Feuille libre
3. Cette note a été sans doute écrite au moment où Chateaubriand se rendit à Londres, en 1843, pour saluer le comte de Chambord.
4. Emmanuel Guignard vicomte de Saint-Priest (1789-1881) ambassadeur à Berlin (I825i, à Madrid il827), démissionnaire en 1830. Arrêté pour avoir coopéré à la tentative de la duchesse de Ber^ en Vendée (1832i il fut acquitté et rejoignit la princesse en Italie. Il fut, sous Napoléon III, un des plus zélés partisans du comte de Chambord.
n'a pas le Château, mais il a succombé, ayant pour lui le Château. Que peut dire la France? que peut-elle espérer quand on prend, pour le régulateur de sa conduite, l'homme qui a perdu son pays lequel est appelé et consulté à Goritz... par un des hommes du ministère, M. de Montbel; ce qui a achevé de tuer le pays que M. de Polignac a mis à l'agonie. Jamais la Garde Nationale n'oubliera qu'elle a été licenciée parce qu'elle a crié « à bas Villèlc »; elle n'a jamais crié, comme le gueux l'a dit à Madame, derrière la voiture de S. A. R.; en ce cas comment M. Delavaux, alors préfet de Police, n'a-t-il pas fait arrêter.,.? Comment ne les a-t-on pas vus passer aux Assises? Tout a été oppression et mensonge sous le ministère Villèle.
Te bien laver d'avoir été pour quelque chose dans ce projet de voyage en Angleterre*.
1. Le Gouvernement de Juillet se flattait que la manifestation royaliste de Londres aboutirait à un échec. On annonçait que nombre de légitimistes importants, et parmi eux Chateaubriand, ne se rendraient pas en Angleterre, estimant que la Reine Victoria, acquiesçant aux demandes du ministère Guizot et ne devant pas recevoir le prince, même à titre privé, le prestige du prétendant sortirait amoindri de cette réunion. Les prévisions ministérielles furent déçues, de nombreux français se vinrent à Belgrave-Square, et l'écho de leur enthousiasme suscita à la Chambre des Députés (26 janvier 1844) une séance mouvementée. Mais toute cette agitation n'eut aucun résultat effectif. (Cf. Walsh, Relation du voyage de Henri de France, en Ecosse et en Angleterre, passim et Guizot, t. VIII, p. 46 et 49.)
M. de Beauv...
Bien expliquer les tripotages qui ont empêché de faire dans Le Congrès de Vérone les changements tels que le désirait Madame la Dauphine^; c'est M. de Valmy- qui est le coupable.
Se mettre bien avec G.
Ce ne sont point les révolutionnaires qui ont
1. Chateaubriand avait supprimé la valeur de deux volumes sur quatre de son manuscrit primitif du Congrès de Vérone, à la prière de ses amis Marcellus et la Ferronnays qui craignaient des révélations prématurées sur des événements encore tout récents. (Cf. Marcellus, Chateaubriand et son temps, p. 226. i Le passage qui avait choqué la duchesse d'Angoulême est le suivant : « Le duc d'Angouléme visitant la ligne d'attaque contre l'île de Léon, s'exposa pendant un long espace de onze cent toises au feu des batteries espagnoles ; un boulet l'ayant couvert de débris, il dit : « Vous conviendrez. Messieurs, que si je suis tué, je finirai en bonne compagnie et à la française. y> Pourquoi ce boulet le manqua-t-il? » [Congrès de Vérone, t. II, p. 418>. L'écrivain, par cette dernière phrase, un peu elliptique, témoignait qu'il eût été préférable pour le prince do mourir en pleine gloire plutôt que de vivre en exil. Cette pensée ne fut pas comprise par la Dauphine et à quelqu'un qui lui proposait de confier l'éducation du duc de Bordeaux à Chateaubriand elle répondit : « C'est impossible; le boulet de son Congrès de Vérone est encore là trop pesant sur mon cœur. » Dès qu'il connut l'émoi si involontairement provoqué, Chateaubriand expliqua la phrase « arrachée à sa douleur par le souvenir d'un triomphe si pur suivi promptement de l'exil » et il s'engagea à préciser sa pensée dans les éditions ultérieures de son livre. Mais cette lettre ne suffît pas pour apaiser la princesse. (Cf. Biré, Les dernières aimées de Chateaubriand, p. 270 et suiv.)
2. François-Edouard KeUermann duc de Valmy (1802-1868) remplit des missions diplomatiques en Orient; il resta fidèle aux Bourbons bien que sa famille se fût ralliée à Louis-Philippe. Il fut député de Toulouse de 1838 à 1846 et se trouvait à Londres en
perdu la monarchie : ce sont les espèces qui, pour plaire, abondaient dans le sens du Château et y rapportaient des nouvelles insensées, ou y donnaient de haineuses impressions sur les hommes qu'ils voulaient éloigner : Villèle, de }3ruges\ Sémallé; ils ont fait plus de mal à la Monarchie que les jacobins, mais ce sont surtout les bonapartistes retournés et ceux, qui avaient des antécédents à cacher, qui caressaient les idées de Monsieur en appelant le despotisme et surtout la censure, qui aurait mis au jour les antécédents.
Parler des jeunes gens qui t'ont suivi en 1830 et porté en triomphe malgré que tu répondais à leurs cris de : « Vive la Charte » par ceux de : « Vive le Roi » et que tu leur disais que tu allais voter contre eux^
1. Henri- Alphonse vicomte de Bruges (1764-1820), lieutenant de vaisseau pendant la guerre d'Amérique, émigra, servit aux Antilles dans les troupes anglaises. Commandant de la 8e division à Versailles (1817), l'exagération de ses opinions politiques le fit mettre à la retraite.
2. Le 30 juillet 1830, Chateaubriand, reconnu par des jeunes gens, fut porté en triomphe par eux aux cris de : a Vive la Charte » jusqu'au Luxembourg où siégeaient les pairs. «J'avais crié: a Vive le Roi ! » au milieu d'elle (la foule) tout aussi en sûreté que si j'eusse été enfermé tout seul dans ma maison. Elle connaissait mes opinions, elle m'amenait d'elle-même à la Chambre des Pairs où elle savait que j'allais parler et rester fidèle à mon Roi. » (Cf. Mémoires (V Outre-Tombe, t. V., p. 321.) Le curieux document suivant montre la popularité de Chateaubriand auprès de la jeunesse : « Chateaubriand, je suis un petit républicain de vingt-
Le (Juc d'Orléans ne conspirait pas, mais il a profité, en hésitant beaucoup à profiter, du trône que, il en faut convenir, la faiblesse de Charles X laissait vacant. Les pairs n'ont pas voulu aller à Rambouillet.
Juillet 4844. — ; Je crois que c'est hier que je lisais un éloge incommensurable de M. de Montbel, au sujet d'un ouvrage qu'il vient de faire paraître sur la mort de M. le duc d'Angoulême. Certes, M. de Montbel était fort à son aise pour payer à son maître son tribut de reconnaissance, à l'abri des geôles et des menottes. Mais comment des royalistes, connaissant le pays et désirant le retour de leurs princes, peuvent-ils, sans [se] souvenir du passé, rappeler un nom funeste et
trois ans ; depuis di\-huit mois, je rêve un système de République : je voudrais que, pour récompenser la vertu, les vieillards embrassent les jeunes gens et que les jeunes gens vinssent aussi au-devant des vieillards pour les saluer avec respect. Qu'il me soit donc permis, dans mon âme naïve, si désillusionnée qu'elle eût été tour à tour par les choses et surtout par les hommes, de dire ceci : tu as bien fait de rester ce que tu devais être; honneur à toi qui n'a pas craint de parler quand il s'agissait d'abandonner ce que l'on abandonne plus difficilement même que la ^ie; honneur à toi, qui as laissé tomber de tes mains sans regret cette misérable popularité, terre glaise que l'on pétrit sans cesse à mouler tous les bustes. 0 Chateaubriand! cette jeunesse que tu aimes, elle t'aime, toi, qu'elle savait admirer déjà depuis si longtemps ». Signé : Ch. Lassailly, 7, rue Montholon. (Original autographe, inédit, archives de M. le vicomte de Vesins. Le cachet de la poste porte : 11 août 1830.)
apprendre à la France qu'un ministre des Ordonnances vit à la solde et mange à la table du seul rejeton de la branche !
Parler de la sympathie de la France pour Madame la duchesse de Berry.
Il ne faudrait pas qu'on sût qu'il y a une direction donnée au journal par un agent de Goritz et qu'ils sont payés surtout par M. Loc-Maria* dont la
1. Noël-Marie-Victor comte de Loc-Maria (1791-1881), ancien officier de la garde royale, auteur de nombreux ouvrages politiques et historiques; il était un des compagnons du comte de Chambord dans ses voyages.