CHAPITRE V
Soult. — Cliantelauze. — Horace Vernet. — Révolutions en Europe. — La camarilla de, Charles X. — Ouvrard. — Les Mémoires de M"'* de La Rocliejacquelein. — Le serment à Louis-Philippe. — Le « tiiumvirat ». — M'"* de Pastoret. — Le bannissement de Charles X. — Casimir Perier. — L'éducation du duc de Bordeaux. — Note pour le voyage de Chateaubriand auprès du comte de Chambord.
Septembre 1830. — Soult était la perle des absolutistes, le traître le plus en honneur au Château et le plus en faveur auprès de Charles X. Ce prince l'a toujours aimé et protégé : dans les Cent-Jours, lorsqu'il eut si bien trahi son maître^ on était, selon Monsieur, des jacobins lorsqu'on voulait, à Gand, douter de la fidélité de ce misérable. Cependant Louis XVIII, prince raisonnable mais qui ne pouvait résister aux tracasseries de son frère, était loin de partager ses opinions sur le maréchal et, quelque chose qu'on pût faire, il ne voulut jamais, lors de la deuxième Restauration, le remettre sur la liste des pairs. Ce trait de générosité était réservé à Charles X, qui en a
reçu la récompense puisque, depuis ce jour, Sa Seigneurie a continué à se montrer comme il le faisait déjà depuis longtemps, en grande tenue aux processions et autres cérémonies de Saint- Thomas d'Aquin. Ce converti, détaché des biens de ce monde, pair de Charles X, vient en conséquence de se trouver rayé de sur la liste des fournées de pairs de Charles X. Mais, à cause de la fidélité et reconnaissance qu'il devait au Roi et qu'il a sûrement gardée, il est rentré, seul ayant obtenu cette faveur, dans la nouvelle Chambre des Pairs. Donc le nouveau gouvernement connaissait bien les sentiments secrets qui étaient au fond de son cœur, tandis qu'il jurait foi, fidélité et amour à celui qu'il s'est hâté de trahir. Au surplus, tous les absolutistes et presque tous les ultras ressemblent à M. Soult. Ils voulaient les faveurs du gouvernement établi en le flattant [et] en le trahissant également soit par haine, par ambition ou par bêtise.
Octobre 4830. — Le père de M. de Chantelauze^ était un zélé terroriste et toute la famille
1. Jean-Claude-Balhasar-Victor de Chantelauze (1787-1859 , procureur général à Douai (1826 1, premier président à Grenoble. Député (1824). Nommé garde des Sceaux en remplacement de Courvoisier (1830'' et sur l'insistance du duc d'Angouléme, condamné avec les autres minisires, il fut amnistié en J836.
pensait ainsi ; mais comme, sous Charles X, les idées ultra-républicaines n'étaient pas le chemin de la faveur, à l'imitation des Noailles, un Ghantelauze se mit, comme sauvegarde à penser ou, du moins, à parler autrement que son père ; et vite, on sauta sur le républicain converti qui, comme cela se pratique toujours dans les gens sujets à changer de religion, devint un absolutiste enragé et surtout un ennemi juré de la liberté de la presse, qui fait qu'on ose rappeler à un homme sa conduite passée en opposition avec sa conduite présente. M^'" le Dauphin prit la peine de se détourner de sa route pour aller en personne supplier M. de Chantelauze d'accepter le ministère : le fait est vrai bien qu'incroyable ; qu'aurait fait ce bon prince pour attirer ainsi un homme capable? Rien du tout. Au surplus, on peut dire que, si le ministère Polignac n'était pas un bon ministère, c'était au moins un ministère bien assorti : les Chantelauze, les Peyronnet, les Capelle n'avaient rien à se reprocher. Cependant il faut convenir que Capelle était ce qu'il y avait là de honteux.
Octobre 4 880. — Rien ne corrige les misérables qui nous ont perdus. Ils travestissent tout, ils ne veulent qu'aigrir et neutraliser tout ce qui pourrait ramener des cœurs froissés mais généreux à la
dynastie des Bourbons. M. de Chateaubriand, dans son discours du 7 août à la Chambre des Pairs, a dit que la Légitimité était si forte, si puissante par elle-même qu'elle pouvait seule supporter la liberté de la presse et que, s'il arrivait une usurpation et qu'on laissât trois mois les écrivains libres, elle ne résisterait pas. Voilà à peu près le sens de cette phrase; voici celui que la Congrégation lui adonné : « Si ces Bourbons s'en vont, qu'on me laisse écrire trois mois et je me charge de les ramener » ; et on a ajouté : « Qu'il les ramène donc ». Ceci a été dit à M'"'' Bail par le plus méchant des imbéciles : Brissac.
Octobre 1830. — On dit que Yernet^ en apprenant notre révolution, à Rome, a arboré le drapeau tricolore et témoigné une grande joie des événements de France. Je n'en sais rien, mais ce que je sais, c'est que Vernet se conduisait on ne peut pas mieux pendant que M. de Chateaubriand était ambassadeur à Rome. L'Académie aussi se conduisait alors admirablement; il est vrai qu'on la traitait avec une politesse à laquelle, disait-
1. Horace Vernet <, 1789-1853 >, dirigea l'École de Rome de 1827 à 1833. En 1822, Chateaubriand avait reçu, à Londres, Carie et Horace Vernet et « ces deux enragés libéraux paraissaient très contents de moi » écrit-il le 11 juin à M''^'^ Récamier (cilé par Herriot, .)/'"« Récamier et ses amis, t. II, p. 116).