Morceau à refaire ». (Manuscrit A
2. « Encore le Roi ne se décida-t-il qu'à Abbeville d'une façon définitive » (Duc d'Orléans, p. 85. i
mander des chevaux ; le maître de poste répondit que nous n'en aurions pas, qu'ils étaient retenus
pour le général qui allait porter à Vienne la
nouvelle de l'arrivée de l'Empereur et Roi à Paris, et que M. de Chateaubriand n'avait qu'à se reposer en attendant. D'après cette réponse, qui nous prouva d'abord que nous étions reconnus, nous craignîmes avec raison qu'on ne voulût nous retenir pour nous faire arrêter; en conséquence mon mari alla lui-même à la poste et, avec de l'argent qu'il donna à un postillon, il leva les difficultés : un quart d'heure après, nous étions sur la route de Lille avec les chevaux du général.
A Amiens, nous fûmes parfaitement accueillis. Cette ville s'est montrée fort bonne dans les Cent- Jours : nous la trouvâmes dans la consternation ; mais je ne sais dans quelle autre petite ville nous eûmes beaucoup de peine à passer; la populace était déjà assemblée et courait les rues en criant : « Vive l'Empereur! » et en vociférant contre la famille royale. Ce fut dans ce petit endroit que nous apprîmes positivement que le Roi allait en Flandre.
Arrivés aux portes de Lille, le 23 juin à . . . heures ^ du matin, nous trouvâmes les portes fermées avec ordre de ne les ouvrir pour personne. Aux
1. A deux heures du matin. (Mémoires d'Outre-Tombe, t. III, p,493.)
portes, on ne voulut jamais nous dire si le Roi n'était pas dans la ville, ni se charger d'une lettre que M. de Chateaubriand venait d'écrire au commandant de la place. Nous fûmes donc obligés, après nous être reposés un moment dans un mauvais cabaret, de nous remettre en route et de nous rendre à Tournai. Là nous apprîmes que le Roi était bien certainement à Lille, qu'il y était entré avec le maréchal Mortier * et qu'il comptait s'y fortifier. M. de Chateaubriand écrivit donc à M. de Blacas, qui était auprès du Roi, pour qu'il
lui fît envoyer une permission du pour être
reçu dans la place ; il envoya cette lettre par un
commissionnaire à franc étrier, qui revint
heures après et lui remit une permission du commandant, mais sans un mot de M. de Blacas.
1. Adolphe-Edouard-Casimir- Joseph Mortier (1768-1835) prit part à toutes les campagnes de 1792 à 1814, maréchal de France (1804), duc de Tré^ise (1808), et défendit Paris avec Marmont, refusa de signer la capitulation et adhéra au gouvernement des Bourbons. Pair de France, chevalier du Saint-Esprit (1825), il se rallia à Louis-Philippe qui le nomma ambassadeur à Pétersbourg, grandchancelier de la Légion d'Honneur, ministre de la Guerre. Il mourut victime de l'attentat de Fieschi.
En 1814, quand Louis XVIII arriva à Lille, Mortier, qui commandait la 16e division militaire, lui représenta que les troupes étaient hostiles aux Bourbons et le supplia de partir. De plus, il avait, diton, reçu une dépèche lui enjoignant de faire arrêter le Roi. Par loyauté il n'en fit rien, mais accompagna Louis XVIII jusqu'au glacis de Lille et le quitta après lui avoir remis sa démission. (Cf. Duc d'Orléans, p. 108 et suiv.).
Cependant, sans aucun soupçon, mon mari allait monter en voiture pour se rendre à Lille, lorsque M. le prince de Gondé^ arriva et nous dit qu'il venait de Lille, qu'il n'avait quittée qu'après le départ du Roi, qui allait dans les Pays-Bas ; il ajouta que le maréchal Mortier, qui restait derrière, le faisait accompagner jusqu'à la frontière. Ce général l'aurait fait arrêter peu de jours après.
D'après les détails que nous venions de recevoir du prince de Gondé, il était clair que S. M. était déjà partie lorsqu'on reçut à Lille la lettre de M. de Ghateaubriand et que la permission envoyée n'était qu'un piège pour l'attirer et le livrer à Bonaparte.
M. le duc d'Orléans arriva à Tournai peu de moments après le prince de Gondé, il était fort mécontent et ne s'en cachait pas ^. Pour le vieux prince
1. Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-1818), maréchal de camp, prit une part active à la guerre de Sept Ans ; adversaire de la Révolution qu'il combattit dans un mémoire au Roi, il émigra et organisa l'armée dite de Condé. Rentré en France en 1814, il suivit le Roi à Gand et, après Waterloo, se retira à Chantilly. «Les choses étaient un peu brouillées dans sa cervelle; il confondait les hommes et les époques. » (Puymaigre, Souvenirs, p. 176 ; Mémoires d' Outre-Tombe, t. III, p. 494.)
2. «Un des plus graves sujets de haine du duc d'Orléans contre la famille royale, c'est la manière dont le Roi se comporta avec lui à Lille en lui ôtant le commandement de la place (ou des troupes ». (Note du manuscrit A.) Le duc d'Orléans se trouvait dans une position assez fausse. Déjà en 1814, son nom avait été prononcé pour recueillir la succession ouverte par la chute de Napoléon et, pan-
il était beaucoup })lus occupé de son dîner qu'affligé de sa seconde émigration. En partant (quelques heures avant nous), il nous chargea de recommander le café de l'auberge à ceux de sa maison qu'il avait laissés derrière lui et qui allaient arriver. De Tournai, nous allâmes à Bruxelles, pensant y trouver le Roi; on nous dit qu'il était à Gand. Ce ne fut pas la faute de MM. de Duras et de Blacas% si Louis XVIII prit le parti très sage de ne pas aller en Angleterre. On le doit à Monsieur qui
dant la première Restauration, il avait été Fespoir des mécontents. Toutefois, le prince, au retour de Lyon où il s'était rendu à son €orps défendant, avait été nommé au commandement des troupes stationnées dans le département du Nord. Il se trouvait à Lille quand y arriva le Roi fugitif; il ne lit rien pour tranquilliser Louis XVIII quïl n'accompagna pas en Belgique. Il se retira en Angleterre, comme s'il entendait ne pas se solidariser avec la branche aînée, et demeura dans ce pays malgré les appels réitérés et impérieux du souverain. Avant de quitter Lille, il dit, envoyant la cocarde tricolore, arborée par les troupes : « Je ne me suis jamais battu que pour celle-là. » Cette conduite ambiguë et les intrigues de Fouché, qui faillirent lui donner le trône après Waterloo, firent tenir le duc d'Orléans longtemps en suspicion sous la seconde Restauration. iCf. Duc d'Orléans, Extrait de mou Journal. Cet opuscule, publié en Angleterre en 1816, n'était autre chose qu'un plaidoyer justificatif : les assertions très intéressantes qu'ils contient sont donc à contrôler. — Romberg et Mallet, Louis XVII I et les Cent-Jours à Gand, t. I, p. 230; Metternich, Mémoires, t. II, p. 515 ; ViTROLLES, Mémoires, t. II, p. 296; Barante, Souvenirs, t. II, p. 120; PoLOVTZOF, Correspondance... des Ambassadeurs... de Russie en France..., 1. 1, passim.)
1. Blacas était cependant partisan de la résistance, car à ses yeux, le départ du Roi hors de France ressemblait à une fuite. Cf. Castellane, t. II, p. 236.)
obtint qu'il restât sur le continent; il donna là un très bon conseil, peut-être le seul bon que le Roi ait reçu de son frère.
Cependant la petite armée du duc de Berry, composée de troupes rassemblées à Melun, ne put l'accompagner à Gand ; le roi des Pays-Bas ne permit qu'à deux cents hommes seulement d'entrer sur son territoire; l'armée fut donc licenciée et M. le duc de Berry fut cantonner à Alost (deux lieues de Gand) avec son petit bataillon et quelques volontaires qui l'avaient suivi *.
Les maréchaux Victor-, Berthier^ Marmont
1. L'armée du duc de Berry se composait de : gardes du corps, 802 hommes ; maison du roi, 602 hommes ; volontaires royaux, 125 hommes ; cavaliers démontés et infanterie, 58 hommes. On s'efforçait de provoquer la désertion dans les troupes françaises en promettant 80 francs aux cavaliers et 20 francs aux fantassins qui rejoindraint l'armée royale. (Cf.. Henry-Houssaye, -/é^/o, t. II, p. 475.)
2. Claude-Victor Pétrin duc de Bellune (1766-1841), engagé volontaire (1792), maréchal de France après Friedland, se rallia aux Bourbons qu'il suivit à Gand. « On le voyait à peine, écrit Chateaubriand, je ne sais si on lui fit jamais la grâce et l'honneur de l'inviter une seule fois au dîner de S. M. » (Mémoires d'Outre- Tombe, t. III, p. 500.) Le ce bon duc de Bellune » ressentit très vivement ces procédés de Louis XVIII et de ses conseillers qui, pour le faire revenir près du Roi, durent employai* l'intermédiaire des Alliés (RoMBERG et Mallet, Louis XVIII et les Cent-Jours à Gand, t. II, passim.) Pair de France, ministre de la Guerre (1823), il resta fidèle aux Bourbons après 1830.
3. Louis- Alexandre Berihier (1753-1815) prit part à la guerre d'Amérique et aux campagnes de la Révolution; maréchal de France
et le général BorclesoulJe ^ suivirent le Roi à Gand. Tous, excepté Marmont^ qui avait été comblé comme infidèle à sa cause, avaient été assez mal traités par la cour ; il ne le furent pas mieux dans l'exil : Bellune surtout éprouva tant de désagréments à Gand qu'il fut obligé d'aller à Aix-la- Chapelle, sous le prétexte d'y prendre les eaux, et il ne revint qu'au moment où il crut que le Roi allait de nouveau avoir besoin de ses services.
Nous passâmes quelques jours à Bruxelles où nous retrouvâmes M. le prince de Gondé. Voici ce qu'il racontait : deux jours avant son départ de
en 1804, prince de Neuchatel et deWagram, rallié aux Bourbons, pair de France, il ne servit pas Napoléon aux Cent-Jours et, après un court séjour à Gand, se retira en Bavière, àBamberg, où il mourut d'une façon dramatique.
1. Etienne Tardif de Pommereaux comte de Bordesoulle (^1771- 1837) prit part aux campagnes de Révolution et de TEmpire, général de division (1812), commandant la cavalerie de la garde rovale (1816), il fut mis à la tête du corps de réserve de l'armée d'Espagne (1823) et contribua à la prise du Trocadéro ; à son retour il fut nommé pair de France.
2. Augiiste-Fréderic-Louis Vicsse de Marmont (1774-1852), maréchal de France, duc de Raguse, chargé par Napoléon en 1814 de protéger Fontainebleau, passa avec ses troupes dans les rangs des Alliés. Pair de France, capitaine des gardes du corps, il suivit le Roi à Gand. Disgracié un moment après l'insurrection de Lyon (1817), il représenta la France au couronnement du tzar Nicolas I" (1826). Il essaya en vain, comme commandant de la place de Paris, de lutter contre la Révolution de 1830. Rayé de la liste des maréchaux par Louis-Philippe, il alla mourir à Venise, après avoir été chargé pendant quelque temps de l'instruction du duc de Reichstadt.
Paris, il reçut une lettre qui le frappa, lorsqu'en l'ouvrant, il reconnut l'écriture de Louis XVI ; elle était de Louis XVII qui, pour preuve de sa légitimité royale, rapportait des faits assez curieux de son enfance et citait des particularités, qui ne pouvaient avoir été connues que de lui et de sa sœur^
Nous vîmes aussi un moment à Bruxelles lord Wellington et nous y laissâmes M. de la Tour du Pin ^ et M. de Richelieu, qui venaient, je crois, de quitter Monsieur à Béthune et qui s'exprimaient sur son compte de la manière la plus brutale et en même temps la plus inconvenante, s'oubliant
jusqu'au point de l'appeler un j...-f Il nous
dit qu'il s'en allait en Russie ^, ne voulant plus
1. Ces lignes sont un des premiers témoignages en faveur de la survivance de Louis XVII. Sans vouloir aborder ici une pareille question, il semble néanmoins que le récit de M"* de Chateaubriand nVst qu'une anecdote curieuse, mais sans grande valeur. L'auteur, en la racontant aussi brièvement la jugeait telle et son mari n'en fait aucune mention. D'ailleurs l'étal mental du prince de Condé expliquerait à lui seul le peu de véracité qu'on prétait à cette nouvelle.
2. F rèderic-Louh- Séraphin marquis de la Tour du Pin-Gouvernet, (1758-1837), aide de camp de La Fayette en Amérique où il se retira pendant la Révolution, devint préfet de l'Empire, se rallia aux Bourbons et fut envoyé au Congrès de Vienne comme secrétaire. Nommé pair de France (1815), ministre plénipotentiaire à La Haye, ambassadeur à Turin, il refusa de se rallier à Louis- Philippe et vécut dans la retraite.