‹ Les Cahiers de Sainte-BeuveChapitre 7 sur 12 · I. A vérifier dans Thiers ou dans Jomini (S.-B · texte numérisé non relu

I. A vérifier dans Thiers ou dans Jomini (S.-B

DE SAINTE-BEUVE. i^S

seule arche. Pour comprendre un homme et pour le peindre, j'ai besoin de m'y reprendre jusqu'à deux et trois fois. Qu'importe, me permettrai-je de dire aussi, pourvu que j'arrive au but qui est ici la vérité?

« Ce n'est qu'en laissant s'écouler un long espace de temps que l'on arrive à connaître à fond la personne qu'on étudie, u C'est ce que dit le poè'te persan Sé'édi (vulgairement Sadi) dans le Boustan^ poëme traduit par M. J.-B. Nicolas, i86p, p. 31.

A propos des éternels parallèles de Racine et de Corneille, rappeler le mot de Goethe sur les parallèles non moins éternels qu'on établissait entre lui et Schiller : « Quavez-vous à vous disputer, disait-il, pour savoir qui est plus grand

de moi ou de Schiller^ Soyez donc contents d'avoir deux gaillards (kerle) comme nous. »

Mot charmant de M"''^ d'Arbouville dans une lettre (1848) :

« Eh bien, oui, votre ami l'abbé n'a pas répondu à mon rêve... nous en causerons, je ne me décourage pas. Qu'il y a de choses bonnes à côté de celles que nous aimons! il faut faire place en nous pour un certain contraire. »

Quand je lus pour la première fois cette parole, je me dis : « Ce devrait être là la devise du critique étendu et intelligent. »

Parlant de Quinet devant M. Ingres et cherchant à le définir, je dis (après plusieurs traits) :

« ... Enlin Z//Z homme qui n'a jamais dessiné qu'avec de la fumée. »

Je ne puis expliquer la colère et le déchaînement de quelques journalistes contre moi que par cette pensée de Vauvenargues :

t Quand on sent qu'on n'a pas de quoi se faire estimer de quelqu'un^ on est bien près de le haïr. » — Mais je n'ai jamais dit du mal d'eux ; je ne les ai même jamais nommés en écrivant. — Et c'est pour cela précisément qu'ils me haïssent.

Dans un article de V Union (i^'' juin 1855), M. Nettement, me prenant au sujet de mes Causeries, me juge ainsi : « Ce n'est pas seulement un esprit sceptique, c'est quelque chose

de plus : c'est un cœur sceptique. Point d'enthousiasme, point d'amitié. Il fait vanité de n'aimer qui que ce soit, quoi que ce soit au monde, etc. ... » Je demande en quoi une pareille appréciation, de la part de quelqu'un qui ne me connaît ni de près ni de loin, que je n'ai jamais rencontré ni vu, et qui conclut uniquement d'après l'ensemble de mes écrits, est sensée, équitable et même n'approche pas de la calomnie.

Mais ils ont beau faire et beau dire, ils n'en diront jamais pis sur mon compte qu'on n'en a dit à Cambridge dans un discours public prononcé ex cathedra, en 1844, contre notre maître en art et en critique, Goethe. S'emparant contre lui de son étendue et de son impartialité même, on Ta appelé égoïste^ faux, méchant, traître, un homme « qui se jouait avec sang-froid de la paix et de la vertu d'autrui, et qui jouissait du haut de sa sérénité de voir les ruines qu'il avait portées dans les cœurs assez simples pour se confier au sien ». Les pharisiens de tout

temps, les hommes de secte et de parti sont les mêmes, qu'ils soient de Cambridge, de la Sorbonne ou d'un salon à la mode voisin de la sacristie. Ces injures dites aux plus grands dans notre ordre et aux meilleurs nous font rentrer en nous et consolent.

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