‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 21 sur 66 · Antoine - Marie Chaînant comte de La Valette · texte numérisé non relu

Antoine - Marie Chaînant comte de La Valette

^8 OU ^9 mars, — Le 18 mars, Monsieur et M. le duc d'Orléans * arrivèrent de Lyon où ils avaient été envoyés par le maréchal Macdonald ^

ministre de France en Saxe, puis en Hesse, conseiller d'État, directeur général des Postes se retira en 1814, et reprit ses fonctions le 20 mars 1815 et non quinze jours avant. Ferrand, quMl remplaçait, terrorisé depuis le débarquement de l'Empereur, le supplia de lui donner un passeport alors que Napoléon n'était pas encore à Paris. Ce passeport, apporté par Ferrand au procès de La Valette après le retour de Gand, fut une des charges les plus accablantes pour l'accusé qui échappa à la mort grâce au seul dévouement de sa femme. Dans ses Mémoires (p. 129etsq). Ferrand, se défend d'avoir cédé à la peur, mais ce plaidoyer pro domo est tout à fait inexact comme le prouvent la plupart des témoignages des contemporains (Cf. notamment M'"^ de Boigne : Mémoires, t. II, p. 138). La Valette fut gracié en 1820 et rentra en France.

1. Le duc d'Orléans, quoique blâmant le projet, rejoignit à Lyon le comte d'xVrtois et le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, le 8 mars. Ils trouvèrent la garnison prête à rejoindre Napoléon, malgré les exhortations des princes. Dans la place, il n'y avait «pas un canon, pas un fusil, pas une cartouche, pas un grain de poudre et, qui plus est, pas un écu ». Ils repartirent précipitamment alors que Napoléon entrait déjà dans la ville et arrivèrent à Paris le 12. Cf. Le duc d'Orléans : Extrait de mon Journal du mois de mars 1816, (1816), pp. 9 et suiv.'i Ce retour précipité inspira le couplet suivant (cité par Stenger, Le Retour des Bourbons, p. 338) :

Monsieur d'Artois, comme un lion,

Saute de Paris à Lyon ;

Mais l'Aigle troublant ses esprits,

Court de Lyon à Paris,

Monsieur d'Artois, dans les dangers.

Est un Achille-aux-pieds-légcrs.

2. Jean-Étienne- Joseph- Alexandre Macdonald (1765-1840), après une longue disgrâce que lui valut sa fidélité à Moreau, prit part aux guerres de l'Empire, fut nommé maréchal et duc de Tarente après Wagram. Fidèle à Napoléon en 1814, il tenta de faire accepter au Tzar l'abdication conditionnelle de Napoléon et ne se rallia aux Bourbons qu'après avoir perdu tout espoir. Pair de France en 1814, il refusa de se rallier à Napoléon en 1815 et fut

et le duc de Feltre', ils rapportèrent que Bonaparte était entré à Grenoble où Labédoyère^ était allé le recevoir à la tète de son régiment; alors les jactances cessèrent au Château et la terreur l'ut à son comble.

Malgré les belles paroles du Roi aux députés, lorsqu'il vint le l() mars faire l'ouverture des Chambres, nous n'étions pas bien sûrs qu'environné comme il l'était, il voulut en effet attendre aux Tuileries l'arrivée de Bonaparte^.

nommé major général de la gai-de royale et grand chancelier de la Légion d'Honneur. En 1814 il était désigné pour accompagner le duc d'Angoulème dans le Midi mais, devant la gravité de la situation le comte d'Artois lui écrivit de venir le rejoindre à Lyon.

1. Henry-Jacques-Guillaume Clarke comte d'Hunnebourg, duc de Feltre il765-1818), général de division sous la Révolution, gouverneur de Vienne (1805), de Berlin (1806), remplaça Berthier comme ministre de la Guerre (ISOTi. Pair de France et ministre de la Guerre lors du débarquement de Napoléon, il suivit le Roi à Gand, reprit sous la seconde Restauration le portefeuille de la Guerre, institua des Cours Prévôtales et inspira des mesures excessivement rigoureuses contre ses anciens compagnons d'armes. Maréchal de France en 1816, il quitta le ministère l'année suivante.

2. Charles Huchel comte de Labédoyère (1786-1815), après avoir été proposé deux fois pour le grade de général de brigade en 1813, commandait le 7« de ligne à Grenoble en 1815, Napoléon le prit pour aide de camp pendant les Cent-Jours. Arrêté au retour des Bourbons, il fut condamné à mort et exécuté malgré les démarches et les prières de M"'^ de Chastellux, qu'il avait épousée deux ans auparavant.

'6. Dans son discours, Louis XVIII disait : « J'ai travailL^ au bonheur de mon peuple. Pourrai-je à soixante ans mieux terminer ma carrière qu'en mourant pour sa défense; je ne crains rien pour moi, mais je crains pour la France ». Les projets de résis-

7.9 mars. — Eii conséquence M. de Château l)riand se rendit au château pour savoir les nouvelles, il demanda à MM. de Duras ^ et de Blacas s'ils pensaient que le Roi dût partir, ils répondirent que non; cependant tout avait un air de désordre qui n'était pas rassurant. En sortant, mon mari rencontra M. de Richelieu^ et se plaignit de ce qu'on lui faisait un mystère d'un départ dont il était à peu près sûr : « Prenez garde, lui dit-il, on nous trompe; pour moi je vais faire la garde aux Champs-Elysées, car je ne

tance n'avaient pas fait défaut: Blacas proposait d'aller au-devant de Napoléon; Marmontde s'enfermer aux Tuileries et de se laisser assiéger. Le départ fut si précipité que Jaucourt, ministre des Affaires Etrangères par intérim, oublia d'emporter le traité secret du 3 janvier qui unissait la France, l'Angleterre et l'Autriche contre la Russie et Blacas, les lettres que Talleyrand écrivait de Vienne.

1. Amédée-Bretagne-Malo de Durfort marquis puis duc de Duras (1771-1838), nommé, pendant l'émigration, premier gentilhomme de la Chambre, avait épousé, en Angleterre, Claire de Kersaint. Il reprit ses fonctions à la cour en 1814, devint maréchal de camp, pair de France, chevalier du Saint-Esprit. Il abandonna la vie politique en 1830.

2. Armand -Emmanuel-Sophie-Septimanie du Plessis duc de Richelieu (1766-1822) prit du service en Russie pendant la Révolution, et devint gouverneur d'Odessa qu'il avait fondée. Rentré en France en 1814, il suivit le Roi à Gand et accepta la présidence du conseil des Ministres après le départ de Fouché. Ministre des Affaires Étrangères (1815-1818), il collabora au relèvement matériel et moral de la France, aidé par la confiance du Tzar. 11 revint au pouvoir en 1820 et prit les mesures demandées par les royalistes après l'assassinat du duc de Berry, ce qui n'empêcha pas l'extrême droite de se coaliser contre lui avec la gauche pour l'obliger à quitter le ministère.

compte 'pas attendre, tout seul, l'Empereur aux Tuileries. »

Comme de mon côté j'étais très inquiète, j'avais prudemment fait préparer notre voilure et j'envoyai un de nos gens au Carrousel avec ordre de ne revenir que lorsqu'on aurait la certitude que le Roi était parti, car j'étais bien sûre qu'il partirait malgré les belles protestations. A minuit environ, ne voyant pas revenir le domestique, nous prîmes le parti d'aller nous coucher : nous venions de nous mettre au lit quand un député de nos amis^ vint nous prévenir que le Roi était parti et qu'il se dirigeait sur Lille; il tenait cette nouvelle du Chancelier qui lui avait demandé le secret avec la permission de le dire seulement à M. de Chateaubriand, qu'il savait fort en danger en restant à Paris et auquel le Roi avait chargé M. Dambray^ de remettre 12.000 francs pour son voyagea Le Chancelier remit aussi à Clausel

1. Clausel de Coussergues (Mémoires ci' Outre-Tombe, t. III, p. 492).

2. Châties- Henri Dambray (1760-1829), avocat général au Parlement de Paris avant la Révolution, député au Conseil des Cinq- Cents où il refusa de siéger. Louis XVIII le nomma chancelier de France, garde des Sceaux; il ne conserva plus tard que la présidence de la Chambre des Pairs où il demeura jusqu'en 1827.

3. Chateaubriand obtint cette somme qu'il toucha quelques jours plus tôt à valoir sur ses appointements de ministre en Suéde sur les instances de M™* de Duras : celle-ci dut supplier Vitrolles, peu favorable à l'écrivain, et qui prétextait, pour refuser,

une somme de... pour être distribuée le lendemain à MM. les principaux membres de la Chambre des Députés. Cependant mon mari, qui ne voulait pas absolument quitter Paris sans être sûr de la fuite du Roi, disputait encore et voulait attendre le jour, pour s'assurer par lui-même de la vérité, lorsque heureusement l'homme, que j'avais envoyé à la découverte, revint et nous donna, sur le départ des voitures du Roi, des détails qui ne nous laissaient aucun doute.

20 mars, — Après cela nous n'étions pas tentés d'attendre Bonaparte à Paris: il aurait fait passer de mauvais moments à mon mari et il l'aurait puni avec autant de raison que les Bourbons avaient mis d'ingratitude à ne pas le récompenser. Nous prîmes donc notre parti et, le 20 mars à une heure du matin, nous montâmes en voiture, avec un passeport qui nous avait été donné d'avance en blanc et que nous remplîmes

que celui-ci n'était pas le seul dans une position aussi périlleuse. ['Cf. Mémoires d'outre-iombe, t. III, p. 492; Bardoux, p. 178 et ViTROLLES, Mémoires, t. IL p. 345 et suiv.). Voici le reçu que signa Chateaubriand : « Je prie M. le baron de la Bouillerie, de remettre à M. le vicomte de Chateaubriand la somme de douze mille francs. — B. P. 12.000 francs. — Paris, le 12 mars 1815. Signé: Blacas d'Aulps. — Pour acquit de la somme de douze mille francs. — Paris, le 12 mars 1815. — Signé: le Vjcomïe de Chateaubriand. — (Doc. inéd. Arch. Nat. 0^627).

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avec le nom de M. et M'"^.., négociants à Louvain. Nous nous fîmes conduire avec nos chevaux jusqu'à Luzarches où nous éprouvâmes déjà quelques difficultés pour avoir des chevaux de poste.

Nous rejoignîmes le Roi à... lieues de Paris ; le départ avait été si précipité et les ordres si mal donnés que les gardes du corps ne savaient s'ils accompagnaient la voiture de Sa Majesté ou celle d'un grand nombre de personnes qui fuyaient à sa suite. La nuit était tellement noire que les chevaux barraient les chemins aux voitures et les voitures aux chevaux. Les chemins étaient affreux, les cavaliers enfonçaient dans la boue^ Chacun se demandait : où allons-nous ? Où est le Roi? Où va-t-il? Nous savions, par le Chancelier, qu'il allait à Lille mais nous ignorions la route qu'il prendrait^; il prit celle de Reauvais et nous, à cause de la difficulté des chevaux, nous suivîmes celle d'Amiens.

Comme j'étais depuis longtemps malade et que la voiture me fatiguait horriblement, nous fûmes obligés de nous arrêter pour coucher à Arras. Il pensa nous y en arriver malheur. Nous fûmes reconnus lorsque le matin nous envoyâmes de-

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