. Déjà en 18149 à la première invasion, il avait eu à défendre les archives de rÉtat créées par lui. M. le comte Boulay de la Meurthe a raconté^ dans le Bnlfetia de la Société de l'Histoire de Paris (numéro de juia-juillet 1889), Tactif dévouement qu^il avait alors montré. Il est vraisemblable que sa tâche n'était pas moins ardue au mois de mars i8i5.
Voici du reste comment M. Boulay de la Meurthe raconte ce pefit épisode historique, qui touche de prés à jsotre sujet particulier en même temps qu'à l'histoire nationale :
JSxtrail du discours prononcé par M. le comte Boulajr de la Meurthe, et imprimé dans le Bulletin de l'Histoire de Paris de juin-Juillet 1889.
Ce fonds de la secrétairerie d'État du Consulat et de
D'UN RHÉTORICCEN. 3
33 mars, jeudi saint. — Petites pluies coulinuelles.
8 heures. — Messe. Trop long sermon de
l'Empire s^était formé avec méthode de.
L^installation s^était faite dans la galerie du Louvre, et la garde de ce trésor de gouTemement arait été confiée à M. L. Bary, nature droite, dévouée, véritable type de rarchiviste, dans nn temps où les seules vertus qu'il dût pratiquer étaient la ponctualité et le silence. £n 1814, quand la campagne de France fut entrée dans la période décisive des revers, M. Bary fut mandé un matin de bonne heure au palais des Tuileries. On était au ag mars. La veille, les avant-gardes des alités s'étaient montrées dans les environs et le conseil de régence avait décidé que rimpératrice ne devait pas s'exposer aux hasards d'une dernière bataille. Prête à partir, Marie-Louise fit dire à M. Bary, par le secrétaire de ses commandements, le baron de Méneval, qu'elle ne pouvait songer dans une telle extrémité à se faire suivre des archives du cabinet impérial. Elle ordonnait que les papiers qu'il serait dangereux de conserver fussent brûlés sans retard ; les plus importants, parmi ceux qu'il importait de mettre en réserve, devaient être soustraits, le mieux possible, soit aux chances de pillage, soit aux investigations des souverains étrangers, qui prenaient visiblement position pour forcer l'entrée de la capitale.
Le même jour, au bruit des apprêts tumultueux de la lutte, et le lendemain, pendant que le canon gnmdait aux barrières de la ville, M. Bary s'acquitta courageusement <le ses tristes obligations. Aucune indication précise ne lui avait été donnée, et le triage des pièces à détruire était abandonné avec une entière confiaiuse à sa probité et à son discernement. En honnête homme, il
notre aumdnier l'abbë Majeu, Tex-curë constitutionnel de Saint-Sulpice. Je n*aime pas les sermons; mais tonte ma vie je prierai Dieu chaque
jugea qa*il devait snpprimer les documents qui pouraient défrayer une curiosité malveillante, provoquer ou justifier des vengeances privées. Les rapports des diverses polices, les dossiers des menées anarchiques et drs conspirations royalistes, les notes confidentielles sur le per^ sonnel, pub, dans un ordre d'idées différent, les papiers intimes sur la maison du souverain et snr sa famille formèrent la large part du feu. Au milieu d'une précipitation inévitable, quelques liasses furent sacrifiées par méprise ; d*autres, et notamment les lettres de Louis et de Joseph B<Nuiparte, les incidents du second mariage de Mapolé<m, échappèrent par oubli an brasier qui devait secrètemoftt les consumer.
En même temps, M. Bary, aidé de ses auxiliaires babituek, se hâtait ^e préparer des cachettes. Il ne pouvait en trouver d^assex amples pour dérober à tous les yeus une masse de papiers qui remplit encore dix-huit cents oirtcms, et était alors presque double de ce qu*elle est aujourd'hui. Forcé de chmsir, il mit à paît environ quatre cents liasses qu'il connaissait comme les plus importantes pour l'histoire de la France. C'étaient les minutes des lettres dictées par r£mpereur, ses campagnes en Italie et en Egypte ; c'étaient aussi ses négociations, avec tous les rapports des ministres des relations extérieures. A la suite des salles occupées par l'ensemble des archives s*étendait une galerie demeurée sans emploi : les appuis des fenêtres y furent descellés, les papiers désignés furent enfouis sous la maçonnerie, puis, la porte étant soigneusement refermée, la pièce reprit l'aspect sombre et solitaire d'un logement inhabité.
Après avoir ainsi accompli en silence le double devoir
jour, je Tadorerai; j'aimerai et respecterai mes parents et mon prochain; je chercherai à me corriger de mes défauts, à pratiquer la vertu, h
imposé h sa discrétion, M. Bary s'était assis à son bureau, s*attendaiit à toute heure à recevoir la TÎsite de quelque agent des Russes, des Prussiens ou des Autrichiens, entrés le 3i mars dans Paris raîncn. Un commissaire parut en effet au Louvre le matin du 4 *▼"!« mais au lieu d^étre un étranger, chaigé de mettre à répreure la fidélité patriotique de M. Bary, e*^ait an Français, M. de Yillers, délégué par le gouTernement provisoire, qui venait d'obtenir du Sénat la déchéance de Napoléon. Le nouveau venu n'annonçait qtl'nne mission temporaire, celle de s*assurer du service, de recevoir les clefs, d'apposer partout les scellés d'usage. A Ibrce de questions, il apprit que les répertoires n'existaient plus, il entendit parler de feu et de cachettes. Il rendit c<mipte de ces révélations, et le 7 avril, quand la défection de Marmont eut ruiné les dernières espérances de l'Empire, il revint muni de nouveaux ordres de son gouvernement. Tandis que M. Bary était appelé au ministère de la police pour s'expliquer sur les destructions opérées, M. de Yillers rouvrait les ]>ortes qu'il avait closes la veille, pénétrait dans le local mystérieux, et, sous prétexte de rétablir un inventaire, faisait retirer et remettre en place tous les papiers dissimulés avec tant d'artifice.
On risquait ainsi de les découvrir aux convoitises des alliés, qui pensaient déjà à réclamer les documents de source étrangère amoncelés à Paris par le seul drmt de la conquête. Il était claii* qu'en livrant à des dangers prochains les principales richesses du cabinet impérial, M. de Yillers ne se proposait pas seulement d'en dresser des catalogues. Les sonpçoM de M. Bary prirent bientôt
faire le bien, et je tâcherai d'apporter à Dieu quelques bonnes actions.
M. Majreu (qui a quatre-vingts ans) a prié aujourd'hui pour Napoléon, ce qui ne m'a pas étonné !
Quel ennui! tous mes camarades sont sortis!
J'ai commencé une pièce de yers de circonstance :
Louis, du roi martyr malheureux héritier, Vaincu par le grand nom de ton rival altier.
Fuyait en gémissant une ingrate patrie.
Acceptant des Anglais Thumiliant secours*,
une telle force que ce serviteur intègre, toujours dévoué à son dép6t, et plus ému que le jour où il consommait réguhèrement des sacrifices du moins nécessaires, résolut de dégager ce qui lui restait de responsabilité et de s^adresser au comte d'Artois, ou plutôt au confident du prince, au baron de Yitrolles, dont le crédit balançait alors Tantorité ébranlée du gouvernement provisoire. M. Bary se bornait à des allusions ; mais, sans hésiter, sollicitait la remise entre ses mains d'archives dont il était depuis l'origine le gardien vigilant et qu'il importait, disait-il, de conserver « intactes » jiour éclairer l'bistoire et servir la -monarchie. .Ce vceu ayant été compris et écouté par M. de YitroUes, M. de Yillers fat obligé, le aa avril, de remettre les scellés, cette fois contre lui-même, et un mois plus tard, après le rétablissemoLt solennel du trône, M. Bary reprit oFficielle- ULetfX possession de son poste avec le titre d'archiviste particulier du Roi.