Rue de rUniversité, n» 18. y> (Note de rAuteur
2. Etienne Tes^eijre de Boîsbertrand (1780-18581, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, directeur des établissements d'utilité publique, commissaire général de la police à Bordeaux, député de la Vienne (1824-1831), soutint avec beaucoup d'intransigeance les ministères Villéle, (notamment dans TafTaire (\e> marchés Ouvrardi et Polignac. Il pr-êta serment à Louis-Philippe-, mais se retira de la vie politique. Chateaubriand l'avait protégé en 1822 et Tavait recommandé à Villéle, parce qu'il se plaignait « et avec raison, d'avoir été comme destitué d€ l'Ecole Polytechnique ». (Villéle, t. III, p. 103.)
faire le bien sans s'embarrasser des intrigues qui se formaient autour de lui, et des intrigants, la pire espèce d'espions possible, qui ne cessaient de l'obséder et d'aller rapporter à qui de droit tout ce qu'ils avaient ou n'avaient pas entendu. M. de Rougé^ étaient un des affidés les plus souples et les plus exacts-; Yillèle etCorbières^ avaient une jalousie forcenée contre M. de Chateaubriand. Jls connaissaient ses talents, sa lo3^auté et la popularité dont il jouissait, mais le mesuraient toujours un peu à leur hauteur; ils ne pouvaient le supposer dénué d'ambition et ils étaient convaincus qu'il visait à la présidence. D'après cette idée, ils
1. Adpien-Gahriel-Vlcturnien comte de Rougé (1782-1835), députa delà Somme (1815 et 1824-1827), pair de France (1827), rentra dans la vie privée en 1830. Il avait soutenu Villèle de tout sou pouvoir. M"» de Rougé réunissait dans son salon un certain nombre de membres de la Congrégation, dont son mari faisait partie.
2. a Voir le pauvre Agier par bavardage et par intérêt personnel; Sosthène de la Rochefoucauld par platitude, jalousie et méchanceté ; un certain Dufourgerais, député, Castelbajac, Talaru, Mathieu de Montmorency. » (Note de l'Auteur.)
3. Jacques-Joseph-Guillaume-François- PietTe comte de Coi'bières, (1767-1853), député au Conseil des Cinq-Cents, se rallia aux Rouret s'attacha à la forlune de Villèle. Député (1815-1828), doyen de la faculté de droit de Rennes (1817), ministre de l'Instruction Publique (1820) puis de l'Intérieur (1821), pair de France, se retira après 1830. Corbières dont Chateaubriand n'aimait pas « l'esprit malfaisant » et, bien que l'influence de l'écrivain lui eut été d'un précieux secours pour arriver au ministère, fut un des artisans les plus décidés du renvoi de son ancien protecteur.
se liguèrent plus que jamais pour tâcher d'entraver toutes ses opérations et le perdre surtout auprès du Roi et de Monsieur. Auprès de ce dernier la chose n'était pas difficile : il aimait la charte, c'était un crime irrémissible aux yeux de ce faible prince. Le Roi n'était pas aussi facile à tromper et d'autant plus que les manières grossières et bourgeoises du breton et du gascon lui déplaisaient autant que le ton de franchise, joint aux bonnes manières de M. de Chateaubriand lui plaisaient. Il fallut donc un temps assez considérable (dix-huit mois) pour amener un prince, homme d'espril, à renvoyer un ministre sur lequel on ne pouvait trouver rien à dire, que tous les partis indépendants aimaient et à qui tout ce qui n'était pas mû par intérêt personnel, rendait justice. Le reste du ministère, qui s'était montré tout de flamme pour mon mari, voyant que le suivre n'était pas le chemin de la faveur, l'abandonnèrent et se rangèrent dans le conseil du côté de Villèle, qui rarement ouvrait un avis qui eût le sens commun. M. Peyronnet^ comme un des plus ambitieux
1. Pierre-Denis de Peyronnet (1778-1854), avocat ignoré à Bordeaux, se fit remarquer par ses manifestations royalistes au moment du départ de la duchesse d'Angouléme (1815); procureur du Roi à Bourges (1816), procureur général à Rouen, député (^1820), ministre de la Justice (1821), il proposa les lois antilibérales, notamment la fameuse loi dite de justice et d'amour. Pair de France
20(i MADAME DE CHATEAUBRIAND
devint 1111 des plus hostiles; Lauriston ^ dit amen et Digeoii^, ministre de la Guerre par intérim, resta loyal. Ce ne fut que lorsqu'il fut remplacé par M. de Damas ^ que M. de Chateaubriand se trouva seul dans le Conseil de son avis; s'il avait été suivi, peut-être ou plutôt sûrement, nous n'en serions pas où nous sommes.
On ne peut pas faire sa destinée ! Croirait-on que ce fut M. de Chateaubriand, qui, envers et contre tout le Conseil et surtout Yillèle qui n'en voulait pas, fit nommer M. de Damas, en remplacement de M. de Bellune si injustement renvoyé. Mon mari déclara que, si on mettait un homme suspect à ses opinions pour succéder au duc de Bellune, il allait donner sa démission et,
i,1828i, il remj)lara M. de Montbel au ministère de Flntérieur (1830), signa les ordonnances de Juillet et, condamné à la prison perpétuelle, fut amnistié en 1836.
1. Jacques- Ak'JMndrc-Bernard L<iw de Laurhton (1768-1848'i, général de divisiun (1805), aide de camp de Napoléon, ambassadeur de Russie 1I8II), pair cle France il815i, ministre de la Maison du Roi (1820), maréchal de France, démissionna de son portefeuille pour accepter la charge de Grand Veneur (1824). Son attitude, assez peu précise, n'a jamais permis de fixer à quelle fraction politic[ue il appartenait.
%. Âlexandrc-EHsaheth-Mlchel Dlfjcon (1771-1826), général de division il813), pair de France il815i, se signala par la \iolence de ses opinions royalistes ; ministre de la Guerre par intérim pendant le séjour du duc de Bellune dans le Midi il823), il commanda en chef le corps d'occupation en Espagne il824).
eomrne dans ce moment la guerre d'Espagne dont Villèle n'eût pu se tirer et les relations qu'on savait que mon mari avait avec Alexandre \ le retenaient, on céda dans une chose qu'on savnit
1. Les relations de Tempereiir Alexandre avec Chateaubriand furent, au Congrès de Vérone, une des causes de Thostilité qui régna entre le plénipotentiaire et son collègue Montmorency. La lettre suivante, adressée par Xesselrode à Chateaubriand, témûi;:;ne des sentiments du Tzar pour le ministre français :
« Monsieur le Vicomte,
» J'ai reçu la lettre que Votre Excellence a bien voulu m'adresser en date du 28 janvier et je l'ai portée à la connaissance de l'Empereur ; celle que vous écrit sa Majesté Impériale vous prouvera, Monsieur le Vicomte, que vos principes avaient été approuvés avant même que des déclarations solennelles vinssent offrir à l'Europe une heureuse garantie des intentions et de la marche du Gouvernement Français. Le général Pozzo est chargé de vous témoigner avec quel intérêt sa Majesté Impériale a lu le discours du Roi, ainsi que la correspondance qui m'a été communiquée de votre part. Des mesures de Aigueur et de courage font seules le salut des Etats et l'Empereur se félicite sincèrement de voir que celles, qui \iennent d'être adoptées par Sa Majesté Très Chrétienne, portent ce caractère et pour la France et pour l'Espagne. Organe des vœux que forme mon Auguste Maître pour que les mêmes succès continuent à couronner vos utiles efforts et de la détermination où il persiste de prêter au Roi l'appui le plus constant et le plus amical dans la lutte à laquelle se prépare Sa Majesté, je ne saurais ouvrir sous de meilleurs auspices mes nouveaux rapports avec votre Excellence, ni trouver plus agréable de lui présenter l'assurance des sentiments de ma plus haute considération.
■ >i Signé: Nesselrode.
» Saint-Pétersbourç, 6/18 février 1823. »
(Document inédit ; archives de M. le vicomte de Vesins. Cf. Chateaubriand, le Congrès de Véi^ne, passim eC Nesselrode, Lettres et Papien..., t. VI p. 158 et 159.)
pouvoir changer; ce qu'on ne fit pas, le dit Damas ayant pris la marche sûre pour rester en place, ce qui n'était pas celle de la reconnaissance. Ce Damas avec Polignac^ sont les deux hommes qui ont fait le plus de mal à la France, je n'en excepte pas Villèle.
Note pour le Minislère {^82L) — Ne pas oublier les raisons que les croyants de Villèle voulurent donner pour le renvoi du ministère:
1° M. de Chateaubriand était en î^apports intimfs avec Decazes (c'est le Dufourgerais^ qui racontait cela en Bretagne) ;
2^^ M. de Chateaubriand avait des dettes et ne
1. Chateaubriand disait en février ou mars 1821 à M. de Cussy : « M. de Polignac sera un jour, vous le verrez, le canal de toutes les faveurs et de tout pouvoir en France. Ce sera un très grand malheur. C'est un esprit étroit et il ne connaît pas les Français » (Cussy, p. 72 et 258). Cette « prophétie» formulée et recueillie longtemps avant 1830, témoigne que les sentiments hostiles de Chateaubriand envers Polignac ne provenaient pas, comme on aurait pu le croire, de l'attitude du président du Conseil durant les derniers temps de la Restauration, mais d'une appréciation fondée sur la connaissance du caractère de ce personnage.
2. Jean -Baptiste -Laurent Garnier-Dufourgerais (1768-1843), commerçant à Saint-Malo, emprisonné en 1812 pour ses opinions royalistes, député d'Ille-et-Vilaine (1815-1828), combattit Decazes, se lia avec Corbières dont la protection le fit nommer questeur de la Chambre (1823) et bibliothécaire du ministère de l'Intérieur. Réélu en 1827, son élection fut annulée et il échoua l'année suivante.
pouvait pas les payer, ce qui ne pouvait aller à un ministre du Roi. (c'est Villèle lui-même * qui contait cela à Toreille de ceux qui s'étonnaient d'une telle injustice).
Le soir du jour que nous sortîmes du Ministère, tout Paris vint à notre portée
Bé flexion pour la rue de V Université^ . — Tous les aspirants ejt tous les mécontents accouraient chez
1. Les raisons que donne ici Fauteur ne sont qu'accessoires; toutefois, la mise en avant des dettes de Chateaubriand est intéressante en ce qu'elle combat les allégations de Vitrollesqui, dans ses Mémoires, parle de sommes d'argent données par le comte d'Artois à l'écrivain. Chateaubriand, comme VitroUes lui-même et de nombreuses personnes, reçut des donations royales, mais il ne fut pas, comme le prétend le mémorialiste, plus favorisé que d'autres. En effet, s'il en avait été ainsi, Villè'.e n'eût pas manqué de compléter son insinuation et l'auteur se fût bien gardé d'y rien changer en la rapportant, afin de montrer la fourberie du ministre. Les vraies causes du renvoi de Chateaubriand sont le désir qu'il avait de devenir président du Conseil, sa rivalité avec Villéle sur nombre de points (affaire des décorations, affaire de Grèce, etc.), enfin son opposition à certaines initiatives de son collègue, notamment à la conversion de la Rente, qui rendaient illusoire l'homogénéité du Cabinet. L'ambition de M""" de Chateaubriand excitait celle de son mari et l'encourageait dans son attitude; mais le Roi et surtout le comte d'Artois soutenaient Villèle: Chateaubriand se brisa contre cette coalition. (Cf. Vitrolles, t. II, p. 461 et sq.; Chateaubriand, le Congrès de Vérone, t. II, p. 377; Pasquier, t. V, p. 558 ; Villèle, t. V, p. 30, 38 et sq.; Hyde de Neuville, t. III, p. 219 ; Rarante, t. III, p. 98; Castellane, t. II, p. 202.)