‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 31 sur 66 · CL supra, p, 203, note · texte numérisé non relu

CL supra, p, 203, note

M. de Chateaubriand. C'était un moyen de se rallier à l'opinion publique que ceux surtout qui avaient été au pouvoir ou avaient servi le pouvoir, perdraient inévitablement. On se servait de mon mari aussi longtemps qu'on le croyait nécessaire et, l'édifice élevé ou relevé, on brisait l'instrument. On ne croyait pas pouvoir arriver sans lui, mais la vanité et l'ingratitude ne permettaient pas qu'on eût besoin de ses conseils ni de sa plume pour l'établir d'une manière stable. On peut dire qu'il a fait presque tous les ministres, ceux du moins qui, par leur rang ou les opinions qu'ils professaient pour un temps, semblaient être des hommes agréables à la nation . C'est parmi ces hommes que M. de Chateaubriand a trouvé ses plus grands ennemis : Mole, Villèle, Corbières, Richelieu, Pasquier, Vaublanc, Montmorency, Polignac et surtout ce Damas ^ qu'il a créé presque de force. Le Conseil n'en voulait pas.

1. Villèle constate lui-même, non sans quelque surprise, que Damas, entré au Conseil grâce à Chateaubriand, se félicita hautement du renvoi de son protecteur et déclara que « si le Roi n'avait pas pris ce parti, il avait, pour sa part, formé la résolution de signifier à M. de Chateaubriand, à la première réunion, qu'il fallait que l'un ou l'autre sortît car il était bien décidé à ne pas siéger avec lui » ! iVillèle, t. V, p. 40.) Au reste il semble bien que les variations du « candide M. de Damas » aient été choses fréquentes et que « la tête du baron, ainsi que les girouettes, tournait à tous vents. » iCf. Cussy, t. I, p. 392.)

ni le Roi, mais comme il fallait remplacer Bellune (injustement [traité] par le Dauphin)^ par un royaliste, mon mari insista et, comme on n'avait pas encore envie de le fâcher, on finit par céder

1. Quelques jours a\ant Tentrée des Français en Espagne, le duc d'Angoulême, oommaiulant en chef du corps expéditionnaire, partit de Paris pour rejoindre Tarmée. A son arrivée, il constata le manque d'appro\isionnement et s'en plaignit à Villèle, qui suggéra au ministre de la Guerre d'aller sur place remédier à cette pénurie. Le duc de Bellune fut très mal reçu par le prince, car, entre temps, un officier d'ordonnance du géni'ral. Guilleminot, clief d'état-major de l'armée, avait été compromis dans un pseudocomplot bonapartiste et arrêté. Le duc d'Angoulême couvrit ses subordonnés et fit retomber sa colère sur le maréclial. Pour compléter les approvisionnements, des marchés onéreux furent passés avec le banquier Ouvrard, à l'insu du ministre de la Guerre; d'autre part, à Paris, on profitait de son absence pour essayer de lui enlever son portefeuille. Par un compromis, Villèle, auteur peut-être bénévole de ces difficultés, les aplanit pour un temps, mais, pendant toute la campagne, les rapports du prince et du maréchal s'envenimèrent au point que le duc annonça qu'à son retour à Paris, il refuserait de voir le ministre. Villèle se trouvait donc forcé de remplacer son collègue, sans toutefois rompre avec la majorité de droite qui soutenait le maréchal et sur laquelle s'appuyait le Cabinet. Le 19 octobre, le duc de Bellune démissionna. Le Conseil hésita longtemps sur le choix du successeur. Chateaubriand, ami de l'ancien ministre et qui trouvait cependant trop fortes les exigences du prince, proposa le baron de Damas et insista pour faire admettre ce choix, dans l'espoir très vain d'ailleurs, de plaire au comte d'Artois et à son fils. On nomma Bellune ministre d'Etat et on lui offrit l'ambassade de Vienne qu'il n'accepta pas, tandis que le général Guilleminot était nommé ambassadeur de France à Constantinople. (Cf. Villèle, t. 111, passim, particulièrement pp. 290, 296, 301 et t. IV, p. 430 et sq.; Pasquier, t. V, pp. 501, 505; M"'« de Boigne, t. III, p. 124; Chateaubriand, Le Congrès de Vérone, t. II, passim et part, pp. 284, 289).

parce qu'il menaça de sa démission si on nommait [DigeonJ qui était le choix de Villèle*.

48 avril 1827. — Revue que Charles X fit au Champ de Mars ; dévouement de la Garde Nationale à un bataillon près, qui fut, dit-on, licencié en se permettant de crier : « A bas Villèle ! » Le Roi, qui n'avait pas fait attention à ce cri de lèse-ministère et très satisfait de la revue, en témoigna sa satisfaction au duc de Reggio. Mais la revue finie, on indisposa Madame la Dau'phine, princesse implacable, contre la Garde Nationale, en lui disant qu'un bataillon lui avait manqué de respect en criant devant elle : « A bas Villèle » ^, et

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