‹ Les cahiers de Madame de ChateaubriandChapitre 46 sur 66 · Biffé par Chateaubriand · texte numérisé non relu

Biffé par Chateaubriand

huit jours. J'espère voir un peu mettre au jour toutes belles fidélités métalliques].

W Septembre ^880. — Une des filles de l'empereur du Brésil est en pension au Sacré-Cœur. C'est pour remercier ces dames de toutes leurs intrigues et [de] leur amour pour Don Miguel^, que Don Pedro ^ leur a envoyé sa riche héritière. L'argent est toujours pur aux yeux de ces saintes filles.

fO Septembre IS30. — C'est M. de Bouille, que Charles X a envoyé pour négocier à Saint-Pétersbourg.

1. Don Miyiiel (^ 1802-1866 1, roi de Portugal, se révolta contre son père Jean Yl qui avait institué le régime constitutionnel dans ses états. Exilé en Autriche (1824), il revint en Portugal à la mort de Jean VI ; son frère aîné, Don Pedro, renonça à la couronne en sa faveur et le fiança à sa fille Dona Maria. La régence du royaume fut confiée à sa sœur, l'infante Isabelle. Miguel parut accepter ces arrangements, mais bientôt se fit proclamer roi absolu par les Cortès (1818). Les constitutionnels se soulevèrent, prirent Porto (1830) ; Don Pedro vint au secours de sa fille, réfugiée aux Açores, et entra dans Lisbonne (1834"). Miguel vaincu, après la capitulation d'Evora, dut se retirer à Rome d'abord, puis en Autriclie.

2. Boa Pedro /•='' (1798-1834), régent puis empereur du Brésil (1822i. Un traité fut signé en 1825 avec le Portugal qui reconnaissait l'indépendance du Brésil. Mais les difficultés intérieures du Portugal I voir ci-dessus) et la révolution de 1830, dont le Brésil ressentit le contre-coup, augmentèrent la situation troublée du pays. L'Empereur dut abdiquer en faveur de son fils Pedro II (1831). Il s'embarqua pour TEurope, arriva à Clierbourg sous le nom de duc de Bragance et entreprit, en faveur de sa fille Dona Maria, une expédition couronnée de succès.

Je m'en étais doutée : les pairs ultras n'ont juré que pour avoir un moyen de sauver les ministres ; si j'étais les ministres, je craindrais beaucoup plus ces amis-là 'que mes ennemis.

Le duc de Feltre, dont aussi on avait voulu faire un ultra et un saint dans le temps, malgré ses deux femmes, etc., fit un grand mal en décimant l'armée^; il réduisit un grand nombre de femmes et d'enfants à la mendicité : peu de militaires avaient trente années de services, terme qui laissait seul quelque droit à une pension pour les veuves et pour ces enfants.

Napoléon disait : « Une grande réputation est un grand bruit: plus on en fait, plus il s'étend au loin; les lois, les institutions, les monuments, les nations passent, mais le bruit reste et retentit de générations en générations. »

Note et réflexions (1880). — Une supériorité reconnue à l'avance est presque toujours fatale à l'homme qui la possède et souvent à l'État. Par exemple, on a assez reconnu combien les idées politiques

1. Clai'ke s"était marié une première fois, sous la Révolution ; bientôt divorcé, il avait contracté dans la suite un « mariage de spéculation », selon l'expression d'une brochure satirique de l'époque. Lors de la discussion du budget de 1817, on vota la limitation des pensions militaires par mesure d'économie et, chez les royalistes, par désir de représailles contre les soldais de Napoléon.

de M. de Chateaubriand étaient saines, justes et en harmonie avec la nation ; on lui accorde aussi une grande stabilité d'opinions et encore plus, le courage dans l'exécution. Ainsi, dans toutes les places qu'il a occupées, on a été obligé de convenir qu'il les a parfaitement remplies et a eu toujours raison; que lui a-t-il donc manqué pour devenir un ministre prépondérant? Rien qu'un coin de médiocrité rampante, ou plutôt d'être arrivé plutôt par l'intrigue que par le talent. L'envie l'avait vu venir et déjà chacun était à son poste et pressait le trône pour l'éloigner des princes et les princes eux-mêmes craignaient qu'on ne lui eût adjugé le prix des biens qu'il aurait faits à son pays. M. de Chateaubriand avait l'opinion pour lui; mais l'opinion défait souvent mais ne fait pas les ministres. Si le Roi avait donc soutenu M. de Chateaubriand comme l'opinion le désirait, il serait resté ministre et il est probable que la Révolution ne serait pas arrivée, car il aurait eu le bon sens de faire ce qui était bien d'abord et ensuite la force de réprimer le mal des brouillons, qui auraient voulu troubler l'État. Enfin, si les princes et surtout Charles X avaient voulu soutenir M. de Chateaubriand dans le bien qu'il pouvait faire, comme il a soutenu Yillèle et Polignac dans le mal et les bêtises qu'ils ont

faites, nous n'aurions pas le juste-milieu mais un gouvernement stable. Où est la force de M. de Metternich qui est le f[léau] du monde ? Dans la volonté du Roi qui le soutient. Vous me direz peut-être qu'il conduit l'Autriche despotiquement et que personne ne dit rien : sans doute, parce que l'Autriche n'avait encore rien dit avant M. de Metternich. Il a pris les lois et les institutions de son pays et, à force d'oppression, il le comprime. Mais voyez, dans les autres })ays qui ont eu leur Révolution, ce que font les idées de ce ministre mises à exécution, comme en France et en Italie : elles amènent les Révolutions. Si la sottise nous a conduits où nous sommes, où est la force pour nous retirer?

Page 1