‹ Les cahiers d'un Rhétoricien de 1815Chapitre 42 sur 51 · I. Alors flgé de près de quatre-vingts ans · texte numérisé non relu

I. Alors flgé de près de quatre-vingts ans

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su mort. Mon père en a été le triste témoin. Ma mère est inconsolable; elle a perdu sa seconde mère, qui lui a plus d*une fois saiiyé la vie.

i5 mai. — Je suis appelé pour son convoi. Hélas! je n'ai pas eu le douloureux plaisir de dire à ma tante un dernier adieu! Je la perds pour toujours! Je suis accablé de tristesse.... L'idée de sou bonheur actuel me console un peu. Je ne Toublierai jamais*....

!i3 juin i8i5. — Je venais de composer une mauvaise chanson sur Tincrédulité, et à Tamère ironie politique qui la termine on serait tenté de croire que je pressentais, il y a deux jours, les désastres affreux qui me consternent aujourd'hui : L'Empereur est à Paris! L'armée est presque détruite! La vieille garde a existé!... Cette nouvelle nous accable.... Tous les partis se rallient au cri de : Vive la nation! On demande à aller travailler aux fortifications. Sur le sot refus de nos cuistres, nous nous habillons. Huard et quelques autres séditieux excitent le peuple. Les portes sont enfoncées!... Nous nous élançons en ordre, hors de la prison,

I. Il est assez singulier qu'Emile Bary ne dise pas, clans son mois de mai, que son père fut alors nommé député à la Chambre des représentants par le collège d'arrondissement de Saint-Pol (Pas-de-Calais).

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et, après avoir trayersë les faubourgs ë tonnes, nous débouchons par la barrière d'Italie. Là, on nous donne des armes; on nous mène aux fosses, et le Ijrcëe pioche, bêche, sue, traîne la brouette, s'ëreinte avec zèle ; le tout pour la patiie. M. Clerisseau nous a enroyé des tîvics, et nous sommes revenus au lycée à 7 heures du soir, en électrisant le peuple par les cris multipliés de : Vive la France! Vive la Patrie! mélës de quelques cris insensés de : Vive l'Empereur !... cris qui supposaient qu'on ne pensait plus que l'Empereur venait de faire tuer pour son ambition cent cinquante mille hommes !

Nous apprenons à notre retour l'heureuse nouvelle de l'abdication de Sa Majesté.

Le lendemaiu, nous sommes récompensés de nos travaux patriotiques par une bonne courbature.

3 juillet i8i5. — Le lycée est presque désert. C'est une auberge, où l'on entre et d'où l'on sort ù volonté. Et moi! Il faut que j'y reste! Plus de classes ! Ah ! quel ennui ! non pas parce qu'il n'y a plus de classes..., mais parce que tous les élèves s'en vont, et que je suis presque seul. Il ne me reste qu'une consolation. .. .

FIN DES CAHIERS DVS RHÉTORICIBN.

A la suite de ces petites ëphémérîdes, j*ai re~ trouTë dans le portefeuille de mon père un certain nombre de papiers d'élèves, qui m'ont paru offrir quelque intérêt par les vues qu'ils nous ouvrent sur l'ancienne Université, sur l'esprit des élèves et des maîtres, et même sur celui du Grand-Maître. C'est à ce titre que je donne ici quelques-uns de ces papiers.

USTTaB DE MEMIEUaS LES BHETORICIEHt A M. DE WAILLY.

Monsieur le Proviseur,

Lorsqu'on yous adresse une juste rëclamation, on est sûr d'être écouté. Ces jours derniers, quand il s'agissait de confier a messieurs les proviseurs Texamen des copies du concours, votre délicatesse a refusé, dit-on, de prendre part à un jugement où la gloire de votre famille était intéressée. Aujourd'hui, vos rhétoriciens, les condisciples de votre fils, osent vous prier de renoncer à la correction des devoirs du collège, dans une classe où les succès deviennent importants.

Nous serions très fâchés que quelques personnes malintentionnées pussent jeter des doutes injurieux sur les prix de notre camarade, ou même que plusieurs d*entre nous, vaincus par lui dans les compositions, osassent vous blesser par des murmures, qui, pour être mal fondés, n'en seraient pas moins désagréables. Votre Alfred' lui-même goûterait mieux le

I. Alfred de Wailly, plus tard proviseur lui-même nu lycée Henri IV.

i4o CAHIERS

plaisir des ti'iomphes qu^l mérite, sHl ne restait plus de prétexte à ses rivaux pour les rabaisser.

Ne croyez pas, monsieur, que nous soupçonnions Totre équité. Si par hasard tous corrigiez le devoir d*Alfred plutôt en père quVn juge, c*est que tous seriez aTeuglé malgré tous par une partialité iuTolontaire, dont ne pourraient se défendre les autres parents qui seraient à votre place.

Pleins d*une respectueuse confiance en tous, nous espérons que tous nous donnerez une nouvelle preuTc de Totre justice et de Totre désintéressement, en laissant aux seuls professeurs le soin d'examiner les copies, et en Toulant bien sacrifier vos droits au désir de tous les élèves. Si TOUS décidiez autrement, notre plus grand chagrin ne sera pas de Toir rejeter notre- demande, mais d'apprendre qu'elle a pu vous offenser.

Nous avons l'honneur d'ôtre, avec le plus profond respect et la plus entière soumission,

Vos rhétoriciens internes et externes.

D'UN RHETORICIEN. i4i

CARMEN FUNEEKUM DE VHATRIS CAHISSIMI MORTE.

Ter quinos Agatho jam lunae impie verat orbes. Et jam tentabat dubio vestigia greMu. Jam lepido risa laetam cogooscere matrem Ineipit, et earae nutriei parvula tendit Brachia, blanditurque oculo gestuque loquaci. Quantut bonos ]mero ! piilchri qaae gratia Tultus ! TVonti quale decus ! spirabant ora futuri Ingenii igniculos et nobile mentis acumen.

Crescebat sic ingénu us felicibus infans Auspieiis ; una crescebant gaudia matris ; Gaudia longa parura ! fœdi contagia morbi Corripiunt subito puerum, éradique doltires.

Ilia singultu longo intenduntur, et aegrum Tussis anbela quatit; saivit simul arida febris. Sed multo graviora roanent : nam corpus eodem Tentatar morbo interius; praecordin, fauces, Et linguam cui mox discendum dulce parentis Nomen erat, compressa intrinsecus ulcéra claudunt, Atque alimenta vêtant frngili succurrere Titœ.... Ah ! miserere, Deus ! gemebundam respice matrem, Respice fratemos fletus, luctumque parentis ! Sed frustra ; en oculos pressit vis ferrea lethi. Heu! dilecte puer, non te, nutrice relicta, Aspiciam tenera matris cervice supinum, Dulee onus, aut patriis ridentem baerere lacertis i Crudeli heu fato cadis immaturus et insons !

Jam tellus gremio pueri miserabile corpus, Laetitiamque brevem tenet, et spes hausit inanes.

Émiub L.-F. BARY, Elève de 3" au lycée Napoléon.

Avril i8i3.

i4!i CAHIERS

I.ETTRE ADBESSEB PAR M. OB POKTAlfES A M. AMAR, PROFESSEUR d'ÉMILB BARY.

Paris, le xS jnia i8i3.

Monsieur le Professeur,

J*ai reçu les vers du jeune Bary. Je tous remercie de m'avoir fait connaître ces productions d'un talent naissant, qu'il est juste d'encourager. Comme vous, j*ai trouve dans les deux opuscules du jeune Bary de la sensibilité, de la grâce et de rélégance, et j'ai d'autant plus de plaisir à les louer, que les talents de l'élève sont l'ouvrage du maître, et qu'ils deviennent la récompense la plus flatteuse de son zèle, de ses lumières et de ses soins.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération.

Le Sénateur Grand-Maître de l'Université impériale.

Signé : Fontanbs.

A Monsieur Amew, professeur de la première an" née d'humanités y au lycée Napoléon^ à Paris,

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