‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 44 sur 66 · Lambruscliini · texte numérisé non relu

Lambruscliini

2. Le comte de la Celle (1779-1841), né en Belgique, officier cFor- (lonnance de Napoléon, conseiller d'État (1806), préfet du Zuyderzée (1810). Lors de la création du royaume des Pays-Bas, il fut envoyé comme ambassadeur à Rome, où il négocia le Concordat qui règle les rapports de la Papauté avec la Belgique et la Hollande. Séparatiste en 1830, il prôna la candidature du duc de Nemours au trône belge, puis se relira en France où il se fit naturaliser (1832).

3. Les traités de Vienne avaient réuni la Belgique et la Hollande sous le nom de royaume des Pays-Bas. Le 25 août 1830, à la suite de l'effervescence suscitée par la Révolution de Juillet à Paris, les Bruxellois se soulevèrent La ville, un instant reprise par les Hollandais, dut être évacuée, et le 3 octobre un gouvernement provisoire proclama l'Indépendance de la Belgique.

81 août 1830. — C'est M. Lowembruck d'abord qui a été le supérieur de l'Association de Saint- Joseph, ensuite M. de Bervanger : l'un et l'autre ont touché énormément d'argent pour cette œuvre et tous les deux ont fait beaucoup de dettes et ont rempli Paris de tous les mauvais sujets des provinces. C'est M. Lowembruck qui a enlevé le plomb des maisons qu'on lui avait prêtées à Versailles ^

4^"" septembre 4880. — Reconnaissance de l'Angleterre.

L'Empereur d'Autriche, en apprenant la révolulion arrivée en France, a dit : « Je méprise les ministres qui ont donné de tels conseils au roi de France et Charles X a mérité son sort, puisqu'il a manqué à ses serments : le duc de Bordeaux

1. L'Association de Saint-Joseph est la première œuvre ouvrière fondée au xix^ siècle : elle était destinée à « soutenir les ouvriers chrétiens arrivant à Paris, à sauvegarder leur foi, à défendre leurs mœurs et à leur rendre en partie la vie de famille qu'ils venaient de perdre en quittant leur province » ; un endroit de réunion était à leur disposition le dimanche. Fondée en 1822, cette association fut dirigée d'abord par l'abbé Lowembruck, puis, en 1825, par l'abbé de Bervanger, qui s'en occupa jusqu'à sa mort ( I865l Au mois de février 1825, le Roi plaçait cette société sous le patronage du duc de Bordeaux, et une ordonnance de mai 1825, affectait un des bâtiments des grands-communs de Versailles au logement des ouvriers. Les membres de la Congrégation coopérèrent pour une large part à cette œuvro. (Cf. G. de Grandmaison, La Congrégation^ p. 215).

est innocent, mais je ne me mêlerai dans aucun cas de ses affaires. ^ )>

1^" septembre 4830. — Mouvement du peuple sur la place de l'Hôtel-Dieu. — Expliquer comment et pourquoi il a eu lieu. — La supérieure, une imbécile; la sœur Saint-Benoît, une mauvaise tête et poussée par rau[tre] — injures dites aux blessés, on les appelle carcasses; on leur dit qu'on ferait bien de les laisser manquer de tout, que des révoltés ne doivent exciter aucune pitié. La sœur Sainte-Marthe et la sœur des Anges, excellentes ^

6 septembre 4830, — Mort de Martainville, propriétaire et rédacteur du Drapeau blanc, dans lequel ce misérable vomissait chaque jour un torrent d'injures à tous les honnêtes gens. On connaît les chansons et les pamphlets qu'il fit en 17.. contre le Roi et la famille royale, et avant de mourir il a passé du Drapeau Blanc au Patriote,

1. Cette réponse fut faite au général Belliard, qui était venu à Vienne annoncer à l'empereur François l'avènement de Louis- Philippe iCf. Castellaxe, t. II, p. 391.1

2. Le bruit s'était répandu dans Paris que les blessés de Juillet, recueillis à l'Hôtel-Dieu, étaient mal soignés et que les religieuses mettaient des substances malfaisantes dans leurs aliments. Le préfet de la Seine, Odillon Barrot se rendit à l'hôpital, qu'il inspecta : il ne trouva rien qui put donner raison à ces insinuations. {Journal des Dcbats, 2 septembre 1830.)

journal républicain, et où il faisait d'aussi atroces articles en faveur de l'anarchie républicaine qu'il en avait fait en faveur de l'absolutisme monarchique; et c'est cependant sur la foi de pareils hommes que, pendant six ans, on a donné des brevets de jacobinisme à tout ce qui ne voulait pas tromper le Roi et qui renonçait à 20.000 livres de rente pour dire la vérité, tandis que tant d'autres ne cessaient de dire des mensonges pour garder leurs places et leur argent.

C'est bien quand on voit la manière dont s'est conduite la Garde Nationale dans ces derniers troubles que rien ne peut excuser son licenciement.

C'était M. le duc de Bassano (Maret) ^ qui était

1. Bernard-Hugues Maret (1763-1 839j, avocat au Parlement de Bourgogne, collaborateur du Moniteur, chef de cabinet du Premier Consul, duc de Bassano (1805); ministre des Relations Extérieures (1811-1813) ; exilé en 1815, il rentra en France en 1820 et mena une existence retirée. Sous Louis-Philippe, il devint pair de France et présida un instant le Conseil des Ministres.

Charles de Damas avait demandé (1827) à son compatriote et ami personnel, le duc de Bassano, un mémoire confidentiel sur la marche à suivre par le nouveau ministère. En 1830 on prétendit que Maret avait préconisé la violence : il publia alors, pour se justifier, son mémoire où on lisait : « Avec la légalité, Fart de gouverner est facile; sans elle, le pilote est sans boussole au milieu des tempêtes... Sans la proclamation d'un système [basé sur la légalité], qui agisse sur les masses qu'on a si imprudemment agitées et d'où le mal pourrait venir gigantesque comme elles, tout ministère serait insuffisant... » (Cité par Erxouf, Maret, duc de Bassano, p. 673.1

le conseiller du Roi dans les derniers temps, ils étaient en correspondance suivie; nul doute que cet impérialiste qui avait reçu, comme... indispensable, les coups de pied et les soufflets de Bonaparte, ne conseilla à Charles X de régner de cette manière et sans le départ, nous aurions vu le noble duc remplacer un pair proscrit : peutêtre M. de Chateaubriand.

Septembre ^830. — C'est à la sollicitation de Polignac, peut-être du Roi, que le Rovigo a été reçu du Pape, à Rome ; on l'avait particulièrement recommandé aux soins et aux égards de l'ambassadeur.

L'École de Médecine, etc., etc., voulait le Roi après avoir entendu le discours de M. de Chateaubriand.

Rappeler ce que le Roi et M°'^ la duchesse de Berry nous ont fait dire par M. de Gony.

Les réunions de la Chambre des Pairs dans les journées du mardi, mercredi et jeudi. — Billets non envoyés à temps.

10 septembre 4830. — C'est un petit élève des antichambres de Bonaparte, M. de Brissac\ che-

1. Augiislin-Marie-Pcnd de Co.ssé, duc de i?/-/ss«c (1775-1848) , volontaire dans la garde constitutionnelle de Louis XVI (1791», chambellan de Madame Mère, préfet de Marengo (1809), pair de

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valier d'honneur de M'"^ la duchesse de Berry et frère du duc de Brissac, qui fut coadjuteur de son père pour la place (aussi de chevalier d'honneur) qu'il remplissait avec une platitude remarquable chez Madame Mère; ce fut, dis-je, un Brissac qui a eu l'audace de dire il y a quelques jours (à M"'^ Bail^) qu'on recevrait en grâce M. de

France il814i, se rallia à la Monarchie de Juillet. Son père, maréchal de camp sous Louis XVI, fut memhre du Sénat Conservateur ; mais son frère, et non lui, devint chevalier d' honneur de la duchesse de Berry.

1. M""= Bail, femme d'un inspecteur aux revues qui avait répondu par un opuscule à la broclmre de Chateaubriand : De Buonaparteet des Bourbons. L'écrivain avait, après les Cent-Jours, recommandé au duc de Feltre cet homme, destitué pour avoir servi Napoléon: il lui fit obtenir une pension de retraite. «Il est mort ! la femme de cet officier est restée attachée à M""" de Chateaubriand avec une reconnaissance à laquelle j'étais loin d'avoir des droits.» (Mémoires d'Outre-Tonibe, t. III, p. 508. i Toutefois, il semble bien que l'attachement de M"'^ Bail la rapprocha moins de 31""= de Chateaubriand que de son mari et on se trouve peut-être ici en présence d'une nouvelle intrigue de René. En juillet 1836, une jeune amie de Chateaubriand notait dans son journal : « M'"« Bail était une femme dont les allures sont équivoques, dont l'existence est problématique ; ma mère l'avait connue chez M. de Chateaubriand, où on la rencontre à chaque instant : elle paraissait y exercer une grande autorité. M"'<' de Chateaubriand semblait la craindre et ne la supportait qu'avec une impatience évidente. Il existait entre elle et M. de Chateaubriand une intimité inexplicable. Elle s'occupait à son égard de mille détails qui n'auraient dû être réservés qu'à sa femme. Elle entrait à toute heure dans son cabinet, alors même qu'il était fermé pour tout le monde et pour M""= de Chateaubriand elle-même, qui se serait bien gardée d'y pénétrer. M°'« Bail devait avoir une quarantaine d'années et se disait veuve; elle n'avait rien de séduisant au physique, bien au contraire, mais c'était une femme d'infiniment d'esprit. Elle était implacable

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Chateaubriand, s'il voulait avouer qu'il avait écrit dans le Journal des Débats et qu'il convenait que ces articles avaient fait un grand mal à la Monarchie; que M. de Montmorency avait fait aussi une grande faute au commencement de la Révolution, qu'il en avait fait l'aveu et qu'on lui avait pardonné. D'abord, M. de Chateaubriand n'a point écrit dans les Débats^; mais s'il l'avait fait, c'eût été pour dire, comme il l'a toujours fait, tout ce qu'il fallait dire pour arrêter la fatale catastrophe, amenée par des hommes tels que les Brissac et les Mathieu, et sauver ses malheureux princes : il n'aurait rien à rétracter. Mais si M. de Chateaubriand s'était une fois trompé, il n'eût pas attendu, comme M. de Montmorency, qu'une grande place fût attachée à son aveu et il eût dit tout simplement : « Je me suis

pour ceux qu'elle n'aimait pas et la pauvre M""= de Chateaubriand était de ce nombre. Il paraissait régner entre ces deux femmes une sorte de rivalité et une grande mésintelligence... Je n'ai jamais compris sa situation auprès de M. de Chateaubriand et maintenant encore, je ne me l'explique pas bien. » (Mémoires inédits de M"* Tréneryei cf. J. Ladreit de Lacharrière. La Correspondance de Chateaubriand avec sa, femme, dans le Correspondant du 10 février 1908.)

1. Chateaubriand a collaboré assidûment au Journal des Débats jusqu'en 1828. A cette date, il cessa d'y écrire et la phrase peu claire de l'auteur se rapporte, sans nul doute, à l'attribution, faite à son mari, de certains articles très violents contre les Bourbons, notamment celui qui se terminait par ces mots : « Malheureuse France, malheureux Roi !» et qui n'est pas de lui.

trompé une fois, je puis me tromper deux », et aurait conseillé au prince d'en prendre un plus sage que lui. Voilà, quand on a fait ce qu'avait fait M. de Montmorency, ce qu'on dit quand le repentir est sincère. Voilà ce qui a perdu les Bourbons ; c'est l'amour des convertis, ne sachant pas que ceux qui ont véritablement le cœur contrit ne s'érigent pas en censeurs de leur prochain, lorsqu'ils ont à pleurer une grande faute et à craindre d'y retomber. [Malheureusement', M. de Chateaubriand n'a point de faute à se reprocher, si ce n'est celle d'avoir été, malgré tous les risques qu'il y courait, un vrai et loyal serviteur du Roi, disant toujours la vérité, non pas lorsqu'il n'avait rien à perdre, mais toujours dans les temps où il n'avait iilus rien à désirer. Quand il publia « la Monarchie selon la Charte », il était pair, ministre d'État, avec une pension de 24.000 francs ; il donna sa démission à Berlin- pour rester fidèle

1. Tout le passage entre [ ] a été revu par Chateaubriand et les corrections de l'écrivain sont indiquées en italiques dans le texte. Toutefois, Pailhès, qui a reproduit ce passage (M'"* de Chateaubriand^ p. xLiii), semble exagérer, quand il croit reconnaître dans certains accents ou signes de ponctuation ajoutés au manuscrit de M"* de Chateaubriand, la main de son mari. Ces addenda ont tout l'air d'avoir été faits par l'auteur elle-même, mais à une date postérieure.

2. Chateaubriand donna, en juillet 1821, sa démission d'ambassadeur de France à Berlin, (poste accepté sans aucun enthousiasme quelques mois auparavant), parce que Corbière et Villéle

à des amis qui, à la vérité, le trahissaient : mais n'importe. Ministre, avec 25.000^ livres de revenus, il ne voulut pas approuver le 3 0/0^ ; [ilfut^] renvoyé ambassadeur à Roîne\ il i^enonça'^ à 20.000'^' livres de rente et à la plus belle existence du monde pour ne pas soutenir des ministres'^ qu'il 'pensait^ devoir perdre le Roi : prévision trop vérifiée. Enfin aujourd'hui, il sacrifie à la Légitimité dont il n'a éprouvé que fingratitude, le reste, de son existence et refuse tous les emplois qu''on ne cesse de lui offrir, car les hommes, qxCil refuse de servir, r apprécient plus que ceux auxquels il a dévoué toute sa vie^.

M. de Brissac ou M. de Mesnard ajoute que M. de Chateaubriand avait une pension aux

paraissaient devoir sortir du ministère et que son devoir était de les suivre dans leur retraite. Peu après, Villèle redevenant ministre, Chateaubriand fut nommé à l'ambassade de Londres.

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